OTAN : les Européens veulent convaincre les États-Unis qu’ils ont fait leur part

Les États européens de l’OTAN tentent de convaincre Washington qu’ils font leur part du travail pour la sécurité du Vieux Continent. Mais cela pourrait ne pas suffire à persuader les États-Unis de continuer à soutenir l’Ukraine.

EURACTIV.com
NATO Secretary General Rutte visits Novo Selo military base in Bulgaria
Au total, les membres de l’OTAN ont dépensé plus de 50 milliards d’euros en aide militaire à Kiev, atteignant ainsi l’objectif fixé par l’Alliance. [EPA-EFE/VASSIL DONEV]

Les membres européens de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) tentent de convaincre Washington qu’ils font leur part du travail pour la sécurité du Vieux Continent. Mais cela pourrait ne pas suffire à persuader les États-Unis de continuer à soutenir l’Ukraine.

Les ministres de la Défense de l’OTAN se réuniront ce jeudi à Bruxelles, presque trois ans après le début de la guerre en Ukraine. Ce sera l’occasion d’une première apparition pour le nouveau secrétaire à la Défense des États-Unis, Peter Hegseth.

Il ne fait aucun doute que l’augmentation des dépenses de défense sera sur toutes les lèvres lors de cette rencontre. L’ampleur du soutien européen à l’Ukraine devrait également être examinée de près.

Depuis que Donald Trump a suggéré l’année dernière que le Kremlin pourrait « faire ce qu’il veut » avec les alliés militaires qui n’atteindraient pas l’objectif des 2 %, la pression exercée sur l’UE ne fait que s’intensifier. Les Européens sont conscients de la nécessité de se réapprovisionner en armes.

Cette réunion devrait permettre au secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, ainsi qu’aux plus gros contributeurs de l’Alliance, de rappeler qu’une grande majorité des alliés ont déjà atteint leur objectif.

L’Europe et le Canada ont augmenté leurs dépenses de 20 % l’année dernière. Cependant, de nombreux membres font encore pression sur ceux qui dépensent peu afin qu’ils rattrapent leur retard. Selon les estimations de 2024, alors que la plupart des États membres de l’OTAN se dirigent vers le seuil des 3 % pour 2025, huit d’entre eux n’ont pas encore atteint l’objectif de 2 %.

L’appel de Donald Trump pour augmenter les dépenses à 5 % du PIB reste hors de portée pour la plupart des alliés, à l’exception de la Pologne, des États-Unis et des pays baltes.

Pourtant, tout le monde a conscience qu’il n’y a pas de temps à perdre dans le contexte de la guerre en Ukraine.

Même le Luxembourg, qui a une dérogation lui permettant d’éviter que sa petite armée ne dépense des sommes ridicules, a déclaré que tous les alliés devaient atteindre les 2 %.

Quoi qu’il en soit, selon les estimations du secrétaire général de l’OTAN, cela ne suffira pas pour répondre aux objectifs de capacité et exécuter les plans de défense. Selon des sources proches du dossier, les membres devraient dépenser au minimum 3,7 % de leur PIB pour atteindre les objectifs de défense de la zone euro-atlantique en cas de conflit.

Bien que le sommet de La Haye en juin sera sûrement l’occasion d’une révision de l’engagement, des sources ont indiqué à Euractiv que le chiffre précis du montant et le calendrier restent à débattre.

Deux personnes impliquées dans les discussions ont suggéré un engagement en deux phases, avec, par exemple, un objectif intermédiaire de 2,5 à 3,5 % avant de passer à un objectif de 5 %.

Si, au cours des dernières années, les pays sous-performants ont proposé de revoir les calculs derrière le choix de l’objectif de 2 % — en incluant l’aide à l’Ukraine par exemple — « il n’y a pas de discussion animée à ce sujet », confie un haut diplomate de l’OTAN à Euractiv.

Prendre les devants en Ukraine ?

Les diplomates ont vanté le fait que des objectifs de dépense élevés sont un bon moyen pour les Européens de montrer aux Américains qu’ils prennent au sérieux les demandes de partage équitable des charges.

Lorsqu’une impasse politique à Washington a bloqué l’aide militaire américaine à l’Ukraine l’année dernière, les alliés européens sont intervenus pour combler le vide. Ils ont pris en charge 60 % de l’aide militaire, laissant 40 % aux États-Unis.

Au total, les membres de l’OTAN ont dépensé plus de 50 milliards d’euros en aide militaire à Kiev, atteignant ainsi l’objectif fixé par l’Alliance.

Cette année, les Européens devraient à nouveau prendre les devants, selon les données de l’Institut de Kiel. Cela devrait toutefois creuser davantage l’écart avec les États-Unis, car le soutien de Donald Trump à l’Ukraine reste incertain.

D’un côté, c’est une opportunité.

Les Européens pourraient montrer qu’ils assument leur part de la défense de l’Ukraine et qu’ils entendent continuer ainsi, surtout si les Américains réduisent leur soutien.

D’un autre côté, il est difficile d’imaginer que les Européens puissent remplacer les États-Unis. Les chiffres montrent à quel point l’Ukraine et l’Europe dépendent de leur allié américain pour leur défense. En effet, l’UE ne peut pas rivaliser avec les stocks de l’armée américaine, ni remplacer les armes haut de gamme attendues par l’Ukraine.

Selon l’Institut de Kiel, les engagements européens qui combinent l’aide militaire et non létale ont doublé depuis 2022. Cependant, cela ne garantit pas que l’Europe puisse convaincre les États-Unis de rester, ni de se joindre aux futures troupes européennes de maintien de la paix en Ukraine.

Pour l’instant, la nouvelle administration américaine a proposé d’échanger le soutien militaire contre l’accès aux ressources de terres rares de l’Ukraine. Une rencontre entre le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et Donald Trump pourrait avoir lieu à Washington cette semaine.

(AB)