Présidence de la Commission : le gouvernement allemand négocie son soutien à Ursula von der Leyen
Ursula von der Leyen va-t-elle devoir faire des concessions pour être reconduite à la tête de la Commission européenne ? C'est en tout cas ce que laissent entendre certains membres de la coalition au pouvoir en Allemagne, qui ne semblent pas totalement alignés sur les positions de la tête de liste du Parti Populaire européen (PPE).
Ursula von der Leyen va-t-elle devoir faire des concessions pour être reconduite à la tête de la Commission européenne ? C’est en tout cas ce que laissent entendre certains membres de la coalition au pouvoir en Allemagne, qui semblent loin d’être alignés sur les positions de la tête de liste du Parti Populaire européen (PPE).
Le Parti populaire européen (PPE) de Mme von der Leyen devrait selon toute vraisemblance arriver en tête des élections européennes de juin. Ce qui, selon le système des Spitzenkandidaten, obligerait les dirigeants de l’Union européenne (UE) à la nommer présidente de la Commission.
Interrogé par Euractiv, le porte-parole du gouvernement allemand Steffen Hebestreit, a cependant tenu à préciser lundi (27 mai) que l’accord de coalition qui unit les trois partis au pouvoir outre-Rhin – les sociaux-démocrates du SPD, le Parti libéral-démocrate (FDP) et les Verts – « ne prévoit pas que la tête de liste du groupe parlementaire le plus important soit désignée ».
Cet accord stipule en principe que les trois partis appellent à « une loi électorale européenne standardisée, avec des listes partiellement transnationales et un système de Spitzenkandidaten contraignant ». Les commentaires de Steffen Hebestreit suggèrent pourtant que le gouvernement allemand ne souhaite pas appliquer ces règles pour les élections de juin.
Berlin pourrait ainsi faire pression sur Ursula von der Leyen pour obtenir certaines concessions. C’est à ce prix que l’actuelle présidente de la Commission obtiendra le soutien de l’Allemagne, le membre le plus puissant du Conseil des 27, qui doit approuver les futures nominations.
Le chancelier Olaf Scholz (SPD, S&D) avait déjà prévenu vendredi que le futur président de la Commission ne devrait pas travailler avec les partis d’extrême droite, laissant entendre qu’un tel arrangement constituerait une ligne rouge.
La coalition pose ses conditions
Rendre le système des Spitzenkandidaten obligatoire pour les dirigeants de l’UE est principalement un engagement à « long terme », a de son côté expliqué Johannes Schraps, membre du comité du SPD pour les affaires européennes.
La nomination du prochain président de la Commission doit avant tout être « transparente », a-t-il expliqué à Euractiv, ajoutant que le soutien du SPD serait conditionné au fait que la Commission refuse une majorité soutenue par l’extrême droite, faisant écho aux commentaires de M. Scholz.
Les Verts, partenaire junior de M. Scholz, soutiennent également ce principe.
« Je salue expressément le fait que le chancelier attende de la prochaine direction de la Commission qu’elle exclue toute coopération avec les extrémistes de droite », a déclaré à Euractiv le député écologiste Anton Hofreiter, président de la commission des Affaires européennes du Bundestag.
Si les libéraux restent attachés au système des Spitzenkandidaten, Ursula von der Leyen va néanmoins devoir faire quelques concessions pour s’assurer du soutien du gouvernement, explique également pour Euractiv Thomas Hacker, le député chef de file du FDP pour les affaires européennes.
« Si Mme von der Leyen est nommée, elle doit s’engager à mener une politique pratique qui diminue [la bureaucratie] […]. Ce n’est qu’alors qu’elle pourra demander le soutien du gouvernement allemand », a-t-il ajouté.
La France, le second pays le plus peuplé de l’UE, a également envoyé des signaux ambigus, alors que le président Emmanuel Macron pourrait pousser au poste de président l’ancien Premier ministre italien Mario Draghi.
Dans ce contexte, les représentants du PPE ont intensifié leurs appels pour que leurs opposants politiques respectent le système des Spitzenkandidaten.
« Je m’attends à ce que les sociaux-démocrates, les verts et les libéraux [européens] s’engagent, avant les élections, à soutenir […] la tête de liste du groupe parlementaire le plus puissant d’Europe », a déclaré le chef du PPE, Manfred Weber (CSU), lors de la conférence annuelle du parti allemand de Mme von der Leyen, l’Union chrétienne-démocrate (CDU).