Pedro Sánchez s’attaque à « l’extrême droite mondiale » et mise sur le soutien du Brésil

Le Premier ministre espagnol a lancé une offensive diplomatique internationale pour tenter d’atténuer l’impact de l’« ultradroite internationale », un bloc réactionnaire composé de personnalités comme le président élu américain Donald Trump et le milliardaire et propriétaire de X Elon Musk.

EURACTIV Espagne
Spanish Government’s question time session in Madrid
Ce n’est pas la première fois que le responsable politique espagnol met en garde contre les risques que font peser sur l’UE et le monde la montée de l’extrême droite et celle du populisme réactionnaire. [EPA-EFE/Mariscal]

MADRID – Le Premier ministre espagnol a lancé une offensive diplomatique internationale pour tenter d’atténuer l’impact de l’« ultradroite internationale », un bloc réactionnaire composé de personnalités comme le président élu américain Donald Trump et le milliardaire et propriétaire de X Elon Musk.

Pedro Sánchez (Parti socialiste ouvrier espagnol, Socialistes et Démocrates européens) souhaite approfondir le dialogue avec plusieurs acteurs clés de la scène politique mondiale — à l’occasion du prochain sommet de Davos — afin d’atténuer l’impact politique sur l’Union européenne (UE) du retour au pouvoir de Donald Trump, le 20 janvier.

Le gouvernement espagnol est en effet préoccupé par la possible création d’un « axe » mondial d’extrême droite dirigé par Donald Trump et Elon Musk, avec le soutien de la Première ministre italienne Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia, Conservateurs et Réformistes européens), qui pourrait agir en tant qu’ambassadeur informel des nouveaux intérêts nationalistes de Washington en Europe, a rapporté El País.

Ce n’est pas la première fois que le responsable politique espagnol met en garde contre les risques que font peser sur l’UE et le monde la montée de l’extrême droite et celle du populisme réactionnaire.

Lors de la campagne pour les dernières élections générales espagnoles de l’été 2023, Pedro Sánchez a averti que le Partido Popular (Parti populaire européen) — la principale force d’opposition au parlement — s’était trop rangé du côté du parti d’extrême droite Vox — la troisième force politique à Madrid.

Selon plusieurs analystes, la force de son discours contre l’extrême droite et la crainte que le Partido Popular et Vox ne gagnent le gouvernement par le biais d’un pacte de coalition figurent parmi les raisons pour lesquelles le Premier ministre espagnol est parvenu à se maintenir au pouvoir — notamment grâce au soutien crucial des forces séparatistes catalanes et basques.

Le premier signe de l’intensification de sa « croisade » contre l’extrême droite est apparu la semaine dernière lorsque, à l’occasion de la première des 100 manifestations officielles pour commémorer le 50e anniversaire de la mort du dictateur Francisco Franco, le Premier ministre s’en est pris à Elon Musk sans le nommer directement.

Le « triangle des Bermudes » de l’extrême droite

Dans son discours, Pedro Sánchez a regretté que le fascisme soit déjà la troisième force politique en Europe, faisant référence au groupe européen des Patriotes pour l’Europe. Il a également déploré que « l’internationale d’extrême droite » dirigée par « l’homme le plus riche de la planète » — évoquant ainsi Elon Musk sans le nommer — s’attaque aux institutions, incite à la haine et appelle à soutenir l’Alternative pour l’Allemagne (AfD, Europe des nations souveraines), qu’il a qualifiée « d’héritiers du nazisme », à l’approche des élections nationales allemandes de février.

« Cela [une dictature] peut se reproduire, et il n’est pas nécessaire d’être d’une certaine idéologie pour regarder avec beaucoup de tristesse et de terreur les années sombres du franquisme et craindre que cette régression ne se répète », a déclaré Pedro Sánchez la semaine dernière.

Au sein du gouvernement actuel, composé du PSOE et de la plateforme de gauche Sumar, l’inquiétude est grande face à la nouvelle vague « ultra » qui se profile avec le retour au pouvoir de Donald Trump et de ses « amis ».

« Leur [les forces d’extrême droite] cible, ce sont les gouvernements progressistes, là où la démocratie sociale est forte. Ils veulent l’éliminer de l’équation. C’est une idéologie ennuyeuse pour le grand capital technologique qui cherche à déréguler pour faire plus d’affaires », a commenté une source du gouvernement espagnol à El País.

Pedro Sánchez a toutes les raisons de s’inquiéter de la montée de l’extrême droite dans l’UE et en Espagne.

Son gouvernement fragile est maintenu par le soutien crucial des deux principales forces séparatistes catalanes — JxCat, dirigé par l’ancien président catalan Carles Puigdemont, et son rival séparatiste catalan de gauche, la Gauche républicaine de Catalogne — ainsi que des deux principaux partis basques, le parti nationaliste basque (PNV) et Euskal Herria Bildu (EH-Bildu, « Réunir le Pays basque » en français), et d’autres formations plus petites.

Lula da Silva, un allié clé

La montée rapide de Vox et de son rival d’extrême droite « La fête est finie » (Se Acabo La Fiesta/SALF, Conservateurs et Réformistes européens), dirigé par le controversé Alvise Pérez, est indéniable, surtout chez les jeunes. Selon un sondage réalisé par 40 dB pour El País et la radio Cadena SER, publié mardi 7 janvier dernier, le Partido Popular, Vox et SALF sont plus forts que la gauche du PSOE, Sumar et d’autres petits partis progressistes, y compris Podemos.

Le chef de file de Vox, Santiago Abascal — récemment nommé nouveau président du groupe Patriotes pour l’Europe — et Alvise Pérez — dont l’adhésion individuelle au groupe des Conservateurs et Réformistes européens est temporairement suspendue — ne cachent pas leurs sympathies pour le « triangle de l’extrême droite » composé par Donald Trump, Elon Musk et Giorgia Meloni.

Mais Pedro Sánchez ne se tourne pas uniquement vers l’UE. Il cherche également des alliés en Amérique latine, notamment chez le président brésilien de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva, pour faire contrepoids au nouveau pôle « ultra » qui émerge aux États-Unis.

« [Elon] Musk s’attaque au projet européen. Nous devons nous défendre et renforcer les liens avec l’Amérique latine. Il y a beaucoup de discussions entre les gouvernements européens et latino-américains ces jours-ci », a soutenu à El País une autre source au sein du gouvernement espagnol.