Militants et politiques veulent intégrer les jeunes dans le processus décisionnel démocratique

Alors que les exercices délibératifs et participatifs gagnent en popularité aux niveaux local, national et européen, certains responsables politiques et jeunes militants plaident pour que les enfants et les adolescents puissent également faire entendre leur voix.

Euractiv.com
This article is part of our special report "La parole aux jeunes : la participation politique dans l’UE et au-delà"
« Nous essayons de nous engager avec les écoliers sur un certain nombre d’initiatives et de pousser les jeunes à s’impliquer également », a déclaré à EURACTIV Emma Murphy, maire du conseil du comté de Dublin Sud. [<a href="https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/happy-children-their-hands-124451224" target="_blank" rel="noopener">Shutterstock/hxdbzxy</a>]

Alors que les exercices de démocratie participative gagnent en popularité aux niveaux local, national et européen, certains responsables politiques et jeunes militants plaident pour que les enfants et les adolescents puissent faire entendre leurs voix dans les débats.

Selon Agnieszka Dziemianowicz-Bąk, membre du parlement polonais, l’implication des jeunes est particulièrement importante lorsque leur génération est en première ligne face à des décisions politiques d’envergure, notamment sur les questions climatiques et de logement.

« Les politiques véritablement axées sur les jeunes devraient être non seulement abordées par les jeunes, mais aussi créées avec eux », a-t-elle déclaré à EURACTIV lors du Forum de Budapest.

Pour certains responsables politiques et militants, cela signifie également donner la parole aux enfants et aux adolescents.

« Nous essayons de nous engager avec les écoliers sur un certain nombre d’initiatives et de pousser les jeunes à s’impliquer également », a déclaré à EURACTIV Emma Murphy, maire du conseil du comté de Dublin Sud.

Elle estime que l’engagement des enfants et des adolescents peut fournir aux autorités des points de vue et des idées particulièrement innovants.

Co-concevoir avec les enfants

Les exercices délibératifs impliquant des enfants peuvent également donner aux jeunes qui ne peuvent pas encore voter un moyen d’exprimer leurs opinions, selon Katie Reid, responsable des droits environnementaux et de la participation des enfants à Terre des Hommes Allemagne.

Certaines villes européennes ont déjà mis en place des stratégies pour faire participer les enfants au niveau local.

À Vienne, par exemple, des jeunes âgés de cinq à vingt ans ont participé à un budget participatif, proposant des initiatives qui seront financées et mises en œuvre par la municipalité.

Assemblées d’enfants

L’Irlande a récemment introduit une assemblée d’enfants sur la biodiversité à l’échelle nationale, en s’appuyant sur une expérience similaire menée en Écosse. L’assemblée a rassemblé un groupe d’enfants et de jeunes âgés de 7 à 17 ans sélectionnés au hasard.

« Comme une assemblée de citoyens adultes, elle comprenait un processus éducatif, une délibération et la formation de recommandations », a expliqué à EURACTIV Mme Reid, qui a travaillé sur cette initiative.

Le processus a été conçu avec des jeunes et des chercheurs spécialisés dans la jeunesse.

« En tant qu’adultes, nous n’avons pas l’expérience de ce qu’est être un enfant aujourd’hui. Il était donc très important que nous ayons leur compréhension de la manière de rendre ce processus engageant, ludique, dynamique et pertinent pour les enfants », a-t-elle expliqué.

En octobre, l’assemblée a présenté ses appels à l’action, demandant au gouvernement d’intégrer la biodiversité dans le processus décisionnel, d’accroître les efforts de conservation et de réduire les impacts négatifs sur la biodiversité.

Mesures de l’UE

À l’échelle de l’UE, la stratégie européenne sur les droits de l’enfant publiée en mars 2021 promeut la participation des enfants à l’élaboration des politiques à tous les niveaux de gouvernement.

Selon cette stratégie, « l’UE doit promouvoir et améliorer la participation inclusive et systémique des enfants » et favoriser « une participation des enfants au processus d’élaboration des politiques des institutions européennes et des agences de l’UE ». Cette participation peut par exemple prendre la forme de consultations spécifiques aux enfants ou de dialogues de l’UE en faveur de la jeunesse.

La Commission européenne travaille également à la mise en place d’une plateforme européenne de participation des enfants, destinée à relier les mécanismes de participation des enfants existant aux niveaux local, national et européen.

Dépasser les obstacles

Bien que des efforts grandissants soient déployés afin d’impliquer les enfants et les jeunes dans l’élaboration des politiques, il existe également des obstacles à leur engagement. Le manque de financement en est un exemple, a indiqué Mme Reid.

« La participation des enfants nécessite davantage de ressources, notamment pour s’assurer qu’elle est pertinente et intéressante », a-t-elle déclaré, soulignant l’importance de « financer l’héritage » que laisseront ces initiatives.

D’autres aspects susceptibles d’entraver la participation effective des jeunes comprennent les barrières culturelles, les enfants étant souvent ignorés ou peu pris au sérieux par les décideurs politiques.

Parallèlement, « les enfants doivent aussi être des enfants », explique Mme Reid.

« Bien que les enfants aient le droit de participer, la responsabilité de donner suite à leurs opinions et à leurs idées incombe aux adultes. »