Nicolas Sarkozy plaide à nouveau pour une politique industrielle européenne
À l’occasion des États généraux de l’industrie, le président français a à nouveau affiché sa volonté de voir l’UE développer une politique industrielle commune afin de ne pas handicaper les grands groupes européens.
À l’occasion des États généraux de l’industrie, le président français a à nouveau affiché sa volonté de voir l’UE développer une politique industrielle commune afin de ne pas handicaper les grands groupes européens.
« Les temps sont venus, il suffit de bien y réfléchir ». Le président de la République a déclaré, jeudi 4 mars, à Marignane, devant un parterre de représentants d’industries, qu’il allait demander à la Commission et au Conseil européen de « prendre des initiatives pour une véritable politique industrielle européenne ».
Le thème de la politique industrielle de l’UE est cependant d’ores et déjà sur la table, notamment dans la perspective de la mise en place de la nouvelle stratégie économique de l’UE pour 2020. Mais les ministres en charge de l’industrie, réunis à Bruxelles le 1er mars, n’ont pour le moment lancé que des pistes de réflexions floues.
Derrière ce plaidoyer pour une politique industrielle commune, l’objectif affiché par Nicolas Sarkozy est d’éliminer les distorsions de concurrence entre les entreprises européennes et leurs homologues chinoises ou américaines. « Il est invraisemblable que l’Europe interdise le soutien des États aux industries exportatrices alors que ses concurrents asiatiques déploient des financements massifs sur leurs territoires comme sur les marchés mondiaux », a déclaré le président français. La part des exportations européennes a baissé d’un quart depuis l’an 2000, a précisé Nicolas Sarkozy. « Nous ne pouvons pas être la seule zone économique mondiale qui applique unilatéralement les préceptes du libre échange, en parfaite méconnaissance du comportement de ses grands concurrents », a-t-il ajouté.
Le droit communautaire interdit aujourd’hui le versement de subventions à l’exportation, pour éviter les distorsions de concurrence au sein du marché intérieur européen. « Indirectement, il est vrai que cela peut avoir des effets négatifs et empêcher de promouvoir des champions européens à l’exportation. Mais tant qu’on n’aura pas une politique industrielle au niveau européen, on ne pourra pas assouplir ces règles », explique Claire Vanini, avocate au cabinet Francis Lefebvre.
Plus largement, le président français a insisté sur son souhait de voir les règles de la concurrence européenne assouplies. Nicolas Sarkozy a en effet critiqué la vision européenne de la concurrence « marché par marché », estimant que c’était une « erreur majeure ». « Il faut une industrie européenne, donc il faut analyser les parts de marché pour libérer la concurrence au regard du marché européen ». « Je veux d’abord qu’évolue la conception de la concurrence européenne », a-t-il martelé.
Au plan communautaire, la Commission européenne est compétente sur les questions de concurrence. En France, les autorités de la concurrence sont chargées de veiller au respect des règles. La posture du président de la République « est très politique mais on sait qu’elle ne se traduira pas en termes juridiques. Et si on fait un parallèle avec M. Almunia, ils ne sont clairement pas sur la même longueur d’onde », estime Claire Vanini.
Dans un discours prononcé à Paris le 16 février, peu de temps après son investiture, le nouveau commissaire à la Concurrence a effectivement expliqué qu’il était favorable à une application rigoureuse des règles de la concurrence, notamment en temps de crise.