Olaf Scholz favorable à l’expulsion d’Afghans et de Syriens coupables de crimes

Le chancelier allemand Olaf Scholz a affirmé jeudi (6 juin) vouloir expulser tous les exilés jugés coupables de crimes, même vers les pays jugés les plus à risque pour les populations tels que l’Afghanistan et la Syrie.

Euractiv.com
German Chancellor Scholz delivers government statement on current security situation
« Ces criminels devraient être expulsés, même s’ils viennent de Syrie et d’Afghanistan », a affirmé le chancelier allemand Olaf Scholz jeudi (6 juin). [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Le chancelier allemand Olaf Scholz a affirmé jeudi (6 juin) vouloir expulser tous les exilés jugés coupables de crimes, et ce même vers les pays considérés les plus à risque pour les populations tels que l’Afghanistan et la Syrie.

L’annonce arrive alors que les tensions sont vives dans le pays à la suite d’une attaque au couteau par un ressortissant afghan contre six personnes lors d’un rassemblement anti-islam à Mannheim, dans le sud-ouest de l’Allemagne, vendredi dernier (31 mai).

L’une des victimes, un policier, a succombé à ses blessures dimanche (2 juin).

L’agresseur, un homme âgé de 25 ans, serait arrivé en Allemagne depuis l’Afghanistan en 2014. Il serait resté sur le territoire malgré le rejet de sa demande d’asile.

Face aux appels à durcir la politique du gouvernement en matière d’expulsions, le chancelier Olaf Scholz (SPD) s’est engagé à renvoyer les ressortissants étrangers coupables de crimes dans leurs pays d’origine, et ce même s’ils viennent de zones où ils pourraient être en danger.

« Ces criminels devraient être expulsés, même s’ils viennent de Syrie et d’Afghanistan », a expliqué M. Scholz aux législateurs à Berlin jeudi.

« Le ministère de l’Intérieur travaille sur la possibilité d’expulser les criminels et les personnes dangereuses vers l’Afghanistan », a-t-il ajouté, faisant référence à une étude commencée par la ministre de l’Intérieur Nancy Faeser (SPD).

En raison des persécutions du régime taliban et de l’insécurité alimentaire qui sévit dans le pays, les expulsions d’Allemagne vers l’Afghanistan sont difficiles, voire impossibles, car la législation allemande en matière d’asile interdit les expulsions vers des régions où la vie des personnes serait menacée.

L’Allemagne avait en effet suspendu toute expulsion vers l’Afghanistan après le retour au pouvoir des Talibans à l’été 2021.

Une rhétorique plus dure à l’approche des Européennes

Les responsables politiques allemands de tous bords ont durci le ton sur l’islamisme et l’immigration à la suite de l’attaque fin mai, qui a eu lieu quelques jours avant que les Allemands ne se rendent aux urnes pour les élections européennes du 9 juin.

« L’islamisme est l’ennemi d’une société libre » et doit être « combattu », a déclaré dimanche Ricarda Lang, codirigeante de l’Alliance 90/Les Verts (Verts/ALE) pro-immigration, qui fait partie de la coalition tripartite au pouvoir dans le pays avec le SPD et le FDP libéral.

« Je pense que cela finira par aider les populistes de droite si nous n’avons pas ce débat au sein du centre démocratique », a-t-elle prévenu.

Malgré un recul dans les sondages suite à plusieurs scandales ces dernières semaines, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) pourrait encore arriver en deuxième position du scrutin de dimanche.

Olaf Scholz a toutefois mis en garde contre les réflexes xénophobes, appelant à l’unité de la société après l’attentat.

« Il est absurde de placer plus de 20 millions de personnes [issues de l’immigration en Allemagne] dans une situation de suspicion générale. Elles aussi sont souvent victimes de discours de haine et de violence. Elles sont également menacées et souvent intimidées par les islamistes », a-t-il rappelé.

Selon un récent rapport du gouvernement, l’extrême droite reste la principale source de violence à caractère politique en Allemagne, avec 1 270 cas en 2023.

Ce chiffre est 14 fois supérieur au nombre d’incidents liés à l’idéologie religieuse, toutefois en augmentation.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]