L’UE exige une « réforme sérieuse » de l’OMC pour freiner l’invasion des exportations chinoises

Maroš Šefčovič va réclamer un « nouvel équilibre » dans les règles du commerce international afin de contenir Pékin

EURACTIV.com
Le commissaire européen au Commerce Maroš Šefčovič. [Photo : Omar Havana/Getty Images]

Les craintes des pays européens quant à l’impact d’une forte augmentation des importations en provenance de Chine sur le secteur industriel de l’Union, déjà en difficulté, seront abordées lors des négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui se tiendront dans les prochains jours.

« Il faut mieux lutter contre la surcapacité et les politiques non conformes aux principes du marché que par le passé », a affirmé lundi Maroš Šefčovič, commissaire européen chargé du commerce.

Šefčovič exigera une « réforme en profondeur » de l’OMC lors d’une réunion au Cameroun ce jeudi et fera clairement comprendre que l’essor économique de la Chine a entraîné une « transformation radicale » de l’environnement commercial mondial au cours des dernières décennies.

« Nous insisterons fortement sur la nécessité d’une réforme en profondeur de l’OMC, où l’égalité des conditions de concurrence, la surcapacité et les politiques non conformes aux principes du marché doivent être mieux prises en compte que par le passé », a-t-il expliqué aux journalistes.

La Chine, deuxième économie mondiale et troisième partenaire commercial de l’UE, a adhéré à l’OMC en 2001, six ans après la création de cette organisation internationale du commerce basée à Genève.

Selon Šefčovič, l’essor de la Chine rend désormais nécessaire un « nouvel équilibre » afin d’ajuster les « droits et obligations » des membres de l’OMC, ce qui, selon lui, est indispensable pour lutter contre les « surcapacités » qui « causent de nombreux problèmes à l’économie européenne ».

Les remarques du commissaire slovaque interviennent dans un contexte de forte augmentation des exportations chinoises vers l’UE, à un moment où les droits de douane généralisés imposés par le président américain Donald Trump nuisent déjà aux exportateurs de l’Union et entraînent le détournement vers l’Europe de vastes quantités de produits manufacturés chinois bon marché.

Le déficit commercial de Bruxelles avec Pékin est passé de 335 milliards de dollars en 2024 à 375 milliards de dollars en 2025, selon les données recueillies par Bruegel, un groupe de réflexion sur les politiques de l’UE. L’excédent commercial mondial de Pékin a également atteint un niveau record de 1 200 milliards de dollars l’année dernière, un chiffre qu’il devrait largement dépasser en 2026.

Outre la confrontation avec la Chine, Šefčovič a également appelé à la mise en place de « nouveaux modèles de gouvernance » pour faciliter le règlement des différends commerciaux entre les États membres. Les États-Unis entravent depuis longtemps le fonctionnement du système judiciaire de l’OMC en bloquant la nomination de juges à son organe d’appel, permettant ainsi aux membres de l’OMC de contourner efficacement les décisions de justice en « faisant appel dans le vide ».

Šefčovič a déclaré que Bruxelles inviterait davantage de pays à rejoindre l’Accord d’arbitrage d’appel intérimaire multipartite, un mécanisme mis en place en 2020 auquel participent plus de 60 des 166 membres de l’OMC qui se sont engagés à respecter les décisions d’un mécanisme alternatif de règlement des différends.

« Nous sommes tous favorables au multilatéralisme », a assuré Šefčovič. « Mais si nous constatons que, dans certains domaines comme le mécanisme de règlement des différends, cela n’est pas possible, nous proposerons également cette approche plurilatérale. »

(bw)