Négociations UE-Turquie : coup d'envoi prévu le 3 octobre [FR]
Le début des négociations d'adhésion entre l'UE et la Turquie, toujours fixé au 3 octobre, va faire prendre un tour nouveau à la candidature d'Ankara. Plusieurs chapitres focaliseront l'attention des observateurs tout au long de ce processus de longue haleine.
Le début des négociations d’adhésion entre l’UE et la Turquie, toujours fixé au 3 octobre, va faire prendre un tour nouveau à la candidature d’Ankara. Plusieurs chapitres focaliseront l’attention des observateurs tout au long de ce processus de longue haleine.
Bien que le cadre des futures négociations soit, stricto sensu, limité au champ couvert par les critères de Copenhague et à la question du respect de l’acquis communautaire, les discussions – et les débats auxquels elles donneront lieu – ne manqueront pas d’englober une série de thèmes et de problématiques plus vastes (ce qui devrait complexifier et rallonger d’autant un processus appelé à durer au minimum dix ans) :
La Turquie a-t-elle sa place au sein de l’UE ?
- Les partisans de l’entrée de la Turquie dans l’UE estiment que le pays fait partie intégrante du continent européen, et qu’il constituerait en outre un « pont » idéal entre l’Union et le Moyen-Orient. L’adhésion d’Ankara permettrait également de faire du multiculturalisme une composante essentielle de l’identité de l’Union. En outre, l’entrée de la Turquie, avec sa population relativement jeune et sa main d’oeuvre abondante, pourrait constituer une réponse à la contraction de la population active du continent, liée au phénomène de vieillissement démographique. Sur le plan politique, les partisans de l’entrée de la Turquie soulignent que l’UE constitue d’ores et déjà un ensemble « à plusieurs vitesses », l’adhésion d’Ankara ne venant dès lors que confirmer une réalité déjà établie.
- Adversaires de la candidature turque : fondamentalement, la Turquie n’est pas « européenne ». Son adhésion serait de nature à saper l’identité et les principes fondamentaux de l’Union. Le pays est en outre jugé « trop grand et trop pauvre » pour pouvoir intégrer l’Union : du fait de son poids démographique, la Turquie deviendrait dès son adhésion l’Etat membre le plus puissant au sein des institutions européennes (en particulier au Conseil), ce qui apparaît difficilement acceptable aux yeux des « poids lourds » historiques de la construction européenne ; sur le plan économique, l’adhésion de la Turquie ferait chuter le niveau de richesse moyen de l’Union.
La solution du « partenariat privilégié »
- Les partisans d’une telle option arguent notamment du fait que le cadre de négociation UE – Turquie fait explicitement référence à une forme de « partenariat limité », en laissant la porte ouverte à une solution alternative en cas d’échec des négociations. L’Autriche est aujourd’hui l’Etat membre le plus ouvertement favorable à une telle solution, également privilégiée par les conservateurs allemands et le favori de la prochaine élection présidentielle en France, Nicolas Sarkozy.
- Adversaires : soulignent que le concept de partenariat privilégié n’a, pour l’heure, toujours pas fait l’objet d’une définition précise ; estiment que l’adhésion pleine et entière à l’UE constitue la seule issue acceptable pour Ankara, qui a déjà qualifié d’ « illégitime et immorale » une éventuelle proposition de partenariat privilégié.
Une admission de la Turquie au sein de l’UE devrait-elle être accompagnée de dérogations et de clauses de sauvegarde permanentes ?
- Partisans : estiment que de telles restrictions (ntamment en matière de libre circulation des travailleurs et d’accès au budget européen) sont inévitables pour apaiser les craintes d’une opinion publique européenne largement hostile à l’adhésion de la Turquie.
- Adversaires : clauses de sauvegarde et dérogations n’ont jamais été appliquées dans le cas des précédents élargissements, et pourraient donc être jugées discriminatoires par la Turquie, déjà froissée par la dureté de l’UE à son égard.
Faut-il régler la question chypriote avant l’adhésion de la Turquie ?
- Partisans : jugent inenvisageable que la Turquie puisse entrer dans une Union dont elle ne reconnaîtrait pas tous les membres – font de la reconnaissance de Chypre une condition non-négociable.
- Adversaires: Ankara estime que la solution au problème chypriote n’est pas de son seul ressort, dans la mesure où elle est liée à l’obtention d’un accord global des différentes parties impliquées sur la base de la feuille de route des Nations Unies.
L’adhésion de la Turquie peut-elle nuire au développement d’une politique européenne commune dans le domaine de la sécurité et de la défense ?
- Oui, estiment ceux qui voient dans la Turquie un Etat doté d’une forte conscience de son identité et de ses intérêts nationaux. Dans une telle optique, la Turquie n’apparaît pas comme un Etat « euro-compatible », prêt à « jouer collectif » au service des objectifs communs de l’Union sur la scène internationale. Les tenants d’une telle thèse renvoient par ailleurs à la persistance des problèmes kurde et arménien pour insister sur le caractère potentiellement dangereux d’une adhésion de la Turquie (l’UE pouvant se retrouver impliquée dans des conflits aujourd’hui lointains).
- Non, répondent les partisans d’une intégration susceptible – selon eux – de renforcer considérablement le poids de l’Union au niveau mondial : dotée d’une armée de 800 000 hommes, la Turquie consoliderait fortement les capacités de l’Union dans le domaine militaire ; en outre, son emplacement stratégique et ses bonnes relations avec la plupart des Etats du Moyen-Orient feraient de la Turquie un atout de poids dans le jeu de l’Union européenne.