Pas d’accord de libre-échange UE-Australie avant plusieurs années, selon Canberra
Les représentants commerciaux de l’UE et de l’Australie ont échoué à conclure les négociations sur un accord de libre-échange, sur fond de désaccords quant à l’accès au marché agricole, un ministre australien estimant lundi (30 octobre) qu’il faudra plusieurs années avant une reprise des pourparlers.
Réunis en marge du G7 à Osaka dimanche (29 octobre), les représentants commerciaux de l’Union européenne et de l’Australie ont échoué à conclure les négociations sur un accord de libre-échange, sur fond de désaccords quant à l’accès au marché agricole.
Dans une déclaration filmée dimanche, le ministre australien du Commerce, Don Farrell, a annoncé que les deux parties n’avaient « pas pu faire de progrès ».
Le ministre australien de l’Agriculture, Murray Watt, a indiqué lundi (30 octobre) que les négociateurs de l’UE n’avaient pas fait évoluer leur position lors des dernières négociations organisées en marge d’une réunion du G7 au Japon dimanche (29 octobre).
« Malheureusement, nous n’avons pas obtenu le mouvement souhaité du côté de l’UE », a-t-il déclaré lundi à la chaîne de télévision publique australienne ABC.
Il est peu probable que les négociations reprennent au cours de « la législature actuelle », a-t-il ajouté, suggérant que le gouvernement australien pourrait ne pas revenir à la table des négociations avant les élections législatives de 2025.
« Je pense qu’il faudra un certain temps avant qu’un gouvernement australien ou un dirigeant de l’UE soit en mesure de négocier un accord. Et c’est assez dommage », a ajouté M. Watt.
Pour rappel, les négociations entre l’UE et l’Australie sur un accord de libre-échange durent depuis 2018. Elles avaient été interrompues en 2021 après que l’Australie a rompu un gigantesque contrat pour la livraison de sous-maris avec la France au profit des États-Unis et du Royaume-Uni.
En juillet, alors qu’un accord commercial semblait en passe d’être signé, M. Farrell, a mis un terme aux négociations à Bruxelles, car il se disait peu satisfait des offres d’accès au marché européen, affirmant qu’il devait rentrer en Australie pour consulter le reste du gouvernement.
Bien que les fonctionnaires de l’UE aient été surpris par ce comportement, les négociations se sont poursuivies sur le plan technique.
Un porte-parole de la Commission européenne a déclaré que l’exécutif regrettait « le manque de progrès lors des [dernières] discussions à Osaka », où le commissaire au Commerce Valdis Dombrovskis et le commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski étaient tous deux présents pour ce qu’ils espéraient être le dernier cycle de négociations.
Revendications australiennes
La question de l’accès au marché agricole européen reste un problème persistant. L’Australie souhaite notamment un meilleur accès pour ses producteurs de viande ovine et bovine, ce que Bruxelles est réticente à accorder, car des pays comme la France et l’Irlande s’y opposent.
Les lobbies agricoles australiens et européens sont fortement impliqués dans les négociations et font pression sur leurs décideurs respectifs.
La question de l’accès des produits agricoles européens et les appellations d’origine protégée européennes (fromages, vins, viandes, etc.) a aussi compliqué les discussions.
Avec cet accord de libre-échange, l’Europe espère également obtenir un meilleur accès aux riches gisements australiens de « minéraux critiques », afin de réduire sa dépendance à l’égard de la Russie et de la Chine pour ces composants clés permettant la fabrication d’éoliennes et de batteries de voitures électriques, entre autres.
« Nous étions optimistes sur la possibilité d’un accord », a déclaré un porte-parole de la Commission, accusant les négociateurs australiens d’être revenus sur les progrès réalisés précédemment. « Les négociateurs australiens ont à nouveau fait des demandes en matière d’agriculture qui ne reflétaient pas les négociations récentes et les progrès réalisés par les hauts fonctionnaires ».
Le gouvernement australien n’a pas commenté ces allégations.
« La Commission européenne est prête à poursuivre les négociations », a indiqué l’exécutif dans un communiqué.
Le ministre français du Commerce, Olivier Becht, avait pourtant salué à la fin de la semaine dernière un « nombre d’avancées très positives », laissant espérer qu’un accord rapide serait trouvé.
La Commission européenne souhaite conclure un accord avant la fin de l’année, car les élections européennes de mi-2024 pourraient entraîner un changement de priorités. Les conséquences de l’échec de dimanche sur l’avenir de la zone de libre-échange restent à déterminer.
Avant la réunion, M. Farrell avait déclaré que si aucun accord n’était conclu, les négociations devraient être suspendues temporairement.
« Si nous ne parvenons pas à un accord, les Européens entreront dans leur cycle électoral pour les élections de l’année prochaine, et je pense que nous aurons perdu l’occasion pendant deux, voire trois ans, de revenir et de résoudre ce problème », avait-il déclaré lors d’un entretien mercredi dernier (25 octobre).
Dimanche, le ministre du Commerce a déclaré que « les négociations se poursuivront et j’espère qu’un jour nous pourrons signer un accord qui profitera à l’Australie et à nos amis européens ».
Dans un message publié sur X (anciennement Twitter), le commissaire à l’Agriculture, M. Wojciechowski, a indiqué que « des attentes plus réalistes et une approche équilibrée qui respecte pleinement […] nos agriculteurs et la durabilité de notre système alimentaire » étaient nécessaires pour aller de l’avant.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]