Margrethe Vestager met en garde contre les pressions franco-allemandes pour assouplir les règles de concurrence

La vice-présidente exécutive de la Commission européenne, Margrethe Vestager, a émis une mise des réserves concernant l’assouplissement des règles de concurrence pour favoriser l’émergence de « champions européens ».

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EU Commissioner Margrethe Vestager press conference on hydrogen and health
Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrence [EPA-EFE/OLIVIER MATTHYS]

La vice-présidente exécutive de la Commission européenne, Margrethe Vestager, a émis des réserves concernant l’assouplissement des règles de concurrence pour favoriser l’émergence de « champions européens ». Cette vieille idée pourrait connaître un nouvel élan dans le cadre d’un « accord sur la compétitivité » envisagé par la prochaine Commission.

Ces derniers mois, la volonté de stimuler la compétitivité de l’UE sur les marchés mondiaux s’est emparée de la bulle bruxelloise. Celle-ci s’est matérialisée par deux rapports de haut niveau sur le sujet, rédigés par l’ancien président de la BCE, Mario Draghi, et l’ancien Premier ministre italien, Enrico Letta.

Dans ce débat, certains considèrent que les règles de concurrence, dont Mme Vestager est responsable, entravent l’émergence de grandes entreprises européennes, parfois surnommées « champions européens ». Ces règles sont donc de plus en plus scrutées.

C’est pourquoi l’idée de réviser les règles relatives aux fusions pour favoriser une plus grande « échelle » commence à germer à Bruxelles et dans les capitales européennes.

Cependant, Mme Vestager s’oppose à cette idée.

Lors d’un événement organisé par le groupe de réflexion Bruegel, basé à Bruxelles, mercredi (19 juin), la commissaire européen à la Concurrence a déclaré que la discussion « reposait sur un postulat erroné, selon lequel il faut être protégé, choyé et nourri au sein de l’Europe pour pouvoir réussir sur le marché mondial ».

« Je pense que c’est l’inverse : je pense qu’il faut être mis au défi pour être vraiment bon. Si vous voulez créer des entreprises qui peuvent être compétitives sur le marché mondial, elles doivent être exposées à la concurrence en Europe. »

Mme Vestager versus l’axe franco-allemand

L’Allemagne et la France ont déjà veillé en mai à définir leurs propres priorités pour le prochain mandat de l’UE dans une déclaration commune intitulée « Un nouvel agenda pour stimuler la compétitivité et la croissance dans l’Union européenne », qui appelait, entre autres, à la révision de la politique de l’UE en matière de fusions.

« Les problèmes structurels de concurrence dans le contexte mondial, en particulier dans les secteurs qui ont une dimension internationale et qui sont d’une grande importance pour l’ensemble de l’économie de l’UE, devraient être traités de manière appropriée en évaluant la nécessité d’introduire un nouvel instrument juridique », ont écrit les deux gouvernements dans leur déclaration commune.

« Nous devons revoir les règles et pratiques européennes actuelles en matière de concurrence afin de déterminer si elles sont toujours appropriées pour contribuer à la réalisation de cet objectif et permettre la création de consortiums et la consolidation dans des secteurs clés (par exemple, le secteur des réseaux mobiles, l’espace aérien) afin de renforcer la résilience de l’Europe », ont-ils ajouté.

L’idée de « champions européens » a été particulièrement mise en avant en 2019 lorsque Mme Vestager a bloqué le rachat très médiatisé du fabricant français de trains Alstom par le géant industriel allemand Siemens.

À l’époque, les deux gouvernements ont critiqué l’opposition de Mme Vestager à une fusion qu’ils jugeaient nécessaire pour que les deux entreprises puissent résister à la concurrence chinoise.

La commissaire a affirmé, mercredi (19 juin), que son équipe venait « de réexaminer ce marché spécifique » et qu’elle avait constaté qu’il n’y avait « pas de fournisseurs chinois sur ces marchés qui étaient cruciaux ».

« Ce que nous constatons, c’est que les deux entreprises les plus prospères au niveau mondial sont en effet Siemens et Alstom », a-t-elle déclaré.

Le remaniement des portefeuilles de la Commission pourrait toutefois entraîner son départ après deux mandats à la tête de l’unité chargée de la concurrence : le gouvernement socialiste danois de Mme Vestager pourrait nommer quelqu’un du même groupe politique, compte tenu du glissement à droite du paysage politique européen par rapport à 2019.

Rapport de Mario Draghi : équilibre entre échelle et concurrence ?

Plusieurs sources ont confié à Euractiv qu’elles plaçaient leurs espoirs dans le rapport très attendu de M. Draghi, qui devrait présenter des stratégies politiques permettant aux entreprises de trouver suffisamment de capital et de soutien opérationnel en Europe, sans opter pour d’autres juridictions comme les États-Unis, pour s’agrandir.

Dans un discours prononcé vendredi dernier (14 juin), M. Draghi a déclaré que « la politique de concurrence doit faciliter l’expansion en pondérant les critères d’innovation et de résilience […] en fonction de l’évolution du marché et des contextes géopolitiques, tout en évitant, bien entendu, une concentration excessive du marché qui fait augmenter les prix à la consommation et diminue la qualité du service ».

La présentation du rapport a été reportée à plusieurs reprises afin d’être programmée après les élections européennes, car les législateurs s’attendaient à ce qu’il aborde des sujets hautement politiques, tels que le rôle du financement public, la politique industrielle et la politique commerciale.

Le rapport, rédigé en étroite collaboration avec les différentes unités de la Commission, devrait être publié entre la fin du mois de juin et la mi-juillet et orientera les priorités de la prochaine Commission.

Entre-temps, le rapport d’Enrico Letta visant à renforcer le marché unique était quelque peu ambivalent sur la politique de la concurrence. Par exemple, concernant les télécommunications, il suggère de respecter les lois nationales sur la concurrence tout en encourageant la consolidation du marché.

« Le rapport Letta ne dit pas qu’il faut affaiblir le droit de la concurrence pour atteindre cet objectif », a souligné Jeromin Zettelmeyer, directeur de Bruegel, mercredi.

Anna Brunetti et Thomas Moller-Nielsen ont contribué à la rédaction de cet article.