Paris et Madrid à la recherche de leurs intérêts mutuels

En visite dans la péninsule ibérique, Nicolas Sarkozy pose les bases d’une entente renouvelée avec l’Espagne. Entre la Banque centrale européenne et la taxe Tobin, les deux pays accordent leurs violons, avec la crise économique en toile de fond.

EURACTIV.fr
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En visite dans la péninsule ibérique, Nicolas Sarkozy pose les bases d’une entente renouvelée avec l’Espagne. Entre la Banque centrale européenne et la taxe Tobin, les deux pays accordent leurs violons, avec la crise économique en toile de fond.

Moins de 15 jours avant le sommet européen, le premier ministre espagnol réalise un tour de chauffe politique en multipliant les rencontres bilatérales avec ses partenaires de crise. Et pour cause, Mariano Rajoy tente, depuis sa victoire écrasante contre la gauche, de donner plus de coffre à l’Espagne, tant les voix dominantes en Europe sont franco-allemandes.

Traduction de cet objectif, Rajoy a réitéré le souhait d’«augmenter la présence» de l’Espagne «au sein de l’UE», lors d’une conférence de presse, – la toute première depuis son arrivée à la Moncloa, aux côtés de Nicolas Sarkozy. En décembre dernier déjà, le dirigeant espagnol avait tenté, sans succès, d’obtenir un droit de veto dans l’utilisation du fonds de secours européen (dit mécanisme de stabilité), quitte à modifier la majorité qualifiée nécessaire à son déploiement.

C’est à présent la Banque centrale européenne qui le préoccupe. En mai prochain, le mandat du représentant espagnol siégeant au sein du directoire, José Manuel González-Páramo, arrive à échéance. Plusieurs pays d’Europe du Nord semblent en bonne passe pour prendre le fauteuil laissé libre.

Coup de pouce

Paris, qui a bataillé ferme contre Rome pour maintenir le drapeau tricolore au sein de cet organe, vole au secours de son ami ibérique : « La France soutient de toutes ses forces la présence d’un représentant espagnol dans les instances exécutives de la BCE », a insisté Nicolas Sarkozy. A l’heure où les dirigeants européens prétendent bâtir une « union économique renforcée », les considérations nationales ne cessent d’éclabousser l’institution reine de la zone euro.  

Mais le coup de pouce français ne fait que répondre au soutien appuyé de Mariano Rajoy dans un autre domaine. Le dirigeant espagnol s’est ouvertement prononcé en faveur de la taxe sur les transactions financières, qui doit selon lui être adoptée le plus vite possible.

Un ralliement en creux à la vision défendue par Paris ? Pas si sûr, à en croire les propos sibyllins de Mariano Rajoy, limités au rappel d’une directive européenne et ne s’épanchant pas sur le camp choisi. Même si le président français s’en défend, Paris et Berlin divergent sur la mise en œuvre de la taxe.

A moins de quatre mois des élections, Nicolas Sarkozy aimerait l’ajouter à son bilan, quitte à en faire une expérience pilote menée par un « groupe de pays leaders ». Subissant la pression des libéraux de son gouvernement de coalition, la chancelière Merkel se sent au contraire obligée de privilégier une application plus globale, donc plus lente à mettre à exécution.

La « très grande identité de vues » relevée par Nicolas Sarkozy au cours des échanges avec son homologue espagnol ne représente cependant qu’un maigre réconfort après le mélodrame survenu trois jours plus tôt, concrétisant la perte du triple A anticipée par les marchés et pressentie depuis des mois. Naturellement invoqué par un journaliste, le sujet est violemment enterré par Nicolas Sarkozy : «Vous n’avez peut-être pas eu les dernières informations». Le journaliste s’obstine. «Je ne comprends pas cette question, excusez-moi.»

Crispation

Les autres réponses sont moins cinglantes mais la crispation de Nicolas Sarkozy tranche avec le flegme de Mariano Rajoy, qui déroule tranquillement ses explications. Peut-être se sait-il un peu moins menacé par l’opposition qui, sur les sujets européens, l’a assuré de son soutien.

Il y a quelques mois, la situation était à front renversé et la droite espagnole s’était résolue à adopter la règle d’or portée par le gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero. «Quand on est dans l’opposition et que l’on sait, dans l’intérêt de son pays, faire un geste vers le gouvernement, on se grandit. Il y a sans doute à s’inspirer de la démocratie espagnole», a réagi Nicolas Sarkozy, désormais «chevalier de la toison d’or» depuis sa décoration par le roi Juan Carlos.

Le président s’est donc empressé de tacler l’opposition, – qui a toujours refusé la réforme des retraites ou la règle d’or -, mais maintient un cap qui devrait pourtant séduire la gauche. « Cette crise extrêmement sérieuse » ne pourra pas être endiguée par « la seule réduction des dépenses ». La croissance et la compétitivité doivent aussi être au rendez-vous, a-t-il rappelé.

Une rhétorique susceptible de plaire au premier ministre italien Mario Monti. A n’en pas douter, Nicolas Sarkozy fait plus d’émules chez ses voisins latins qu’en Allemagne, où l’imaginaire collectif l’associe plus volontiers à un majordome boiteux qu’à un valeureux chevalier.