Nicolas Sarkozy annonce des « lignes rouges » lors de son voyage en Turquie
Vendredi (25 février), la visite à Ankara du président français, Nicolas Sarkozy, a confirmé son opposition à l'entrée de la Turquie dans l'UE. Cela, ajouté à la résistance de l'Allemagne, semble montrer que les relations du pays avec l'UE sont au plus mal.
Vendredi (25 février), la visite à Ankara du président français, Nicolas Sarkozy, a confirmé son opposition à l'entrée de la Turquie dans l'UE. Cela, ajouté à la résistance de l'Allemagne, semble montrer que les relations du pays avec l'UE sont au plus mal.
La Turquie n'a pas caché sa déception suite à la visite de cinq heures de Nicolas Sarkozy, qualifiée d'« offensive » par la presse turque du fait de sa courte durée et des messages délivrés.
A Ankara, M. Sarkozy a mentionné les « lignes rouges » de la France dans le débat sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.
« Je suis de ceux qui pensent que la façon la plus utile de sortir de ce qui risque d'être un jour une impasse, c'est d'essayer de discuter pour trouver les voix d'un compromis », a déclaré le président Sarkozy lors d'une conférence de presse conjointe avec le président turc, Abdullah Gül. « Vous avez des lignes rouges dans votre pays, je les comprends, j'essaie de les intégrer. Il y a une ligne rouge aussi dans mon pays. Vous avez une opinion publique dans votre pays, j'en ai une aussi. Cela ne veut pas dire que nous avons raison, cela veut dire qu'il faut discuter pour trouver les voies d'un compromis ».
« J'ai toujours considéré […] qu'il y avait un chemin entre une perspective d'adhésion, que nous sommes un certain nombre dans l'Union européenne à considérer comme non opportune, et la suppression de toute forme de discussion pour permettre de rapprocher la Turquie, pays immense, et l'Union européenne », a ajouté M. Sarkozy.
La visite du président français en Turquie était la première depuis son élection en 2007 et la première visite d'un président français en 19 ans.
M. Sarkozy a également rencontré le premier ministre, Recep Tayyip Erdo?an. Sur l'insistance de Paris, les discussions se sont concentrées sur la présidence française du G20, dont la Turquie est membre, et sur les propositions françaises visant à remodeler l'ordre économique mondial en amont d'un sommet qui aura lieu cet automne à Cannes.
L'affaire du chewing gum : oeil pour œil, dent pour dent
De nombreux médias ont évoqué le fait que M. Sarkozy aurait mâché un chewing gum lors de son arrivée à l'aéroport, ce qui aux yeux des Turcs, serait un manque de respect.
Le maire d'Ankara, Melih Gökçek, un personnage haut en couleurs, a répondu en mâchant un chewing gum à son tour lorsqu'il s'est à nouveau retrouvé à l'aéroport pour voir s'en aller M. Sarkozy quelques heures après son arrivée.
Selon le quotidien Zaman, ce n'est pas la première fois que M. Sarkozy énerve les fonctionnaires turcs, un chewing gum à la bouche. Il aurait apparemment fait de même lorsqu'il avait accueilli le président Gül à Paris en 2009.
« Oui à l'intégration, non à l'assimilation »
En amont d'une visite en Allemagne aujourd'hui (28 février), où il devrait rejoindre la chancelière allemande, Angela Merkel, pour l'inauguration du CeBit, le salon mondial des technologies de l'information et de la communication à Hanovre, le premier ministre Recep Tayyip Erdo?an a accusé Mme Merkel de s'opposer à l'adhésion de la Turquie à l'UE pour gagner des points auprès des électeurs allemands.
M. Erdo?an a déclaré au quotidien Rheinische Post qu'il pensait que les négociations d'adhésion étaient retardées pour des raisons purement politiques.
Dimanche, c'est devant une foule de 10 000 personnes qui résident en Allemagne, pour la plupart d'origine turque, que M. Erdo?an a répondu à la récente critique de Mme Merkel concernant ce qu'elle qualifiait d'échec s'agissant de l'intégration de la communauté turque dans la société allemande.
En octobre dernier, Mme Merkel avait déclaré que la tentative de l'Allemagne de créer une société multiculturelle avait « échoué en beauté ». Elle avait expliqué que permettre à des personnes de différentes origines culturelles de vivre côte à côte sans intégration n'avait pas marché dans un pays qui comporte quelques quatre millions de musulmans. La plupart d'entre eux sont des Turcs qui ont émigré dans les années 1960 et 1970 en tant que « travailleurs invités ».
« Je dis oui à l'intégration. Nous devons nous intégrer dans la société », a déclaré M. Erdo?an cité par le Deutsche Welle, avant d'ajouter : « Personne ne devrait pouvoir nous arracher à notre culture. Nos enfants doivent apprendre l'allemand, mais avant, ils doivent apprendre le turc ».
Mais le ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle, n'est pas du même avis que M. Erdo?an, selon la DPA.
« Les enfants qui grandissent en Allemagne devraient apprendre l'allemand avant tout », a déclaré M. Westerwelle. Autrement, selon lui, ils seront désavantagés à l'école et auront moins de chances de s'en sortir dans la vie plus tard.
« La langue allemande est la clé de l'intégration pour les enfants qui grandissent en Allemagne », a souligné le ministre.