L’UE n’est « pas inquiète » de l’enquête menée par la Chine sur les importations de viande de porc

La Commission européenne a déclaré ne pas être inquiète de l’annonce par la Chine, lundi (17 juin), d’une enquête antidumping sur les exportations de viande de porc de l’Union, dans le cadre d’une escalade des tensions commerciales entre les deux puissances.

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La Chine a lancé une enquête antidumping sur les importations de viande de porc et de ses sous-produits en provenance de l’UE, moins d’une semaine après que l’UE a annoncé la mise en place de droits de douane provisoires sur les voitures électriques produites en Chine. [EPA-EFE/RONALD WITTEK]

La Commission européenne a déclaré ne pas être inquiète de l’annonce par la Chine, lundi (17 juin), d’une enquête antidumping sur les exportations de viande de porc de l’Union, dans le cadre d’une escalade des tensions commerciales entre les deux puissances.

Selon les analystes et les producteurs, la Chine riposte à l’enquête de l’UE sur les subventions accordées aux voitures électriques produites en Chine. Les exportateurs de porc n’ont cependant pas été ébranlés par la nouvelle, alors que les producteurs s’inquiètent, mais le ministre espagnol de l’Agriculture, Luis Planas, a déclaré qu’il y avait une « marge de négociation ».

La Chine a lancé une enquête antidumping sur les importations de viande de porc et de ses sous-produits en provenance de l’UE, moins d’une semaine après que l’Union a annoncé la mise en place de droits de douane provisoires sur les voitures électriques produites en Chine.

Selon un communiqué de presse publié lundi par le ministère chinois du Commerce, Pékin a reçu le 6 juin une demande d’enquête antidumping de la part de l’industrie porcine, qui accuse l’UE d’exporter à un prix inférieur grâce à des subventions déloyales.

Le ministère a accepté les preuves fournies par le demandeur et a annoncé que la période examinée pour les pratiques de dumping serait l’ensemble de l’année 2023.

Selon le ministère chinois, l’enquête durera un an, jusqu’en juin 2025, mais elle pourrait être prolongée de six mois.

Le porte-parole de la Commission européenne pour le commerce, Olof Gill, a nié les allégations de dumping et a déclaré que l’exécutif de l’UE suivrait de près les procédures chinoises.

« Nous ne sommes pas inquiets », a rassuré Olof Gill, ajoutant que toutes les subventions accordées dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) sont « strictement conformes » aux obligations établies par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Selon Niclas Poitiers, chercheur au sein du groupe de réflexion Bruegel, Pékin cherche à se venger de l’enquête antisubventions sur les voitures électriques produites en Chine, annoncée par l’UE à l’automne dernier et dont la conclusion a mené à la mise en place de droits de douane provisoires.

Les conclusions préliminaires de l’enquête menée par l’UE, publiées la semaine dernière, ont révélé que les prix des voitures électriques étaient faussés par les subventions de l’État chinois aux entreprises.

« [L’action de la Chine] est conforme à son passé de […] coercition économique, qui consiste essentiellement à essayer d’utiliser des moyens économiques pour [atteindre] des objectifs politiques », a expliqué Niclas Poitiers.

Selon le chercheur, le secteur porcin a été choisi comme cible « compte tenu de l’importance de l’agriculture dans la politique européenne ».

L’année dernière, la viande de porc représentait 17 % des exportations agroalimentaires de l’UE vers la Chine, troisième partenaire commercial de l’Union après le Royaume-Uni et les États-Unis.

Malgré l’importance des exportations de viande porcine de l’UE vers la Chine, la tendance a été à la baisse ces dernières années, avec une diminution de 23 % en volume en 2023 par rapport à l’année précédente.

COPA COGECA, le groupe de défense d’intérêts qui regroupe des syndicats agricoles européens, a regretté que les tensions commerciales aient atteint le secteur de l’agroalimentaire.

« Nous subissons des représailles en raison de différends qui concernent d’autres secteurs », a déclaré à Euractiv Ksenija Simovic, conseillère politique chez COPA COGECA, ajoutant que les enquêtes entraîneraient d’importants coûts administratifs pour les commerçants et les producteurs de viande de porc.

Pendant ce temps, les commerçants de viande de porc en Espagne — parmi les principaux exportateurs porcins de l’Union européenne vers la Chine — ont expliqué à Euractiv que l’impact potentiel de droits de douane en représailles aurait été plus inquiétant il y a trois ou quatre ans.

« La Chine a déjà réduit ses niveaux d’importation de manière significative […] l’incidence [potentielle] des droits de douane ne serait pas la même aujourd’hui », a précisé Josep Llinas, président de l’association des commerçants espagnols de viande porcine ANCOPORC.

Les exportations de viande de porc de l’UE vers Pékin ont atteint un sommet en 2020 — atteignant 7 milliards d’euros en valeur — alors que la propagation de la peste porcine africaine en Chine a entraîné une perte d’environ 27,9 millions de tonnes dans l’approvisionnement en viande de porc entre 2018 et 2021.

Mais pour Miguel Ángel Higuera, directeur de l’association des producteurs espagnols Anprogapor, cette nouvelle est très inquiétante pour le secteur, car la Chine reste un marché essentiel pour les abats de porc, qui ne sont pas aussi populaires dans d’autres destinations.

Le ministre espagnol de l’Agriculture, Luis Planas, a déclaré lundi qu’il était persuadé qu’il y avait « une marge de compréhension et de négociation » pour éviter une guerre commerciale entre l’UE et la grande puissance asiatique.

Il a ajouté que l’importance des exportations vers la Chine avait diminué et que « de nouveaux marchés s’étaient ouverts » pour la viande de porc européenne.

Des analystes ont récemment expliqué à Euractiv que, malgré les droits de douane provisoires sur les voitures électriques fabriquées en Chine, les deux parties avaient tout intérêt à parvenir à un accord.

[Édité par Anna Martino]