Le président polonais Andrzej Duda poursuivi en justice pour ses remarques sur un film consacré aux demandeurs d’asile

L’Observatoire des comportements racistes et xénophobes (OMZRiK) poursuit le président polonais Andrzej Duda, ancien membre du PiS, pour ses commentaires sur un film de 2023 décrivant la situation à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie.

EURACTIV Pologne
President Of Poland And Prime Minister Of Lithuania Visit Kyiv On Independence Day Of Ukraine
Andrzej Duda, président de la Pologne, s'exprime lors d'un briefing conjoint sur le 33e anniversaire de l'indépendance de l'Ukraine, le 24 août 2024 à Kiev, en Ukraine. [Oleksandr Gusev/Global Images Ukraine via Getty Images]

L’Observatoire des comportements racistes et xénophobes (OMZRiK) poursuit le président polonais Andrzej Duda, ancien membre du PiS, pour ses commentaires sur un film de 2023 décrivant la situation à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, où des centaines de migrants tentent d’entrer en Pologne depuis le milieu de l’année 2021. 

Le film Green Border, réalisé en 2023 par Agnieszka Holland, l’une des réalisatrices polonaises contemporaines les plus célèbres et ancienne présidente de l’Académie européenne du cinéma, a fait l’objet de critiques lors de sa sortie par le parti PiS (CRE), alors au pouvoir. Celui-ci a accusé la réalisatrice de calomnier les gardes-frontières polonais — bien que le film corresponde à ce que les groupes de défense des droits humains rapportent depuis la frontière.  

« Beaucoup ont dit qu’il était impossible de réussir à traduire le chef de l’État en justice. Pourtant, nous l’avons fait, bien que personne avant nous ne l’ait jamais fait », a commenté l’OMZRiK sur les réseaux sociaux.

L’objet de l’action en justice est la déclaration d’Andrzej Duda, lors d’une interview avec le radiodiffuseur public TVP, dans laquelle il fait référence au slogan « Seuls les porcs vont au cinéma », associé à l’origine à l’opposition aux films de propagande nazie diffusés en Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Je ne suis pas surpris que les gardes-frontières qui ont vu le film aient utilisé le slogan “Seuls les cochons vont au cinéma” », avait alors déclaré le président polonais, ajoutant que le film diffamait les gardes-frontières du pays.

L’OMZRiK a annoncé que le tribunal de district de Varsovie avait fixé au 24 octobre la date de la première audience du procès. L’audience sera retransmise en ligne, et l’ONG a promis de partager un lien pour que tout le monde puisse y participer.

Selon la Constitution polonaise, le président « peut être tenu pour responsable devant le Tribunal d’État d’une infraction à la Constitution ou à la loi, ou de la commission d’un délit ».

« La mise en accusation du président de la République se fait par une résolution de l’Assemblée nationale adoptée à la majorité d’au moins deux tiers du nombre statutaire des membres de l’Assemblée nationale [session conjointe des deux chambres du parlement polonais, la Diète et le Sénat] sur proposition d’au moins 140 membres de l’Assemblée », stipule la Constitution.

Lorsque le président est mis en accusation, ce dernier est suspendu de ses fonctions.

Le film  Green Border  est une coproduction internationale entre des sociétés polonaises, tchèques, françaises et belges. Il a concouru pour le Lion d’or au 80e Festival international du film de Venise et a remporté le prix spécial du jury.