L’UE perplexe face aux signaux contradictoires de Washington et Pékin sur les terres rares

La Commission européenne s’est dite lundi 3 novembre dans le flou quant à la portée réelle des nouvelles restrictions chinoises sur les exportations de terres rares. Pékin a en effet annoncé la suspension temporaire de certaines des mesures les plus sévères, tandis que les États-Unis affirment que toutes les limitations ont été levées.

EURACTIV.com
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Bruxelles « comprend » que la Chine va reporter d’un an les restrictions à l’exportation annoncées en octobre pour tous ses partenaires commerciaux, y compris l’UE, a déclaré le porte-parole de la Commission chargé du commerce, Olof Gill, aux journalistes lundi.

Toutefois, Olof Gill a laissé entendre que la Commission n’avait encore reçu aucune garantie formelle que le bloc serait concerné par la suspension. Les restrictions, annoncées le 9 octobre, obligaient les entreprises à obtenir des licences d’exportation pour les produits contenant ne serait-ce que des traces de minerais stratégiques, et auraient effectivement interdit leur exportation à des fins militaires.

« D’après ce que nous comprenons, la suspension chinoise s’applique au monde entier […] et nous continuons à dialoguer avec la Chine pour en comprendre les modalités précises », a indiqué le porte-parole.

Il a également laissé entendre que les contrôles moins stricts introduits en avril, qui concernaient seulement sept des 17 éléments de terres rares, resteraient probablement en vigueur.

Ces remarques font suite à la rencontre historique de jeudi dernier (30 octobre) entre le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping, qui a apaisé les tensions entre les deux plus grandes économies mondiales. Les tensions s’étaient considérablement intensifiées depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier.

À la suite de cette rencontre, le ministère chinois du Commerce a annoncé une suspension de douze mois des restrictions d’octobre et a affirmé qu’il allait « étudier et affiner des plans spécifiques » concernant ces éléments, qui sont utilisés pour produire un large éventail de technologies civiles et militaires, notamment des ordinateurs, des véhicules électriques, des radars et des avions de combat.

Les responsables européens et chinois du commerce se sont également réunis vendredi dernier (31 octobre) à Bruxelles, où l’UE a « salué la suspension de 12 mois décidée par la Chine » comme « une mesure appropriée et responsable dans le contexte de la garantie de la stabilité des flux commerciaux mondiaux dans un domaine d’une importance cruciale », selon les communiqués publiés par la Commission et la Chine à l’issue de la réunion.

La Chine représente 70 % de l’exploitation minière mondiale et 90 % du raffinage des métaux rares, ce qui donne à Pékin un contrôle effectif sur la chaîne d’approvisionnement mondiale.

Les deux parties ont également « discuté de la manière de maintenir la stabilité de la chaîne d’approvisionnement en métaux rares et se sont engagées à poursuivre leurs efforts en matière de mesures de facilitation des licences, y compris les licences générales », selon les communiqués. Aucune des deux parties n’a annoncé la suspension effective ou réelle des mesures prises en avril, qui ont déjà contraint de nombreuses industries européennes et américaines à retarder ou à interrompre leur production.

Pourtant, une « fiche d’information » de la Maison-Blanche sur la réunion entre Donald Trump et Xi Jiping, publiée samedi 1er novembre, affirme que le pays asiatique « délivrera désormais des licences générales » pour l’exportation de terres rares et d’autres minéraux essentiels « dans l’intérêt des utilisateurs finaux américains et de leurs fournisseurs à travers le monde ».

« La licence générale signifie la suppression de facto des contrôles imposés par la Chine en avril », explique Washington.

Olof Gill a ajouté qu’il y avait « des contacts permanents, y compris au niveau politique », pour résoudre la confusion avec Pékin, mais que le résultat que Bruxelles « souhaite obtenir est très clair ».

« Nous voulons qu’il y ait un approvisionnement commercial stable et fiable en minéraux de terres rares et autres intrants critiques de la Chine vers l’UE », a-t-il conclu.