Minsk qualifie d’« extrémiste » un site d’investigation biélorusse en exil

Les autorités biélorusses ont qualifié d’extrémiste un site web géré par des journalistes en exil, après leur dénonciation continue de la corruption massive dans les cercles les plus proches du président du pays, Alexandre Loukachenko, et notamment des manœuvres visant à éviter les sanctions de l’UE.

Euractiv.com
Belarusian President Alexander Lukashenko visit to Serbia
Le président biélorusse Alexandre Loukachenko (G) et le président serbe Aleksandar Vučić (D) lors d'une conférence de presse à Belgrade (Serbie), en 2019. [EPA-EFE/ANDREJ CUKIC]

Les autorités biélorusses ont qualifié d’extrémiste un site web géré par des journalistes en exil, après leur dénonciation continue de la corruption massive dans les cercles les plus proches du président du pays, Alexandre Loukachenko, et notamment des manœuvres visant à éviter les sanctions de l’UE.

Le journal officiel de l’administration présidentielle de Biélorussie a publié lundi (31 octobre) une annonce selon laquelle le procureur de Minsk a qualifié d’« extrémistes » les produits d’information du Centre d’investigation biélorusse (BIC).

Cette désignation laisse entendre que leurs auteurs pourraient être sévèrement punis. Selon le Code pénal, cela pourrait aller jusqu’à 7 ans de prison avec une possible privation de la citoyenneté. Le Code pénal prévoit également des sanctions pour les lecteurs, les abonnés, ainsi que toute personne partageant ou envoyant le contenu, qui peuvent aller jusqu’à 15 jours d’emprisonnement.

EURACTIV s’est associé au Centre d’investigation biélorusse, une association primée qui travaille depuis l’étranger depuis la répression subie en 2021, et a publié deux de leurs récentes enquêtes. Celles-ci portaient respectivement sur un oligarque proche de M. Loukachenko continuant à profiter de ses richesses en Autriche et sur des stratagèmes pour échapper aux sanctions de l’UE en passant par la Serbie et Chypre.

Mais l’histoire qui semble avoir contrarié les autorités biélorusses est leur dernière enquête, qui expose comment un oligarque, Youri Tchyj, sous le coup de sanctions de l’UE, ferait sortir des milliards de Biélorussie avec l’aide de son partenaire lituanien Vitold Tomashevski.

M. Tchyj est appelé par ses détracteurs le « portefeuille » de M. Loukachenko, et il aurait eu accès au pétrole russe bon marché avec l’aide de son partenaire. En seulement un an et demi, il aurait gagné plus de 5 milliards de dollars en manipulant les codes douaniers des produits pétroliers.

Les partenaires évitaient de payer les droits d’exportation de ces produits en les étiquetant comme « solvants ». La source de BIC a confirmé que ce système avait été mis en œuvre par l’intermédiaire d’une société Savoil LLP enregistrée à Singapour et appartenant à M. Tomachevski.

Vitold Tomachevski est, selon certains médias locaux, l’homme le plus riche de Lituanie. Bien que le média lituanien 15 min ait couvert les activités de M. Tomachevski il y a quelques années, y compris ses affaires en Biélorussie, c’est BIC qui a révélé le système Savoil.

BIC a posé une série de questions à M. Tomachevski, mais celui-ci n’a pas répondu.

Stanislau Ivachkevitch, chef de BIC, a déclaré à EURACTIV que son équipe savait que ce n’était qu’une question de temps avant que les autorités ne prennent des mesures à leur encontre.

« Au cours de la saison passée, nos enquêtes ont permis de sanctionner des stratagèmes d’une valeur de 700 millions de dollars par l’UE. Cette saison (à partir de septembre 2022), nous avons déjà révélé des combines d’une valeur de 300 millions de dollars présentant des signes de corruption, d’évasion de sanctions et d’impôts », a déclaré M. Ivachkevitch mardi.

Les enquêtes récentes menées par BIC qui méritent d’être soulignées sont :

– l’empire commercial secret appartenant à Viktar Cheiman, le bras droit de M. Loukachenko, par l’intermédiaire de sa maîtresse et d’anciens employés du département de gestion des biens présidentiels.

– les répressions contre les écoles privées en Biélorussie au profit d’une école privée fondée par Iryna Abelskaya — ancienne partenaire officieuse de M. Loukachenko et mère de son plus jeune enfant.

– 170 millions de dollars siphonnés de la Biélorussie par les portefeuilles de construction de M. Loukachenko vers les Émirats arabes unis, apparemment pour éviter les sanctions.

« Nous considérons que déclarer nos contenus comme extrémistes est une reconnaissance de notre professionnalisme et nous continuerons à révéler la corruption et le népotisme en Biélorussie et au-delà », a déclaré M. Ivachkevitch.

Pendant ce temps, le Premier ministre tchèque Petr Fiala, dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l’UE, a déclaré mardi que l’Union pourrait envisager de nouvelles sanctions contre la Biélorussie en raison de son rôle dans la guerre en Ukraine.

M. Fiala a fait ces commentaires à son retour de Kiev, où il s’est entretenu, avec les membres de son cabinet, avec ses homologues ukrainiens.