Pas touche à notre budget : Bruxelles met en garde les capitales
« Dépenser ensemble n’est pas seulement plus efficace, c’est aussi moins coûteux », affirme Piotr Serafin, commissaire européen chargé du budget
La Commission européenne a exhorté les « frugaux », un groupe de pays qui réclament une réduction du budget de l’UE, à faire marche arrière.
Piotr Serafin, commissaire européen chargé du budget, a averti que des coupes dans son projet de budget septennal, couvrant la période 2028-2034, limiteraient la capacité de l’UE à financer de nouvelles priorités et obligeraient en fin de compte les capitales à augmenter leurs dépenses nationales.
« À mesure que les discussions sur notre proposition avancent, nous devons garder à l’esprit le lien entre un budget frugal et un budget moderne », a-t-il déclaré jeudi lors d’une conférence annuelle sur le cadre financier pluriannuel (CFP).
« La vérité, c’est qu’un budget européen plus économe n’est pas nécessairement moderne. Car le risque est que ces nouveaux aspects de la modernité soient les premiers à être supprimés. »
Ces commentaires interviennent après que Chypre, qui a cédé mercredi la présidence tournante de l’UE à l’Irlande, a proposé le mois dernier une réduction de 2 % du CFP post-2028 proposé par l’exécutif européen, d’un montant de 1 760 milliards d’euros. La plupart des réductions visaient les nouveaux volets du CFP axés sur la compétitivité et l’action extérieure.
La proposition de Nicosie a été vivement condamnée par les États membres fiscalement conservateurs, qui versent davantage dans les caisses de l’UE qu’ils n’en retirent, notamment l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède, qui souhaitent des coupes plus importantes ciblant les domaines traditionnels du budget que sont l’agriculture et le développement régional.
Serafin a également souligné que la réduction du CFP finirait par nuire aux contribuables européens, car elle contraindrait les gouvernements nationaux à multiplier les dépenses et à emprunter à des taux plus élevés pour financer leurs investissements.
« Un budget européen plus frugal ne sera pas nécessairement moins coûteux pour le contribuable européen », a affirmé Serafin. « Car dans de nombreux domaines, l’alternative aux dépenses européennes n’est pas l’absence totale de dépenses. Il s’agit des dépenses nationales. La défense, la sécurité énergétique, la R&D [recherche et développement] devront être financées d’une manière ou d’une autre. Le choix consiste à décider si nous le faisons séparément ou ensemble. »
« Dépenser ensemble n’est pas seulement plus efficace, c’est aussi moins coûteux », a-t-il ajouté.
L’Irlande devrait présenter une nouvelle proposition de CFP lors d’un sommet européen en octobre. António Costa, président du Conseil européen, a pour objectif de finaliser le budget avant la fin de cette année.
« Nous renforçons nos ambitions, et nous devons donc les financer », a déclaré Costa lors d’une visite à Dublin hier. « Nous avons besoin d’un budget à la hauteur de nos ambitions en matière de sécurité, de défense, de compétitivité, de cohésion [et] de soutien à nos agriculteurs. Nous avons besoin de ce budget. »
(bw)