Quatre meurtres de journalistes dans l'UE restent impunis, d'après un rapport
En 10 ans, 261 journalistes ont été assassinés dans le monde en raison de leur travail, selon l’Indice mondial d’impunité publié par le Comité pour la protection des journalistes. À ce jour, quatre meurtres restent impunis dans l’Union européenne.
En 10 ans, de septembre 2013 à août 2023, 261 journalistes ont été assassinés dans le monde en raison de leur travail, selon l’Indice mondial d’impunité publié par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). À ce jour, quatre meurtres restent impunis dans l’Union européenne.
Le Comité pour la protection des journalistes a publié son classement annuel de l’impunité en prévision de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes, organisée par les Nations unies ce (2 novembre).
« Alors que dans le monde les meurtres de journalistes restent impunis dans près de 80 % des cas, tant dans les démocraties que dans les pays autoritaires, le message est clair : les journalistes sont des proies faciles », a déclaré Jodie Ginsberg, présidente du Comité.
« Le meurtre est la forme ultime de la censure. Des enquêtes locales rapides, transparentes et indépendantes sont essentielles. La volonté politique peut changer le cours de la justice pour mettre fin à l’impunité généralisée dans les cas de journalistes tués pour leur travail », a poursuivi Mme Ginsberg.
Bien que les douze États en tête du classement des pays dans lesquels les assassins de journalistes sont le plus susceptibles d’être libérés ne sont pas européens, le rapport note que la liberté de la presse est de plus en plus menacée dans l’UE, même si cette dernière est généralement considérée comme l’un des lieux de travail les plus sûrs pour les journalistes.
Justice n’y a pas encore été rendue dans les cas des meurtres de la journaliste d’investigation maltaise Daphne Caruana Galizia, assassinée lors d’un attentat à la voiture piégée en 2017, et du journaliste slovaque Ján Kuciak, tué avec sa fiancée à leur domicile en 2018, indique le rapport.
De même, la Grèce n’a toujours pas exécuté de condamnations pour le meurtre du journaliste Sokratis Giolias en 2010.
En 2021, le journaliste néerlandais Peter R. de Vries a été tué par balles alors qu’il quittait un studio de télévision. Même si on ne sait pas avec certitude si Peter R. de Vries a été ciblé en raison de son travail, le journaliste néerlandais Paul Vugts — le premier journaliste du pays à bénéficier d’une protection policière complète en raison de menaces de mort liées à son travail — a déclaré au CPJ que la mort de M. de Vries avait eu un « un effet glaçant sur les journalistes ». Neuf suspects attendent toujours d’être jugés.
La liberté des médias régresse dans l’UE
Le rapport de la Commission européenne sur l’état de droit en 2022, la plateforme Mapping Media Freedom et l’instrument de surveillance du pluralisme des médias ont tous mis en évidence des régressions de la liberté des médias au sein de l’UE.
« Lutter contre les pressions et les menaces qui pèsent sur les journalistes en Europe — et donner un exemple à suivre aux gouvernements du monde entier — nécessite encore une action plus efficace et plus soutenue de la part de Bruxelles », a déclaré un rapport d’avril sur la liberté de la presse du CPJ, intitulé « De fragiles progrès » (Fragile Progress).
En 2022, la Commission européenne a proposé un règlement européen sur la liberté des médias (European Media Freedom Act, EMFA), qui vise à protéger les journalistes dans toute l’Europe en introduisant de nouvelles règles dans différents domaines. Ces règles concernent entre autres la publicité d’État, la transparence en matière de propriété, la mesure de l’audience, la protection des sources et des communications journalistiques, ainsi que des garanties pour les médias de service public, par le biais d’une approche juridique de la réglementation du marché intérieur.
La directive contre les recours abusifs (Anti-SLAPP Directive) de l’UE, qui vise à créer des protections au niveau de l’Union européenne pour protéger les journalistes contre des actions en justice infondées destinées à faire taire des journalistes, se trouve actuellement dans la phase finale des négociations interinstitutionnelles, appelées trilogues.
En 2022, 161 procès abusifs ont été intentés dans les pays européens, soit le nombre le plus élevé jamais enregistré en une seule année.
« Dans l’ensemble, le changement de stratégie de l’UE doit encore se traduire par des actions significatives au sein des États membres », a déclaré le Comité pour la protection des journalistes.
Quatre meurtres de journalistes sur cinq ne sont jamais résolus
L’Indice d’impunité 2023 recense 261 journalistes assassinés dans le cadre de leur travail entre septembre 2013 et août 2023. Dans 204 de ces cas, soit plus de 78 %, personne n’a été condamné pour ces meurtres.
La Syrie, la Somalie, Haïti, le Soudan du Sud et l’Afghanistan occupent les cinq premières places.

Source : Recherches du CPJ et les indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale pour l’année 2022, consultés en octobre 2023. Le classement est basé sur les meurtres non résolus de journalistes tués entre le premier septembre 2013 et le 31 août 2023. Carte de Geoff McGhee pour le CPJ.
Les conflits, la corruption, les soulèvements populaires, la mauvaise application de la loi et le manque d’intérêt politique pour punir ceux qui sont prêts à tuer des journalistes indépendants sont autant de raisons citées pour expliquer cette impunité.
« À mesure que l’impunité se cristallise, elle témoigne d’une indifférence susceptible d’enhardir de futurs assassins et de réduire l’indépendance de l’information, car des journalistes effrayés fuient leur pays, revoient leurs reportages à la baisse ou quittent tout simplement la profession », a déclaré le Comité pour la protection des journalistes.
Les attaques contre les journalistes depuis le début du conflit entre Israël et le Hamas ne sont pas incluses dans les statistiques, car la période de 10 ans de l’indice s’est terminée en août 2023.
Selon le Comité toujours, au moins 31 journalistes et travailleurs des médias figurent parmi les plus de 9 000 personnes tuées depuis le début du conflit israélo-palestinien à la date du premier novembre. Parmi eux, 26 étaient palestiniens, quatre étaient israéliens et un était libanais.
En 22 ans, le Comité pour la protection des journalistes a recensé 20 meurtres de journalistes par des membres des Forces de défense d’Israël (FDI), pour lesquels personne n’a jamais été inculpé, en dépit d’une série d’enquêtes menées sur les Forces de défense.
« L’impunité dans ces affaires a gravement porté atteinte à la liberté de la presse, laissant les droits des journalistes dans la précarité », indique le rapport.
[Édité par Théophane Hartmann.]