Portugal : demande de renflouement sur fond de crise politique

Hier (6 avril), le gouvernement intérimaire portugais a annoncé qu'il demandait une aide financière à l'Union européenne. Il s'agit là d'un brusque revirement de situation, dans la mesure où le pays s'opposait depuis des mois à l'idée d'un renflouement, malgré la détérioration de sa situation financière.

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Hier (6 avril), le gouvernement intérimaire portugais a annoncé qu'il demandait une aide financière à l'Union européenne. Il s'agit là d'un brusque revirement de situation, dans la mesure où le pays s'opposait depuis des mois à l'idée d'un renflouement, malgré la détérioration de sa situation financière.

Ce pays de 10,5 millions d'habitants est le troisième membre de la zone euro à demander de l'aide après la Grèce et l'Irlande. Cette requête intervient après des mois de pression insoutenable exercée sur le pays par les marchés pour qu'il demande une aide alors que les coûts de l'emprunt s'envolaient et que l'instabilité politique s'intensifiait.

Le premier ministre portugais, José Socrates, a déclaré à la télévision que le rejet par le parlement de mesures d'austérité supplémentaires le mois dernier avait aggravé la situation financière, rendant un renflouement « inévitable ».

« J'ai tout essayé, mais nous en sommes arrivés à un moment où ne pas prendre cette décision impliquerait des risques que le pays ne devrait pas prendre », a-t-il expliqué.

M. Socrates n'a pas cité de chiffres, mais un fonctionnaire de la zone euro a estimé que Lisbonne devrait avoir besoin de 60 à 80 milliards d'euros via des prêts de l'Europe et du Fonds monétaire international sur trois ans. Toute aide sera sujette à une stricte conditionnalité.

Le FMI a affirmé ne pas avoir reçu de demande du Portugal pour une aide financière, mais s'est dit prêt à aider. L'Allemagne, « trésorière de l'UE » a insisté sur le fait que l'implication du FMI devait être une condition pour les renflouements.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré mercredi que la requête du Portugal serait traitée aussi vite que possible.

Dans une déclaration, il a dit qu'il avait assuré au premier ministre Socrates que la requête de Lisbonne pour l'activation du mécanisme de soutien financier serait traitée le plus rapidement possible, conformément aux règles en vigueur ».

M. Barroso a également réaffirmé sa « confiance en la capacité du Portugal à surmonter les difficultés d'aujourd'hui avec les solidarité de ses partenaires ».

Des conditions à définir

Une requête officielle doit encore être formulée, mais dès que le Portugal l'enverra, la Commission a affirmé qu'elle enverrait une mission à Lisbonne pour déterminer les détails du programme, comme les taux d'intérêt et les conditions.

Les ministres européens des finances se rencontreront à Gödöll? en Hongrie vendredi et samedi (8-9 avril) pour discuter du paquet d'aide.

La situation du Portugal a empiré lorsque le gouvernement socialiste minoritaire a démissionné le 23 mars après la défaite au parlement, ce qui a enlisé le pays dans des limbes politiques. Des élections anticipées sont prévues pour le 5 juin (voir « Background »).

Les rendements obligataires se sont envolés, les agences de notation on dégradé la dette souveraine et celle des banques, et les banques locales ont prévenu cette semaine qu'elles pourraient bien ne plus être capables d'acheter des titres du gouvernement.

« Dans cette situation difficile, qui aurait pu être évitée, je comprends qu'il soit nécessaire d'avoir recours aux mécanismes financiers disponibles dans le cadre européen », a déclaré le ministre des finances, Fernando Teixeira dos Santos.

Des experts affirment que les négociations du Portugal pour obtenir un prêt de la part de l'Union européenne et du Fonds monétaire international pourraient être plus difficile que pour la Grèce et l'Irlande.

Le gouvernement socialiste intérimaire a déclaré qu'il avait des pouvoirs limités et que le parlement, qui devrait normalement selon des fonctionnaires de l'UE ratifier tout accord avant versement, était dissout jusqu'aux élections.

Le dirigeant du parti social-démocrate de centre-droit, le principal parti d'opposition, a affirmé qu'il soutiendrait la demande d'aide. Mais ce parti, en rejetant le plan d'austérité proposé par le gouvernement le mois dernier, a contribué au déclenchement de la crise qui a mené à cette nécessité.

 (EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EURACTIV)