Parlement européen : les Patriotes piloteront les travaux sur l’objectif climatique de l’UE pour 2040

Le groupe d’extrême droite Patriotes pour l’Europe dirigera les travaux du Parlement européen sur le futur objectif de réduction des gaz à effet de serre pour 2040.

AFP / EURACTIV.com
European Parliament session in Strasbourg
Jordan Bardella, président des Patriotes pour l'Europe. [EPA/GUILLAUME HORCAJUELO]

La semaine dernière, la Commission européenne a proposé un objectif juridiquement contraignant de réduction de 90 % des émissions nettes d’ici 2040 par rapport aux niveaux de 1990, avec certaines flexibilités. Il s’agit d’une étape inermédiaire vers la neutralité climatique d’ici le milieu du siècle.

Le texte devra encore être examiné par le Parlement européen et le Conseil de l’UE avant de devenir loi.

Au Parlement européen, la répartition des rapports s’effectue selon un système de points, attribués à chaque groupe en fonction de son poids politique au sein de l’hémicycle.

Ce mardi 8 juillet, l’on apprenait que le rapporteur sur l’objectif climatique 2040 serait un membre des Patriotes, troisième groupe de l’hémicycle.

Ce groupe né après les élections européennes de 2024 comprend des partis d’extrême droite tels que le Rassemblement national (RN), Vox (Espagne) et le Fidesz (Hongrie, parti de Viktor Orbán).

« Le groupe des Patriotes vient de s’emparer du rapport du Parlement sur l’objectif climatique 2040 attribué il y a quelques minutes en commission de l’Environnement », a annoncé mardi matin le libéral français Pascal Canfin sur les réseaux sociaux.

Cela signifie qu’un eurodéputé des Patriotes rédigera la position du Parlement européen sur ce dossier et dirigera l’équipe de négociation de l’assemblée lors des discussions ultérieures avec les représentants des gouvernements au Conseil de l’UE.

Pascal Canfin a déclaré que cela « obligera les groupes pro-européens à collaborer pour faire aboutir cette proposition clé avant la COP30 [conférence de l’ONU sur le climat] de Belém », qui se tiendra en novembre.

Les Verts ont récemment demandé d’accélérer la procédure parlementaire sur ce dossier crucial de la politique climatique. À ce stade, l’on ignore encore l’impact que pourrait avoir cette demande sur la proposition législative.

« Le rapport sur l’objectif climatique de l’UE pour 2040 est désormais entre les mains de l’extrême droite », a déploré l’eurodéputée députée allemande Lena Schilling, négociatrice en chef des Verts sur le dossier.

« Cela devrait être un signal d’alarme pour toutes les forces pro-européennes de ce Parlement », a-t-elle écrit dans un communiqué. « Si nous voulons sauver l’objectif 2040 des climatosceptiques, nous avons besoin de la procédure d’urgence dès maintenant ! »

« L’Union européenne se tire une balle dans le pied », a pour sa part estimé l’eurodéputée écologiste Marie Toussaint. « Nous dénonçons fermement ce choix aussi irresponsable que cynique : le climat ne se négocie pas avec les fossoyeurs de l’écologie. »

Depuis plusieurs mois, Jordan Bardella s’attaque aux lois environnementales européennes, qu’il juge « punitives » et « bureaucratiques ».

En janvier, il avait réclamé la suspension immédiate du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), adopté lors de la législature précédente et dont l’objectif est d’atteindre la neutralité carbone dans l’UE d’ici 2050.

La remise en cause de ces textes vise aussi à bâtir des majorités alternatives avec la droite au Parlement européen.

Sur le fond, le rapporteur issu des Patriotes ne pourra pas empêcher les autres groupes de se mettre d’accord sur le contenu final de la loi. Mais l’extrême droite pourrait être tentée de retarder ou d’électriser les négociations, estime une source au sein du Parlement.

Il y a quelques jours, un autre groupe d’extrême droite, les Conservateurs et Réformistes européens (CRE), a obtenu un rapport sur l’immigration, portant sur la liste des « pays tiers sûrs » et des « pays d’origine sûrs », dont les ressortissants auraient moins de chances d’obtenir l’asile en Europe et vers lesquels les migrants pourraient être plus facilement expulsés.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]