Moins politique et plus impartiale : la vision de Charles Michel pour la future Commission européenne
Les traités de l’UE prévoient explicitement que la Commission doit être « impartiale », ce qui n’est pas le cas de l’exécutif actuel, selon le président du Conseil européen, Charles Michel.
Les traités de l’UE prévoient explicitement que la Commission européenne doit être « impartiale », ce qui n’est pas le cas de l’exécutif actuel, selon le président du Conseil européen, Charles Michel, qui s’est adressé à plusieurs médias européens, dont Euractiv.
« Pour l’efficacité de l’UE et une Union plus politique, l’impartialité de la Commission devrait être une priorité absolue », a expliqué Charles Michel aux journalistes à Bruxelles, faisant référence aux traités européens.
« Mais nous pouvons voir que cela a parfois été perçu comme un moyen pour la Commission d’être moins impartiale — parce que si vous êtes considéré comme trop politique, vous pourriez être considéré comme moins impartial — et une Commission impartiale est une nécessité », a-t-il martelé, critiquant indirectement l’exécutif de la présidente sortante Ursula von der Leyen, sans toutefois la nommer explicitement.
Au cours des cinq dernières années, les États membres ont accusé Ursula von der Leyen de « franchir les limites », d’ignorer les gouvernements nationaux dans sa prise de décision sur plusieurs portefeuilles politiques ou sur des demandes telles que la proposition de plafonnement des prix de l’énergie.
Il a également évoqué à la position de l’UE sur la guerre de Gaza, où la réponse européenne disparate a eu des répercussions sur la crédibilité de Bruxelles dans la région. Ce fut notamment le cas en raison de messages confus envoyés par l’exécutif européen concernant la suspension de l’aide à l’Autorité palestinienne et du manque de coordination lors de la visite de Mme von der Leyen en Israël.
« Nous avons rencontré un problème où la position de la Commission n’[était] pas impartiale et ne correspondait pas à la position habituelle en termes de soutien au droit humanitaire international et au droit international », a affirmé le président du Conseil européen, où siègent les chefs d’État et de gouvernement de l’UE.
« Le risque est que cela soit [utilisé] par les opposants à l’intégration de l’UE et que nous [soyons accusés] de faire deux poids deux mesures, ce qui est une question de politisation », a-t-il ajouté.
Selon lui, il s’agirait d’une « préoccupation croissante, en particulier au niveau international, [où] nous sommes parfois et très souvent accusés de faire deux poids et deux mesures ».
« La Russie, l’Iran, la Chine mènent une bataille intellectuelle et politique contre nous au sein de la communauté internationale, dans les pays du Sud, alimentant ainsi l’impression que nous ne sommes pas cohérents. »
L’année dernière, l’UE a été fortement critiquée par des pays tiers pour la différence de traitement de la guerre en Ukraine et de celle à Gaza, puisqu’elle a apporté un soutien sans faille à Kiev après l’invasion russe tandis qu’elle a peiné à parler d’une seule voix dans la guerre entre Israël et la Palestine.
En effet, la position initiale de l’exécutif de l’UE sur la question était « politisée » et « non représentative » de celles des États membres.
« Je ne suis pas certain que nous ayons besoin d’une Commission politique, mais il est certain que nous avons besoin d’une Union politique, d’une Union géopolitique », ce qui n’est pas pareil, a noté M. Michel.
La réforme des traités, une « erreur stupide »
Cela fait plusieurs mois que l’idée d’une modification des traités de l’UE afin d’entamer les réformes urgentes qui s’imposent en prévision de l’élargissement futur du bloc circule. Plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne, ont proposé des changements visant à améliorer l’efficacité du processus décisionnel de l’Union.
Le président du Conseil européen a indiqué qu’il n’était « pas favorable » à une réforme des traités européens, que ce soit « à court ou à moyen terme ».
« Ce serait une erreur stupide de trop se concentrer sur quelque chose qui, d’un point de vue politique, n’est pas vraiment réaliste », a-t-il poursuivi.
En 2022, lors de son discours sur l’état de l’Union, Mme von der Leyen a proposé d’ouvrir une convention sur les traités réunissant des représentants des 27 gouvernements nationaux de l’Union. Bien que celle-ci n’aurait pas garanti une réforme des traités, elle aurait tout de même constitué la prochaine étape du processus de révision de ces textes.
Cependant, cette convention ne s’est pas concrétisée jusqu’à présent.
« Cela signifierait organiser des référendums et des débats nationaux difficiles », a souligné Charles Michel.
Les négociations sur les traités sont vues par beaucoup comme complexes, car elles permettent aux États membres de l’UE de définir de nouvelles priorités.
Or, « le potentiel du traité de Lisbonne n’est pas pleinement exploité », a insisté le président du Conseil, faisant écho à la position de Paris et de Berlin sur la question.
Les deux capitales ont précédemment proposé d’utiliser les options existantes dans le cadre des traités actuels afin d’améliorer l’efficacité du processus décisionnel au sein de l’Union européenne.
« Nous discutons avec les dirigeants de l’UE […] de ce que nous pourrions faire sur la base du traité de Lisbonne, ce qui pourrait nous rendre beaucoup plus efficaces — et nous devrions commencer par cela avant d’ouvrir la boîte de Pandore ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]