Margrethe Vestager défend la nomination d’une économiste américaine à la DG Concurrence
La commissaire européenne Margrethe Vestager a soutenu l'Américaine Fiona Scott Morton comme étant la candidate la plus qualifiée pour occuper le poste d'économiste en chef de la direction générale de la concurrence, répondant aux critiques que cela avait suscité.
La commissaire européenne Margrethe Vestager a soutenu mardi (18 juillet) l’Américaine Fiona Scott Morton comme étant la candidate la plus qualifiée pour occuper le poste d’économiste en chef de la direction générale de la concurrence (DG COMP), après que sa nomination ait suscité la controverse et attiré des critiques, notamment de la part de la France.
Suite à la nomination de Fiona Scott Morton la semaine dernière, plusieurs responsables politiques ainsi que le gouvernement français ont exprimé leur étonnement et demandé à la Commission de reconsidérer sa décision, soulignant qu’elle est une citoyenne non-européenne et qu’elle était auparavant consultante pour les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft).
Les présidents des groupes Renew, S&D, PPE et Verts du Parlement européen ont adressé une lettre à la commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager dans le même sens.
Lors de son audition par la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen mardi (18 juillet), Mme Vestager a indiqué que le rôle d’un chef économiste était « consultatif » et que le poste ne comportait « aucun pouvoir décisionnaire ».
Concernant la nationalité non européenne de la candidate retenue, Fiona Scott Morton, Mme Vestager a soutenu qu’il s’agissait d’un poste « extrêmement spécialisé », et que « pas beaucoup de monde » ne semble prêt à accepter un poste temporaire – de trois ans, prolongeables de deux ans.
La décision a donc été prise « d’ouvrir le poste à toute nationalité ». De plus, le fait de choisir Mme Scott Morton bien que de nationalité non européenne, était « un choix fait pour avoir la meilleure personne ».
Conflits d’intérêts
Quant aux critiques sur les éventuels conflits d’intérêt, Mme Vestager a déclaré que des procédures existent pour les éviter et que « rien n’indique qu’il y ait un conflit d’intérêt général » sur les différents domaines de compétence. Quand bien même Mme Scott Morton ait eu parmi ses clients des grandes entreprises de la Tech.
La décision de cette nomination a donc été prise « en nous basant uniquement sur le mérite », a expliqué la commissaire. Sur 11 candidatures reçues pour le poste, « quatre étaient conformes aux critères d’éligibilité », dont trois concernaient des personnes ayant une nationalité européenne.
Interrogée par les eurodéputés sur le risque que Mme Scott Morton soit empêchée de pouvoir travailler sur certains dossiers, Mme Vestager a indiqué que « ce n’est pas parce qu’elle a travaillé pour les GAFA qu’elle ne pourra pas travailler sur ces dossiers ».
La commissaire a été relancée à plusieurs reprises afin que la liste des clients de Mme Scott Morton soit rendue publique, ce à quoi elle a répondu qu’elle demeurait « confidentielle ». Par ailleurs, bien qu’une évaluation préliminaire ait déjà été effectuée, « l’évaluation [détaillée] est encore en cours » et il est donc « difficile de rajouter plus que cela ».
En tout cas, « si elle ne pouvait pas travailler [sur certains dossiers], quelqu’un pourra la remplacer », a assuré la commissaire. « On ne parle que d’une poignée de cas », a-t-elle ajouté.
Mme Vestager a aussi vanté les qualifications de la chercheuse, notamment spécialisée dans l’économie industrielle, qui ont peu été remises en question par les eurodéputés. Mme Scott Morton, qui « n’a jamais été lobbyiste », « connaît notre système à la perfection » et « le système américain », a argué la commissaire.
« Cet ensemble de qualifications est utile pour nous », a-t-elle jugé. Par ailleurs, la future cheffe économiste « a toujours plaidé pour que les Etats-Unis prennent des mesures réglementaires » dans les domaines de la Tech, a-t-elle défendu.
Le travail à la DG COMP ne concerne pas que les Big Tech, a rappelé la commissaire, citant les domaines de l’agroalimentaire, de l’aérien, de l’industrie pharmaceutique et des télécoms. « Elle sera excellente dans ce travail car elle connait très bien l’économie industrielle », a plaidé Mme Vestager.
Interrogée sur la nécessité d’une habilitation à connaître des documents confidentiels, censée être délivrée par l’État membre dont relève la personne recrutée, elle n’est « pas essentielle si on ne peut pas l’obtenir » – puisque Mme Scott Morton n’est ressortissante d’aucun État membre – bien que ce soit un critère de la fiche de poste.
La commissaire a aussi indiqué qu’il était « commun » pour des économistes de ce niveau d’effectuer des activités de conseil en plus de leurs travaux de recherche. Dès lors, la Commission « a déjà dû gérer des conflits d’intérêt dans le passé ». D’après Mme Vestager cela n’avait soulevé aucun questionnement de la part des eurodéputés. Ce qui lui fait penser que « tout cela est lié au passeport ».
Enfin, la commissaire n’a pas évoqué la possibilité que la nomination fasse l’objet d’un réexamen, comme les présidents des groupes politiques du Parlement européen ou encore le gouvernement français l’ont demandé.