Mario Draghi soutient la demande de l’Allemagne d’un « commissaire aux affaires monétaires »
Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a soutenu la proposition du ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, d’étendre radicalement les pouvoirs du commissaire européen aux affaires monétaires, accordant à Bruxelles plus de contrôle sur les budgets des États membres.
Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a soutenu la proposition du ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, d’étendre radicalement les pouvoirs du commissaire européen aux affaires monétaires, accordant à Bruxelles plus de contrôle sur les budgets des États membres.
Plus tôt ce mois-ci, M. Schäuble a affirmé que l'UE avait besoin d'un commissaire qui exercerait des pouvoirs sur les budgets des États membres et d'une réforme de la procédure de prise de décision du Parlement européen. Selon lui, ces changements permettraient d'atténuer la crise de la dette.
La chancelière, Angela Merkel, qui semblait prudente sur la question, a soutenu la proposition de M. Schaüble en amont du sommet européen des 18 et 19 octobre.
Ce commissaire, une extension du commissaire actuel aux affaires économiques et monétaires, devrait pouvoir rejeter les budgets qui ne sont pas conformes aux règles sur le déficit. M. Schäuble préconise également une réforme en profondeur et une intégration européenne renforcée.
Le fait que M. Draghi soutienne publiquement ces propositions favorisera les projets de Wolfgang Schäuble. Une telle réforme entraînera toutefois des amendements aux traités de l'UE. Cette réforme nécessitera l'accord de la Grande-Bretagne, qui se montre sceptique quant à une intégration européenne renforcée, à moins qu'un traité séparé sur la zone euro ne soit élaboré.
« Je soutiens ouvertement cette proposition », a déclaré Mario Draghi dans l'hebdomadaire Der Spiegel publié dimanche.
« J'en suis certain : si nous voulons restaurer la confiance dans la zone euro, les pays devront transférer une partie de leur souveraineté au niveau européen », a-t-il affirmé.
M. Schäuble souhaite que le rôle du commissaire aux affaires économiques et monétaires, surnommé le « commissaire aux affaires monétaires » en Allemagne, suive l'exemple du commissaire européen à la concurrence, le seul qui puisse prendre des décisions juridiquement contraignantes. Ses propositions ont reçu un accueil mitigé.
« Les contribuables allemands bénéficieront » des achats d'obligations de la BCE
Mario Draghi a également indiqué que les contribuables ne devraient pas payer pour son programme d'Outright Monetary Transactions (OMT) (programme de rachat d'obligations)..
Face aux craintes selon lesquelles la décision de la BCE d'acheter une quantité illimitée de dettes d'États membres en difficulté pourrait provoquer l'inflation et augmenter les coûts pour les contribuables, M. Draghi a déclaré :
« Au contraire : jusqu'à présent, nous avons même dégagé des bénéfices de nos achats d'obligations. Ces bénéfices ont ensuite été destinés aux banques centrales nationales. » Il a ajouté que cela resterait le cas pour les gouvernements d’Europe méridionale qui ont poursuivi leurs réformes ces derniers mois.
« Une chose est sûre : si les gouvernements d'Europe méridionale continuent à mettre en place des réformes politiques avec succès, comme observé ces derniers mois, les contribuables allemands bénéficieront de nos achats. Il n'existe pas de meilleure protection contre la crise de l'euro que des réformes structurelles réussies en Europe méridionale. »
Il a défendu son projet d'achat des obligations devant le Bundestag mercredi, affirmant aux législateurs sceptiques que des financements publics illégaux ou une inflation plus élevée n’était pas à craindre.
La banque centrale allemande, la Bundesbank, a dénoncé le programme d'OMT de Mario Draghi parce qu'il revient à émettre de la monnaie pour financer les gouvernements.
Le programme d'OMT s'appuie sur l'ancien programme d'achat d'obligations de la BCE, le programme pour les marchés de titres. Il vise à empêcher les gouvernements de renier leurs promesses de mise en place des réformes.
M. Draghi a déclaré qu'il souhaitait que les désaccords avec le président de la banque centrale allemande, Jens Weidmann, tels que celui sur le programme d'OMT, soient réglés en privé.
« J'aimerais que certaines discussions aient lieu de manière plus contrôlée », a-t-il déclaré, ajoutant que lui et M. Weidmann se comprenaient bien. « Notre objectif est le même, nos différences d'opinions sur les bonnes méthodes ne sont pas insurmontables. »