Pascal Lamy reconnaît les limites du système commercial multilatéral
Les négociations du "cycle de Doha", lancées en 2001, sont au point mort. Face au blocage, l’Organisation mondiale du commerce cherche des solutions.
Les négociations du « cycle de Doha », lancées en 2001, sont au point mort. Face au blocage, l’Organisation mondiale du commerce cherche des solutions.
Le système commercial multilatéral incarné par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a montré ses limites. Son directeur général, Pascal Lamy, a reconnu, vendredi 16 septembre, que le cycle de Doha était depuis plusieurs mois « dans une impasse ».
Invité par le ‘European American Press Club’ à discuter de la viabilité du multilatéralisme comme vecteur des négociations commerciales internationales, le patron de l’OMC a expliqué que les tractations avaient avancé sur de nombreux sujets mais qu’elles buttaient sur la réduction des tarifs industriels.
Les États-Unis estiment que les pays émergents sont maintenant des participants à part entière dans le jeu de la concurrence internationale et, par conséquent, que le « principe de réciprocité » doit être respecté dans leurs échanges commerciaux, a-t-il précisé.
Réciprocité vs flexibilité
Pour M. Lamy, la réciprocité doit s’appliquer avant tout entre les pays développés. « Plus un pays est développé, plus il doit s’ouvrir », a-t-il affirmé. L’OMC privilégie une logique de flexibilité pour les pays en développement.
Reste à trouver, dans le contexte actuel, le bon équilibre entre réciprocité et flexibilité.
« On est en train de passer du régime du GATT, à deux vitesses, à un système à trois vitesses qui demande de prendre en compte les différences entre pays développés, pays émergents et pays en voie de développement », a-t-il poursuivi.
Le directeur de l’OMC a par ailleurs estimé que l’idée selon laquelle l’Europe serait ouverte et naïve tandis que le reste du monde aurait une politique d’ouverture limitée est « farfelue », citant en exemple la protection tarifaire chinoise qui, dans le secteur agricole, est inférieure à celle de l’Union Européenne.
Solutions alternatives
Face au blocage des négociations, l’OMC réfléchit à des solutions. Deux pistes sont pour l’instant explorées. Elles seront à l’ordre du jour de la prochaine réunion du Conseil général de l’Organisation, prévue du 14 au 16 décembre 2011.
La première, la plus simple à mettre en œuvre, serait de passer d’une négociation « par paquet », qui consiste à se mettre d’accord sur l’ensemble des 20 sujets discutés dans le cadre du cycle de Doha, à une approche au cas par cas. En clair, cela reviendrait à conclure un accord sur chacun des sujets séparément.
Dans un autre scénario, les négociations bilatérales ou régionales pourraient prendre le pas sur les négociations multilatérales. C’est d’ailleurs déjà le cas dans le cadre de l’Accord sur les marchés publics (AMP).
La multiplication des accords de libre échange bilatéraux pourrait, selon le patron de l’OMC, « avoir un effet positif notamment en matière de réduction des droits de douane et d’accès au marché ».
A terme, toutefois, cette situation pourrait s’avérer « dangereuse pour la primauté de la régulation multilatérale du commerce mondial », concède M. Lamy.
En clair, si la conclusion d’accords bilatéraux devait progressivement prendre le relais face au blocage des négociations au niveau multilatéral, l’OMC pourrait en être affaibli.
Adhésion de la Russie
Pascal Lamy a par ailleurs déclaré que la Russie pourrait adhérer à l’OMC d’ici la fin de l’année, affirmant que cette hypothèse était désormais sérieusement envisagée.