PFUE : appel à soutenir la décarbonation de l'aérien

Renforcer le camp des partisans du « zéro émission nette » du secteur aérien mondial d'ici à 2050, avant des échéances cruciales : c'est l'objectif du « sommet de l'aviation » organisé vendredi 4 février à Toulouse par la PFUE.

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Le sommet de l'aviation doit réunir des ministres européens des Transports, des responsables des administrations de l'aviation civile, et des représentants de pays tiers. [motive56 / Shutterstock]

Renforcer le camp des partisans du « zéro émission nette » du secteur aérien mondial d’ici à 2050, avant des échéances cruciales : c’est l’objectif du « sommet de l’aviation » organisé vendredi 4 février à Toulouse par la présidence française de l’UE.

Ce sommet en format hybride (présentiel et distanciel), à l’invitation du ministre français délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, doit réunir outre ses homologues européens, des responsables des administrations de l’aviation civile, mais aussi des représentants de pays tiers, dont les Etats-Unis.

Il intervient quatre mois après que l’Iata, organisation de quelque 300 compagnies aériennes réalisant plus de 80 % du trafic mondial, a entériné l’objectif de ne plus contribuer au réchauffement climatique d’ici au milieu du XXIe siècle.

Mais cet engagement doit encore être validé au niveau des Etats : la 41e assemblée de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI, une agence de l’ONU) convoquée fin septembre devra se pencher sur ce dossier.

L’UE et l’Etat fédéral américain visent déjà la neutralité carbone à horizon 2050. Mais certains gros émetteurs comme la Russie et la Chine ont fixé l’échéance à 2060.

Le sommet de Toulouse a formellement démarré jeudi 3 février avec une visite des installations d’Airbus. Sa réunion plénière a lieu vendredi matin.

L’événement vise selon M. Djebbari à « entraîner des pays qui sont un peu les pays pivots à l’échelle de l’OACI – typiquement le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud » ou ceux du Moyen-Orient.

« Il y a des pays évidemment qu’on ne maîtrise pas, comme la Russie et la Chine (…), mais si on a les deux blocs occidentaux plus quelques pays pivots, on est à taille critique, à masse critique, pour faire des choses », a-t-il espéré.

Comme l’Iata, le sommet de Toulouse essaiera selon le ministre de « mettre l’emphase sur une action autour des carburants de l’aviation durable ». Ces carburants ne sont pas issus du pétrole mais produits par exemple à partir d’huiles usagées ou de résidus forestiers et agricoles.

Encore très chers car produits par des filières embryonnaires, ils représentent moins de 0,1% du carburant d’aviation consommé actuellement. L’Iata estime qu’il faudrait augmenter la production de 100 millions de litres par an aujourd’hui à 449 milliards de litres en 2050, pour parvenir à zéro émission nette.

En Europe, cela passera notamment par des obligations graduelles d’incorporation de ces carburants durables. L’enjeu est de les appliquer au niveau mondial, pour éviter les distorsions de concurrence entre compagnies aériennes.

« Irresponsable » de ne pas limiter le trafic

Le secteur aérien représente actuellement près de 3 % des émissions mondiales de CO2. Sa contribution au réchauffement climatique pourrait être plus importante en raison des traînées de condensation qui provoquent de l’effet de serre, un phénomène encore mal évalué.

Quelque 4,5 milliards de personnes ont voyagé par les airs en 2019, avant la crise sanitaire qui a fait retomber ce niveau à 1,8 milliard en 2020 et 2,3 en 2021 selon l’OACI.

Mais l’Iata affirme que la forte croissance du trafic aérien est vouée à reprendre, stimulée par la montée en puissance des classes moyennes en particulier en Asie, pour atteindre 10 milliards de voyageurs en 2050.

Parvenir graduellement à zéro émission nette en 2050 constituera « un défi technologique énorme, qui coûtera environ 1 550 milliards de dollars aux compagnies entre 2020 et 2050 », a estimé l’Iata.

Mais pour des ONG de défense de l’environnement, une approche de la décarbonation du secteur aérien sans s’attaquer au trafic est « irresponsable ».

« Que peut-on espérer d’un sommet organisé par le gouvernement français, obsédé par le retour à la croissance du trafic et le « solutionnisme » technologique et incapable de prendre sérieusement en compte l’enjeu de sobriété ? », a ainsi demandé Sarah Fayolle, chargée de campagne Transports chez Greenpeace France.

Déplorant de ne pas avoir été conviés au sommet, cette organisation et d’autres représentants de la société civile (ONG, syndicats) réunis dans le collectif « Pensons l’aéronautique pour demain » ont appelé à manifester vendredi en fin de matinée devant l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

Ils exigent en particulier « un moratoire sur le développement du transport aérien, de la construction aéronautique et l’abandon de tous les projets de construction ou d’extension des aéroports » et « l’arrêt des subventions accordées aux entreprises du secteur de l’aviation sans contreparties sociales et environnementales concrètes ».