Orbán déchu

Également dans l'édition de lundi : les répercussions de la victoire record de Péter Magyar

/ EURACTIV.com

ÉDITION SPÉCIALE : Vous lisez une édition spéciale de Rapporteur ce lundi 13 avril, en direct depuis la capitale hongroise après une nuit historique au cours de laquelle Péter Magyar a battu Viktor Orbán lors d’un duel électoral qui restera dans les annales.

Le parti Tisza de Magyar est en passe de remporter une majorité écrasante de 138 sièges sur 199 au Parlement hongrois, tandis que le Fidesz d’Orbán se retrouve réduit à seulement 55 sièges. S’adressant hier soir à des partisans en liesse, Magyar s’est engagé à rétablir les liens de la Hongrie avec l’Europe, à récupérer les subventions de l’UE et à éliminer les « marionnettes » d’Orbán qui, selon lui, ont pillé les caisses de l’État.

Ici Eddy Wax à Budapest, accompagné de Nicoletta Ionta à Bruxelles.

À savoir :

🟢 Le parti Tisza de Magyar remporte une victoire retentissante

🟢 Comment sa stratégie médiatique et son approche des zones rurales lui ont permis de remporter les élections

🟢 Le commissaire hongrois Várhelyi est-il à l’abri ?


L’Europe, vue de Bruxelles


Les rives du Danube ont explosé d’euphorie hier soir alors que les partisans de Tisza célébraient une victoire historique contre Viktor Orbán. Je me suis frayé un chemin à travers la foule de jeunes qui sabraient le champagne, tapaient sur les panneaux de signalisation et scandaient « Magyar Péter ! » et « Dehors les Russes ! »

Les sondages laissaient présager une victoire décisive, mais peu y croyaient vraiment jusqu’à ce qu’Orbán fasse son apparition en début de soirée pour reconnaître sa défaite. La foule est devenue folle. Andrew, un maçon de 60 ans brandissant des drapeaux hongrois et européens, m’a dit : « Nous sommes les héritiers des combattants de la liberté de 1956. »

Lisez mon reportage complet depuis le siège du parti Tisza hier soir.

La victoire du leader du Tisza, Péter Magyar, est un tsunami politique qui s’abat sur la Hongrie, pays enclavé. Elle met fin aux 16 années au pouvoir d’Orbán et le laisse assister, impuissant, au démantèlement du régime illibéral qu’il a bâti.

Les derniers résultats indiquent que le Tisza remportera plus des deux tiers des sièges au Parlement, conférant à Magyar un mandat fort pour mener à bien des changements de grande envergure.

Comme l’a souligné Júlia Pőcze, du Centre for European Policy Studies, l’ampleur de ce mandat lui donne la marge de manœuvre nécessaire pour mener à bien le « véritable changement de système » qu’il a promis, en réformant le régime de fond en comble.

Zoltán Fleck, professeur de droit à l’université Eötvös Loránd, a expliqué que ce résultat confère à Magyar l’autorité nécessaire pour maintenir l’élan en faveur de la démocratie en rédigeant une nouvelle constitution – un processus qui, selon lui, pourrait prendre environ 18 mois et devrait impliquer la participation la plus large possible de la société civile.

Magyar a déclaré qu’il rétablirait les relations de la Hongrie avec l’UE, ses premières visites prévues étant en Pologne, en Autriche, puis à Bruxelles.

Ce résultat porte également un coup dur, outre-Atlantique, au mouvement MAGA, dont le représentant JD Vance s’était rendu à Budapest la semaine dernière pour rallier des soutiens en faveur d’Orbán – en vain. Lisez l’analyse de notre collègue Bruno Waterfield sur la question de savoir si le soutien de Donald Trump à Orbán a pu se retourner contre lui.

Le sens des médias de Magyar

Un nombre record d’électeurs s’est rendu aux urnes lors d’une élection qui s’est en réalité déroulée sous la forme de deux campagnes distinctes. Orbán a axé son combat sur la politique étrangère, mettant en garde contre une guerre imminente et se présentant comme un dirigeant capable de traiter avec toutes les puissances mondiales, aussi autocratiques soient-elles. Magyar, en revanche, s’est concentré sur les défaillances de la vie quotidienne en Hongrie, des soins de santé à l’éducation, tout en consacrant une grande partie de son énergie à faire campagne dans les villages ruraux.

Leurs tactiques étaient également nettement différentes.

L’exploitation des médias alternatifs s’est avérée essentielle à la victoire de Magyar. Il s’est ouvertement opposé aux médias financés par l’État, qu’il qualifiait de « propagande », a évité la presse internationale pour contourner les accusations d’être une marionnette étrangère, et a plutôt accordé de longues interviews exclusives à des plateformes indépendantes telles que Telex, le site d’investigation.

« Au cours des dernières semaines de la campagne, Péter Magyar pouvait simplement reprendre l’actualité du jour publiée par l’un des médias indépendants et en parler », a indiqué Gábor Polyák, professeur à l’université Eötvös Loránd. À maintes reprises, les journalistes ont produit des articles qui ont affaibli le Fidesz dans la dernière ligne droite, a-t-il déclaré à Rapporteur.

Un commissaire hongrois se retrouve politiquement exposé

Olivér Várhelyi, nommé à deux reprises par Orbán au poste de commissaire européen pour la Hongrie, se retrouve pour la première fois depuis 2019 sans soutien politique à Budapest.

Magyar pourrait-il forcer Várhelyi – son ancien patron à la représentation permanente de la Hongrie auprès de l’UE – à quitter le Berlaymont en faisant pression sur Ursula von der Leyen pour qu’elle exige sa démission ? Cette possibilité a été discutée au siège de Tisza hier soir, certains évoquant les allégations d’espionnage dont il a fait l’objet par le passé, bien qu’aucune preuve n’ait jamais été apportée.

László Andor, commissaire hongrois de 2010 à 2014, a estimé qu’une telle initiative était peu probable. « Les Hongrois ont le respect des cycles. Depuis 1990, toutes les élections législatives ont eu lieu au printemps tous les quatre ans – sans dérogation, rien d’extraordinaire », a-t-il expliqué à Rapporteur. Andor, économiste socialiste qui dirige aujourd’hui la fondation du groupe de réflexion des socialistes européens, était lui-même déjà en fonction lorsque Orbán est revenu au pouvoir en 2010.

D’autres ont fait remarquer que les commissaires sont souvent restés en poste malgré les changements de gouvernement dans leur pays. Janusz Wojciechowski, le candidat du parti Droit et Justice en Pologne, qui est resté en fonction après le retour de Donald Tusk au pouvoir, en est un exemple.


Les capitales


STOCKHOLM 🇸🇪

L’ancien prince héritier iranien Reza Pahlavi a affirmé que des millions d’Iraniens réclamaient son retour, exposant en Suède sa vision d’une transition démocratique sous un gouvernement intérimaire, suivie de la mise en place d’une assemblée constituante. Dans une interview accordée à la chaîne suédoise SVT, Pahlavi a défendu le bilan de sa famille malgré les critiques visant le régime autoritaire de son père, affirmant que de nombreux anciens opposants le soutiennent désormais.

Charles Szumski

 

MADRID 🇪🇸

 

Deux jours après son arrivée à Pékin, Pedro Sánchez entame lundi sa visite officielle en Chine, avec des étapes à l’université Tsinghua et à l’Académie chinoise des sciences, où des accords de coopération sont attendus. Lors de son quatrième voyage depuis 2023, Sánchez rencontrera également le président Xi Jinping et de hauts responsables pour discuter du déséquilibre commercial bilatéral et solliciter davantage d’investissements chinois, en particulier dans les secteurs technologiques.

Inés Fernández-Pontes

 

VARSOVIE 🇵🇱

 

Donald Tusk a effectué une visite en Corée du Sud dimanche avant de se rendre au Japon lundi, alors que la Pologne cherche à resserrer ses liens économiques et stratégiques en Asie. À Séoul, Tusk rencontrera le président Lee Jae-myung et des chefs d’entreprise pour des discussions sur la défense, la technologie et les chaînes d’approvisionnement, avant de se rendre à Tokyo pour des discussions avec la Première ministre Sanae Takaichi sur l’Ukraine, l’énergie nucléaire et les minéraux critiques.

Charles Szumski

 

BRATISLAVA 🇸🇰

 

Andrej Danko, partenaire junior de la coalition de Robert Fico et chef du parti d’extrême droite SNS, a indiqué avoir entretenu autrefois des liens plus étroits avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov que le Hongrois Péter Szijjártó, balayant ainsi les critiques concernant leurs contacts. « Je n’ai jamais eu besoin que Szijjártó fasse pression sur Lavrov pour moi – je pouvais l’appeler moi-même », a déclaré Danko à TV Markíza dimanche, ajoutant qu’il ne critiquerait pas les appels téléphoniques entre les deux hommes après la publication de transcriptions controversées.

Natália Silenská

 

ZAGREB 🇭🇷

 

La Croatie envisage de modifier la fiscalité sur les carburants, notamment en assouplissant la TVA et en réduisant éventuellement les droits d’accise, afin d’alléger la pression sur les coûts énergétiques. L’administration douanière a demandé à la Direction générale de la fiscalité et de l’union douanière de la Commission européenne l’autorisation de modifier la composante « droits d’accise » des taxes sur les carburants.

Bronwyn Jones


Également sur Euractiv


La Commission progresse en matière de parité hommes-femmes, mais les hommes continuent de dominer les postes de haut niveau

L’engagement d’Ursula von der Leyen à mettre en place une Commission européenne équilibrée sur le plan du genre a permis d’atteindre une quasi-parité parmi les cadres intermédiaires, mais les hommes occupent toujours près de 60 % des postes administratifs les plus élevés, selon une nouvelle étude fondée sur les données relatives au personnel de la Commission.

Ces chiffres indiquent que Bruxelles a réduit l’écart en matière de recrutement, mais les femmes restent concentrées dans des postes d’assistantes moins bien rémunérés et sous-représentées aux postes de haut niveau qui façonnent la législation et les dépenses de l’UE.


Editrices.teurs Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs : Mátyás Varga, Bruno Waterfield

Traductrice : Clara Vassent