Migrants : l'OIM n'a pas à s'immiscer dans les débats nationaux, selon son DG
L'agence de l'ONU pour les migrations n'a pas à s'immiscer dans les débats de politique intérieure, estime Antonio Vitorino, qui brigue un second mandat à la tête de cette organisation des plus discrètes.
L’agence de l’ONU pour les migrations n’a pas à s’immiscer dans les débats de politique intérieure, estime Antonio Vitorino, qui brigue un second mandat à la tête de cette organisation des plus discrètes.
« Certains aimeraient peut-être que nous nous fassions davantage entendre à certains moments lors des débats nationaux sur la migration, mais nous ne prenons pas partie », a déclaré le Portugais de 66 ans, lors d’un entretien à l’AFP à deux mois de l’élection l’opposant à sa directrice générale adjointe, l’Américaine Amy Pope.
« La migration est devenue un domaine très politisé, voire très polarisé. Elle est au coeur même des politiques nationales, et une agence internationale comme l’OIM ne peut pas s’impliquer dans la politique intérieure », a-t-il assuré, soulignant que ces débats « peuvent parfois être très durs comme en France, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis ».
Ce n’est qu’après 65 années d’existence que l’OIM est officiellement entrée, en 2016, dans le système des Nations Unies, et son patron, contrairement à ceux d’autres agences onusiennes, n’est pas un habitué des critiques acerbes contre les Etats.
M. Vitorino reconnaît que l’organisation pourrait communiquer davantage sur ses activités, mais il considère qu’elle doit avoir une « approche équilibrée de la migration » et n’a pas pour vocation de blâmer les Etats car elle n’est pas « une agence normative ».
« Nous n’avons pas d’instrument juridique à mettre en oeuvre, contrairement au Haut-Commissariat pour les réfugiés qui dispose de la Convention de 1951 ou du Haut-Commissaire aux droits de l’homme qui dispose de la Déclaration universelle des droits de l’homme », explique-t-il.
Il assure toutefois que l’OIM sait faire part de ses désaccords.
Par exemple, dit-il, « concernant l’Union européenne, nous affirmions depuis un certain temps qu’il est nécessaire de répondre aux besoins en matière de recherche et de sauvetage en Méditerranée, et nous sommes très heureux que la Commission européenne ait récemment publié un plan d’action pour la Méditerranée centrale qui prend en compte notre demande ».
Soutien européen
Homme politique et avocat, le Portugais avait fait parler de lui en battant le candidat américain lors de son élection à la tête de l’OIM en 2018, devenant le deuxième non-Américain à diriger cette agence comptant 175 Etats membres et dont les Européens et les Etats-Unis sont les principaux contributeurs.
Un succès que le Portugais entend répéter : « Tous mes prédécesseurs depuis 70 ans ont effectué deux mandats, et je ne vois aucune raison pour qu’un premier mandat réussi ne soit pas suivi d’un second ».
Il compte pour cela sur un « soutien très fort de la part des pays européens » et de « vifs encouragements » de plusieurs pays à travers le monde, soulignant avec fierté que son organisation est la première agence en Ukraine et en Haïti, deux crises majeures.
M. Vitorino, qui a occupé les fonctions de Commissaire européen pour la justice et les affaires intérieures (1999-2004) et de vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale du Portugal (1995 à 1997) du gouvernement dirigé par l’actuel chef de l’ONU Antonio Guterres, préfère ne pas commenter la candidature de sa directrice adjointe. Mais il reconnaît que « c’est la première fois que cela se produit au sein de l’OIM ».
Il souhaite désormais poursuivre les réformes engagées pour améliorer son efficacité et la rendre plus solide sur le plan financier, car actuellement 95% du budget dépend des contributions volontaires des Etats qui financent les projets qu’ils choisissent.
L’OIM, dit-il, doit également s’atteler aux nouveaux défis, comme le nombre croissant de mineurs voyageant seuls, les flux migratoires liés au nomadisme numérique et le climat.
Le temps presse car « nous estimons qu’il y a plus de gens qui se déplacent à cause du changement climatique qu’à cause des conflits ».