Nouvelle « Loi Travail », ou une histoire de mauvaises conditions de travail en France
Le président Emmanuel Macron a annoncé la préparation d’une nouvelle « Loi Travail », dans le cadre d’un « pacte de la vie au travail ». Une réflexion qui s’avère urgente, alors que de nombreuses études alertent sur des conditions de travail particulièrement mauvaises en France.
Lors d’une allocution solennelle lundi (17 avril), le président Emmanuel Macron annonçait la préparation d’une nouvelle « Loi Travail », dans le cadre d’un « pacte de la vie au travail ». Une réflexion qui s’avère urgente, alors que de nombreuses études alertent sur des conditions de travail particulièrement mauvaises en France.
Après des mois d’impasse politique sur la réforme des retraites, qui acte le report de l’âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans, le président de la République est déterminé à aller de l’avant, reconnaissant pour autant que la réforme n’avait pas été « acceptée » par les Français.
Il a donc annoncé une série de réformes visant à renforcer la « justice sociale », à « redonner du sens au travail » et, in fine, à apaiser la colère du pays.
Au cœur de son discours, l’annonce d’une nouvelle réforme du travail, dont les contours restent encore vagues. Elle pourrait inclure toute une série de mesures sur la rémunération, le partage de la valeur ou encore la formation professionnelle.
La France, mauvaise élève dans l’UE
Quoi qu’il en soit, l’amélioration des conditions de travail en France est essentielle.
Une étude de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA), publiée en septembre 2022, a révélé que 71 % des travailleurs français estimaient qu’ils bénéficiaient de structures de santé efficaces au sein de leur lieu de travail — contre une moyenne de 80 % dans l’Union européenne.
En outre, une moyenne de 50 % des Français se dit exposée à un haut taux de stress face à des délais jugés trop courts, un chiffre qui s’élève seulement à 31 % dans l’UE.
Enfin, l’étude montre que 68 % des travailleurs français, plus que dans n’importe quel autre État membre, estiment que parler de santé mentale au travail aurait un impact négatif sur leur carrière.
« Lorsqu’il s’agit de conditions de travail, la France se classe très bas dans l’UE », a confié Malo Mofakhami, économiste du travail à l’Université de la Sorbonne, à EURACTIV France.
« La vie professionnelle au quotidien peut être épuisante : les Français se plaignent d’une ligne hiérarchique trop prononcée et d’un manque d’autonomie », a-t-il avancé.
En effet, selon une enquête d’Eurofound publiée en 2022, 16 % des travailleurs français auraient souffert d’au moins une forme d’intimidation au travail — y compris des insultes ou du harcèlement sexuel. La France se place ainsi en bas de classement, juste devant le Danemark et les Pays-Bas.
Au total, près de 40 % des travailleurs français considèrent occuper des postes dits « pénibles », contre 30 % en moyenne dans l’Union européenne, selon la même étude.
Les études spécifiques à la France font également état d’une explosion des taux de burn-out, qui atteignaient 34 % en juillet 2022, ce qui représente 2,5 millions de travailleurs au total, soit trois fois les niveaux pré Covid-19.
Selon M. Mofakhami, le problème s’explique par une piètre qualité du dialogue social entre syndicats et gouvernements. Une relation distendue qui se voit dans les chiffres : entre 1949 et aujourd’hui, les taux de syndicalisation ont chuté de façon spectaculaire, de 30,1 % à 10,1 %, selon les données de 2021 du ministère français du Travail.
Répartir équitablement la richesse nationale
« Il y a un mal-être dans le travail en France », avertit Fadila Khattabi, députée Renaissance et présidente de la commission des Affaires sociales à l’Assemblée nationale. Il est impératif, a-t-elle expliqué à EURACTIV France, de réfléchir au rapport que les Français ont au travail afin de « redonner du sens à ce qu’ils font ».
L’urgence est à une meilleure reconnaissance des métiers pénibles ou encore à l’emploi des seniors, selon elle, alors que le Conseil constitutionnel, qui a validé la réforme des retraites, a censuré des dispositifs dédiés aux travailleurs en fin de carrière, comme « l’index seniors » ou encore le « CDI seniors ».
La députée accueille aussi très favorablement l’accord conclu en février dernier entre les organisations patronales et syndicales sur le partage de la valeur dans les entreprises, qui oblige les entreprises entre 11 et 49 salariés à mettre en œuvre un dispositif de partage de la valeur — intéressement, primes, etc. — lorsque les bénéfices nets fiscaux sont au moins égaux à 1 % du chiffre d’affaires.
Enfin, mieux travailler, et ce plus longtemps, permettra d’arriver au plein-emploi, explique-t-elle.
Le taux de chômage en France est en baisse plus ou moins constante depuis 2015, atteignant 7 % à la fin de l’année 2022, soit les niveaux d’avant 2008. Emmanuel Macron s’est fixé comme objectif d’atteindre le plein emploi avec un taux de chômage de 5 % d’ici la fin de son mandat, en 2027.
« Pour parler des retraites, il faut d’abord parler du travail »
Conformément à la déclaration de M. Macron, Mme Khattabi souhaite ancrer cette nouvelle « Loi Travail » dans un dialogue social d’envergure, condition sine qua non pour défendre au mieux les intérêts des travailleurs.
Mais les syndicats refusent de rencontrer le gouvernement ou de revenir à la table des négociations tant que la réforme des retraites n’est pas complètement abandonnée.
Cyril Chabanier, président de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), un syndicat de centre gauche, a expliqué à EURACTIV France que la question des conditions de travail est essentielle, mais que « les annonces de M. Macron restent très vagues », et que « la question du travail aurait dû être discutée avant la réforme des retraites ».
« Pour parler des retraites, il faut d’abord parler du travail », a-t-il ajouté.
L’intersyndicale a décliné à l’unanimité l’invitation du président à se réunir à l’Élysée mardi (18 avril).
Il en faudra donc un peu plus pour que les négociations reprennent sur la question du travail et qu’une réforme d’envergure voit le jour. De nouvelles manifestations sont prévues le 1er mai.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]