Qatargate : Pier-Antonio Panzeri ne peut plus faire marche arrière

Pier-Antonio Panzeri doit dire toute la vérité aux autorités judiciaires belges et ne rien leur cacher, ou alors  il « rompt l’accord » conclu avec la justice et sera également accusé d’« entraver le cours de la justice », a confié une source proche du dossier à EURACTIV.

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Jusqu’à présent, l’ancien eurodéputé avait préféré garder le silence. La décision d’un tribunal italien d’extrader sa fille vers la Belgique a toutefois accentué la pression qui pesait sur lui, tout comme le fait que l’eurodéputée Eva Kaili et son compagnon, Francesco Giorgi, l’accusent depuis le premier jour de leur arrestation. [EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Pier-Antonio Panzeri, le « cerveau » présumé du Qatargate, doit dire toute la vérité aux autorités judiciaires belges et ne peut rien leur cacher. Dans le cas contraire, non seulement il « rompt l’accord » conclu avec la justice, mais il sera également accusé d’« entraver le cours de la justice », a confié une source proche du dossier à EURACTIV.

M. Panzeri a récemment conclu un « accord de repenti » avec la justice belge en vertu duquel il doit fournir toutes les informations nécessaires liées au système de corruption mis en place. En échange, il obtiendrait une peine limitée.

Toutefois, la promesse du procureur d’alléger la peine de M. Panzeri dépend de la qualité des informations que ce dernier fournira à la justice.

« M. Panzeri va fournir de nouveaux noms impliqués dans le scandale du Qatar et du Maroc », nous a expliqué la source. En outre, ses accusations doivent être vérifiables.

Jusqu’à présent, l’ancien eurodéputé avait préféré garder le silence. La décision d’un tribunal italien d’extrader sa fille vers la Belgique a toutefois accentué la pression qui pesait sur lui, tout comme le fait que l’eurodéputée Eva Kaili et son compagnon, Francesco Giorgi — un ancien assistant de M. Panzeri — l’accusent depuis le premier jour de leur arrestation.

Selon notre source, M. Panzeri a créé la surprise en décidant de collaborer avec les autorités belges.

De son côté, Mme Kaili clame toujours son innocence. Elle a déclaré être au courant de l’argent liquide trouvé dans des valises dans son appartement, mais a affirmé que cet argent appartenait à M. Panzeri et qu’il l’avait caché chez elle en raison de l’immunité dont elle bénéficie en tant qu’eurodéputée.

La source a également expliqué que Mme Kaili s’est vu proposer depuis le début de conclure un accord de repenti avec la justice si elle reconnaissait sa culpabilité, mais qu’elle a refusé de le faire.

« Politiquement, c’en serait fini pour elle, mais légalement, elle obtiendrait une meilleure peine […] elle pourrait poursuivre sa vie dans le secteur privé », a indiqué la source.

Plutôt un « Marocgate » ?

La source a également expliqué que les accusations de « corruption active » de M. Panzeri sont plus légères que celles de « corruption passive », dont est accusée Mme Kaili.

« M. Panzeri prétendra qu’il a agi en tant que “médiateur” pour son “client” le Qatar », a déclaré la source, en référence à son audition sur cette affaire qui aura lieu mardi (24 janvier).

En outre, notre source estime que le cas du Maroc pourrait être « plus grave » que celui du Qatar dans ce scandale de corruption.

Le quotidien belge Le Soir rapporte quelques lignes d’un document déclassifié du service de renseignement belge — la Sureté de l’État — dans lequel il est indiqué que l’enquête était initialement focalisée sur le Maroc uniquement, mais qu’un « volet révélant une activité d’ingérence menée par le même groupe […] pour le compte du Qatar fut découvert et constitue désormais une part substantielle des informations trouvées par la Sûreté ». Le service y explique également que les objectifs des deux pays sont différents. « Là où [le Maroc] tente d’obtenir une influence au sein de l’appareil européen pour faire pencher ses décisions en sa faveur, le commanditaire qatari cherche à améliorer l’image du Qatar sur le plan des droits des travailleurs, sans plus. »

Pour sa part, l’avocat de Mme Kaili a déclaré qu’au cours de l’interrogatoire de sa cliente, celle-ci a subi des « tortures » contraires à la Convention européenne des droits de l’homme.

Entre-temps, les institutions européennes sont en alerte, craignant que d’autres noms ne soient mentionnés à la suite de l’audition de M. Panzeri, et que d’autres institutions soient touchées par ce scandale de corruption.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]