Pour conclure un accord avec Washington, Bruxelles pourrait imposer des droits de douane à Pékin, selon un eurodéputé

L’UE pourrait s’allier aux États-Unis pour imposer des droits de douane à la Chine, à condition que Washington accepte de lever ses barrières tarifaires sur les exportations européennes, a déclaré Bernd Lange, président de la commission du Commerce international au Parlement européen.

EURACTIV.com
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Bernd Lange, président de la commission du Commerce international (INTA) du Parlement européen. [Parlement européen]

L’Union européenne pourrait s’allier aux États-Unis pour imposer conjointement des droits de douane à la Chine, à condition que Washington accepte en retour de lever ses propres barrières tarifaires visant les exportations européennes. C’est ce qu’a déclaré Bernd Lange, président de la commission du Commerce international (INTA) au Parlement européen.

Face aux journalistes mercredi 21 mai, Bernd Lange a expliqué que la volonté de Bruxelles de « travailler de concert » avec les États-Unis face aux « surcapacités » industrielles de la Chine pourrait désormais s’accompagner d’une « menace » d’imposer des droits de douane sur les produits chinois.

Interrogé sur la manière dont l’Union européenne pourrait concrètement coopérer avec les États-Unis sur la question chinoise, Bernd Lange a déclaré : « Bien sûr, cela pourrait déboucher sur une menace commune de droits de douane ».

Toutefois, selon lui, une telle action conjointe devrait reposer sur une preuve « claire et évidente » de surproduction industrielle de la part de Pékin. Elle devrait surtout ouvrir la voie à « des discussions appropriées » avec la Chine sur la manière de réduire son excédent commercial.

Cette proposition, centrée en particulier sur les exportations d’acier chinois, s’inscrit dans le cadre d’une initiative plus large de Bruxelles visant à négocier une réduction des droits punitifs imposés par Donald Trump, qui comprennent une taxe à l’importation de 25 % sur les voitures, l’acier et l’aluminium, ainsi qu’un droit de douane universel de 10 %.

En 2023, la Chine représentait à elle seule 55,1 % de la production mondiale d’acier brut, loin devant l’Union européenne (6,8 %) et les États-Unis (4,4 %), selon les données de l’association européenne Eurofer. La même année, l’excédent commercial chinois en biens a atteint un niveau record de 880 milliards d’euros, soit six fois plus que celui enregistré par l’UE.

Bruxelles fait face à une pression croissante de Washington pour agir face à la Chine. De nombreux analystes redoutent que les États-Unis ne conditionnent l’allègement de leurs droits de douane à un durcissement de la politique européenne à l’égard de Pékin.

Le ton de l’administration américaine en témoigne. Le mois dernier, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que les pays cherchant à améliorer leurs relations avec Pékin « se tireraient une balle dans le pied » et a appelé les États-Unis et leurs alliés à « aborder la Chine en tant que groupe ».

Si Bruxelles refuse l’idée d’un découplage économique d’avec le géant asiatique, elle s’est néanmoins engagée à « réduire les risques » liés à sa dépendance dans certains secteurs stratégiques, tels que la haute technologie ou les minerais critiques.

Le Royaume-Uni est également devenu récemment le premier pays à signer un accord commercial avec les États-Unis depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier. Beaucoup, y compris Pékin, affirment que cet accord donne en réalité à Washington un droit de veto sur les investissements chinois dans le pays.

Bernd Lange a assuré que l’accord entre le Royaume-Uni et les États-Unis serait « totalement inacceptable » pour l’UE, car il maintient la taxe universelle de 10 %. Il n’a pas fait référence aux dispositions prétendument anti-chinoises qui seraient présentes dans l’accord.

Il a également souligné que « la coopération en matière de sécurité économique » était l’un des « cinq critères d’un bon accord commercial » récemment présentés par le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer.

La proposition de Jamieson Greer, qui selon Bernd Lange viserait principalement la Chine, comprend des demandes visant à renforcer la coopération transatlantique en matière de cybersécurité, de contrôle des exportations et de filtrage des investissements.

« Il y a certains éléments sur lesquels nous pouvons discuter [de la sécurité économique], mais en gardant à l’esprit que, bien sûr, en ce qui concerne les relations avec la Chine, nous avons parfois des intérêts différents […] de ceux des États-Unis », a noté l’eurodéputé.

Bernd Lange a suggéré que trois des autres « critères » présentés par le représentant américain au Commerce étaient également acceptables, à savoir garantir « l’alignement des droits de douane » entre l’UE et les États-Unis, stimuler les achats européens de produits américains et « créer des opportunités économiques pour les entreprises américaines ».

En revanche, il a fermement rejeté la dernière exigence américaine, à savoir la levée des « barrières non tarifaires » européennes, telles que les normes de sécurité alimentaire ou de protection des consommateurs, qualifiant la demande d’ « inacceptable ».

« Ce n’est pas dans l’intérêt des citoyens de l’UE, et cela ne fait tout simplement pas partie des négociations », a-t-il tranché.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]