Où se tiendrait un éventuel sommet Poutine-Zelensky ?
Plusieurs villes dans le monde sont citées comme lieux possibles pour une éventuelle rencontre entre Donald Trump, Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky. Mais des obstacles de taille, notamment le mandat d’arrêt international lancé contre le président russe, compliquent la situation.
Après la rencontre bilatérale entre Donald Trump et Vladimir Poutine en Alaska, et la réunion organisée à Washington entre dirigeants européens et Volodymyr Zelensky qui a suivi, l’on s’attend désormais à un éventuel sommet entre les présidents américain, russe et ukrainien pour discuter de la paix en Ukraine.
Parmi les villes évoquées pour la tenue d’un tel sommet figurent Budapest, Genève, Vienne, Rome, Istanbul, Doha, et même Moscou. Cependant, beaucoup doutent de la faisabilité même d’une rencontre en personne entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine, malgré les efforts de médiation du président américain.
Le facteur Trump
Le choix du lieu n’est pas seulement logistique : il relève aussi de la stratégie politique de Donald Trump.
Pour le Républicain, « il s’agit d’un exercice de communication visant à marquer des points avant les élections de mi-mandat. S’il n’en tenait qu’à lui, il le ferait dans l’un de ses clubs de golf en Écosse », estime Michael Benhamou, directeur du groupe de réflexion sur la défense OPEWI. Il rappelle l’importance pour le locataire de la Maison-Blanche des images et de la mise en scène.
À l’inverse, Genève ou Vienne ne conviennent guère aux valeurs de Donald Trump : « Ce sont des villes multilatérales, pleines de diplomates, ce qui n’est pas vraiment l’esprit MAGA [Make America Great Again] ».
Ensuite, Rome, avec son héritage impérial et religieux, pourrait séduire la droite américaine. Cependant, l’Italie, membre de la CPI, devrait gérer des complications juridiques avec la venue de Vladimir Poutine, ainsi que d’éventuelles manifestations massives.
Les complications liées au mandat d’arrêt de la CPI
Mais pour Michael Benhamou, si une telle réunion a bel et bien lieu, Budapest semble être le lieu le plus probable.
La Hongrie n’étant pas membre de la Cour pénale internationale (CPI), Budapest ne serait pas légalement tenue d’arrêter Vladimir Poutine s’il se trouvait sur son territoire, explique Michael Benhamou. Et le Premier ministre Viktor Orbán serait tout à fait enclin à recevoir Vladimir Poutine et Donald Trump à bras ouverts.
« Orbán lui déroulerait le tapis rouge », poursuit le chercheur.
Selon plusieurs experts, le mandat d’arrêt de la CPI contre Vladimir Poutine reste le plus grand obstacle à la sélection d’un lieu pour les pourparlers de paix.
La Suisse et l’Autriche ont toutes deux suggéré d’accorder l’immunité au président russe pendant les pourparlers de paix, mais des débats nationaux houleux sur les obligations en vertu du droit international seraient inévitables.
« Si la paix est rétablie, les gens l’ignoreront. Mais si les discussions échouent, le fait que les normes aient été contournées sera utilisé à des fins politiques », avertit Lars Bangert Struwe, ancien secrétaire général du Conseil atlantique danois et diplomate chevronné.
Sommet trilatéral ou bilatéral ?
Donald Trump a également suggéré de se retirer de la médiation directe des pourparlers, déclarant au présentateur de radio américain de droite Mark Levin qu’il souhaitait que Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine se rencontrent d’abord en bilatéral.
« Je veux juste voir ce qui se passe lors de la réunion », a expliqué Donald Trump.
De son côté, Lars Bangert Struwe recommande plutôt de maintenir la participation d’autres acteurs à la première réunion entre les présidents ukrainien et russe, plutôt que de laisser les deux dirigeants s’entretenir seul à seul. « Les choses dérailleront rapidement si les deux hommes sont laissés à eux-mêmes », craint-il.
Moscou, Doha, Istanbul ?
La plupart des observateurs ont exclu la tenue de pourparlers à Moscou en raison des risques évidents pour la sécurité de Volodymyr Zelensky.
Doha, au Qatar, est un lieu neutre pour les deux parties, mais pourrait avoir peu d’intérêt politique pour Donald Trump. « Trump a déjà obtenu ce qu’il voulait du Golfe », fait remarquer Michael Benhamou.
Istanbul pourrait être un lieu plus plausible, mais son image auprès de certains partisans de Donald Trump pourrait compromettre ses chances. En effet, la décision de la Turquie d’acheter des systèmes de défense aérienne russes durant le premier mandat de Donald Trump a entraîné une forte réduction des relations militaires entre Washington et Istanbul. Le pays a notamment été exclu du programme d’avion de combat F-35.
Un sommet encore très hypothétique
Pour Lars Bangert Struwe comme pour Michael Benhamou, la vraie question n’est pas « où », mais « si » un tel sommet peut se tenir cette année.
« Rien ne laisse penser que Poutine soit réellement intéressé par la paix à l’heure actuelle », affirme l’ancien diplomate.
« Il ne peut y avoir de négociations sérieuses tant qu’il n’y a pas de parité sur le champ de bataille », ajoute Michael Benhamou. « Cela nécessiterait la présence de troupes européennes sur le terrain et le soutien aérien des États-Unis. Sinon, Poutine n’a aucun intérêt à négocier. »
Il insiste également sur le risque d’un effondrement de l’armée ukrainienne d’ici 2026 si les renforts européens ne se concrétisent pas.
« La priorité n’est pas de rétablir la paix maintenant, mais de créer une volonté russe de négocier la paix plus tard », conclut-il.
(asg)