Pêche du thon : le Parlement européen vote pour une harmonisation des pratiques

Les parlementaires ont mis à jour les réglementations liées à la pêche de thonidés afin d'harmoniser les règles au sein de la flotte de l’UE et des pays tiers. Si la plupart ces mesures ont fait l’unanimité au Parlement, les écologistes déplorent la mauvaise répartition des quotas pour la pêche artisanale.

Euractiv France
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Le texte insiste sur la réduction des prises accessoires de tortues marines, notamment en respectant les fermetures de pêche lorsqu’il y a des risques d’interactions avec ces espèces, et sur la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). © European Union 2024 - Source : EP [Philippe STIRNWEISS / Shutterstock]

Les parlementaires ont mis à jour les réglementations liées à la pêche des thonidés afin d’harmoniser les règles au sein de la flotte de l’UE et des pays tiers. Si la plupart ces mesures ont fait l’unanimité au Parlement, les écologistes déplorent la mauvaise répartition des quotas pour la pêche artisanale.

Le rapport voté en Plénière du Parlement européen ce mardi (6 février) achève la transposition dans le droit européen des recommandations de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (CICTA), organisation qui réglemente la pêche de ces espèces dans les mers entourant l’Union.

« Je lance un appel pour soutenir clairement ce secteur qui fait face à des conditions extrêmement difficiles, comme les agriculteurs, alors qu’ils mettent à disposition des aliments de grande qualité », a souligné dans l’hémicycle Clara Aguilera (S&D) eurodéputée et rapporteur du texte qui a été approuvé par 568 voix pour, 44 contre et 14 abstentions.

Le 21 avril 2022, la Commission européenne a fait part d’une proposition visant à actualiser le règlement de 2017 établissant des mesures de gestion, de conservation et de contrôle pour la conservation des thonidés et le règlement de 2022 sur la gestion du thon rouge.

Le texte voté en plénière y ajoute de nombreux amendements afin de mettre à jour les recommandations annuelles de la CICTA, organisme qui compte 52 parties membres contractantes, dont l’UE.

« Nous avons actualisé les règles autant que possible afin que la flotte de pêche de l’UE bénéficie des mêmes conditions et mesures que celles appliquées aux flottes de pêche des pays tiers opérant dans la zone, ce qui est essentiel pour des règles du jeu équitables », selon M. Aguilera.

Prises accessoires de tortues, requin makos

L’UE s’engage ainsi à respecter de nouvelles normes de pêche, comprenant la déclaration des prises et un suivi des captures des thons tropicaux, germon de la Méditerranée ou germon de l’Atlantique Nord et Sud.

Le texte insiste sur la réduction des prises accessoires de tortues marines, notamment en respectant les fermetures de pêche lorsqu’il y a des risques d’interactions avec ces espèces, et sur la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN).

Le requin-taupe bleu (Isurus oxyrinchus) ou requin makos, espèce particulièrement menacée, ne peut plus faire l’objet de rétention dans les navires, comme le demandent les ONG environnementales depuis longtemps.

« C’est une bonne nouvelle » a déclaré à Euractiv l’eurodéputée Caroline Roose (Verts/ALE), pour qui certaines « règles importantes » ont été transposées, comme la protection du requin makos, la lutte contre la pêche illégale ou les prises accessoires de tortues marines.

Quotas de thon rouge

Le texte transpose aussi les dernières recommandations de la CICTA dans le règlement établissant un plan de gestion du thon rouge.

Entre 2007 et 2022, l’ICCAT a adopté des mesures très restrictives pour sauver le thon rouge, alors en voie de disparition. En 2018, observant la reconstitution des stocks, l’organisme a proposé un plan de gestion de l’espèce, entré en vigueur en 2019, avec la reprise de la pêche.

Selon les dernières recommandations de l’ICCAT entre 2023 et 2025, les pays signataires pourront prélever jusqu’à 40 570 tonnes de thon rouge, avec un quota de 21 503 tonnes pour l’UE.

Les pays disposant d’un quota de thon rouge devront ainsi mettre en place « un plan de surveillance, de contrôle et d’inspection », impose le rapport.

Le texte tente également de répartir de façon équitable les quotas pour l’UE et ceux des pays tiers, avec une « attention particulière » pour la pêche artisanale. Toutefois, pour les écologistes, cela n’est pas suffisant.

« Les États persistent à ne pas attribuer équitablement les quotas de thons rouges entre pêcheurs artisans et industriels. L’ICCAT prévoit que ça soit rééquilibré, mais les États sont dans l’inaction depuis des années », ajoute Caroline Roose qui y voit le seul « regret » dans ce texte.

En France, 88 % des quotas sont accaparés par les navires industriels. En Espagne, seul 2,87% des quotas vont à la pêche artisanale.

Le plan de gestion recommande tout de même aux États membres de « promouvoir les activités de pêche côtière et l’utilisation d’engins et de techniques de pêche qui sont sélectifs et ont des incidences réduites sur l’environnement […] afin de contribuer à garantir un niveau de vie équitable pour les économies locales ».