« Un peu boring » : Édouard Philippe lance sa campagne

Le candidat à la présidentielle française cherche à rassembler le centre-droit modéré avant de s'attaquer à l'extrême droite et à l'extrême gauche

EURACTIV.com
[Photo : Elisa Braun]

Après des mois de préparation, le candidat à la présidentielle Édouard Philippe a cherché, dimanche, à donner un nouvel élan à sa campagne en tenant son plus grand meeting à ce jour. 

L’ancien premier ministre entend s’imposer comme le leader incontesté d’une droite modérée encore divisée  à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. 

À 55 ans, Édouard Philippe reste l’un des favoris pour succéder à Emmanuel Macron, empêché par la constitution de briguer un troisième mandat consécutif lors de l’une des élections les plus décisives pour la France depuis des générations. 

Alors que l’extrême droite poursuit sa progression dans les sondages et que les conservateurs de centre-droit se maintiennent en deuxième position, son avance sur ses rivaux s’est réduite. L’ancien Premier ministre Gabriel Attal et l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau lui disputent le même électorat. 

Devant quelque 5 200 sympathisants, selon les organisateurs rassemblés dans le nord de Paris à l’Adidas Arena, le maire du Havre a intensifié ses attaques tant contre l’extrême droite que contre l’extrême gauche, tout en s’efforçant de se présenter comme le candidat le plus à même de rassembler une coalition capable de l’emporter. 

« Le macronisme n’existe déjà plus, et la France penche de plus en plus à droite », a déclaré Nathalie Loiseau, députée européenne impliquée dans la campagne de Philippe et estimant qu’il est le mieux placé pour fédérer les différentes sensibilités du centre. « Il est le seul qui, à ce stade, peut être devant l’extrême droite au second tour », a-t-elle déclaré lors du rassemblement. 

Un homme de la classe moyenne 

Une grande partie du discours de Philippe était consacrée à mettre en scène son récit personnel, celui d’un enfant issu de la classe moyenne qui dit devoir son parcours au système méritocratique français et appelle aujourd’hui les Français à « croire en nous » (son nouveau slogan), au nom d’un « orgueil français qui nous fouette le visage face à l’adversité ». 

Parmi les moments les plus originaux du rassemblement, la diffusion d’une vidéo générée par IA montrait une France futuriste, sur fond de lourds beats électro, avec des clins d’œil aux clichés français – du camembert aux marmottes agitant des drapeaux tricolores. 

Plus important encore, Edouard Philippe s’est posé en candidat capable de vaincre les deux extrêmes, à commencer par l’extrême droite, créditée d’environ 40 % des intentions de vote depuis plusieurs semaines et qui devrait connaître mardi l’identité de son candidat à la présidentielle à l’issue d’une décision judicaire cruciale. 

Il s’est ainsi moqué des apparentes contradictions idéologiques du Rassemblement national, soutenant que le camp de Jordan Bardella s’est « converti au libéralisme, à l’Europe, au capitalisme et peut-être même à la réforme des retraites », tandis que le celui de Marine Le Pen défend des positions opposées. Le RN, a-t-il ajouté, prétend représenter les classes populaires tout en étant plutôt « gourmand de petits fours à Monte-Carlo ». 

Philippe s’en est également pris à Jean-Luc Mélenchon, l’accusant de chercher « partout, la conflictualisation pour attiser la colère » et d’envisager d’annuler la dette de la France quand tant d’autres pays européens ont consenti à d’importants efforts budgétaires. Les partisans présents dans la salle agitaient des drapeaux français et européens. 

Philippe s’est aussi engagé à ne pas augmenter les impôts des entreprises ni des salariés et a réaffirmé ses priorités : l’éducation, l’adaptation au changement climatique, la maîtrise de l’immigration et la construction d’une Europe politique plus forte. 

« Je ne suis pas le candidat de la lutte des classes, mais je ne serai pas non plus celui de la lutte des classes d’âge », a-t-il annoncé, adoptant parfois un ton presque paternel lorsqu’il a mis fin aux huées du public à l’encontre de ses adversaires. 

Monsieur Raisonnable 

Pour son entourage, toutefois, la liste des invités comptait presque autant que le discours lui-même. 

Les ralliements à Philippe, égrenés au fil de la semaine précédente, ont une nouvelle fois été mis en scène à l’issue du meeting, lorsque le candidat est allé saluer les personnalités politiques du centre présentes, soulignant ainsi sa détermination à consolider le camp modéré avant que la campagne ne batte son plein. 

Certains de ses proches reconnaissent en privé que la compétence seule ne suffira sans doute pas face à des adversaires plus offensifs et qu’au-delà du rassemblement des sensibilités du centre droit, Philippe devra aussi se plier à un exercice de communication politique qu’il affectionne peu.  

« Il donne l’impression d’être un homme sérieux », a déclaré un ancien ministre. « Mais aussi de quelqu’un qui peut être un peu boring», a-t-il ajouté, allant même jusqu’à le surnommer « Monsieur Raisonnable ». 

Le meeting de dimanche a montré que Philippe cherche désormais moins à corriger cette image qu’à la retourner à son avantage pour en faire un marqueur politique, s’efforçant d’incarner non seulement un projet de gouvernement, mais aussi une candidature capable de susciter l’enthousiasme à mesure que la course vers l’Elysée s’accélère. 

Émaillant son discours d’anecdotes personnelles et de traits d’autodérision qui ont fait rire la salle, le natif de Normandie a parfois cherché ses mots et semblé manquer de voix. Mais pas de combativité, s’affichant à plusieurs reprises le poing levé vers le public. 

 « La colère ne suffit pas pour gouverner un pays », a-t-il déclaré, se positionnant comme le « président de la constance », à rebours d’une promesse de disruption qui avait porté le président Emmanuel Macron au pouvoir en 2017. 

(bw)