Qui ose snober la fête de Trump ?
Également dans l'édition de mardi : Arménie, cancer du cerveau, Bauhaus, SCAF, antisémitisme
Vous lisez Rapporteur ce mardi 9 juin. Ici Eddy Wax, avec l’équipe d’Euractiv à Bruxelles.
À savoir :
🟢 Peu de dirigeants de l’UE assisteront à la fête organisée par Trump à Bruxelles
🟢 Le parti vainqueur en Arménie est en passe de rejoindre le PPE
🟢 Le projet franco-allemand d’avion de combat commun tombe à l’eau
Sur le rond-point Schuman : von der Leyen se confie sur une tragédie survenue dans son enfance
L’Europe, vue de Bruxelles
Qui ose snober Donald ?
Les États-Unis organisent une grande fête à Bruxelles le 28 juin, à laquelle sont conviés plus de 5 000 diplomates, politiciens et fonctionnaires. Les ambassadeurs américains du monde entier organisent ce genre d’événements pour marquer le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis.
En des temps plus sereins, cette fête serait l’événement le plus couru de la ville. Cette année, elle donne la chair de poule aux politiciens et fonctionnaires européens qui ont la phobie de Donald Trump.
À l’heure actuelle, les dirigeants européens les plus puissants ne prévoient pas d’y assister.
Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, ne pourra pas être présente. Sa porte-parole, Paula Pinho, a indiqué à Rapporteur qu’elle serait en déplacement, mais a refusé de préciser où. Quant à António Costa, président du Conseil européen, son équipe nous a fait savoir que sa présence reste incertaine, tandis que le cabinet de Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, a laissé entendre qu’elle ne pourrait probablement pas s’y rendre.
Cela ferait de Roberta Metsola, la présidente du Parlement européen, la plus haute représentante de l’UE présente à l’événement. Son équipe a confirmé qu’elle a accepté l’invitation d’Andrew Puzder, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’UE.
Ce n’est peut-être pas le genre de soutien que Washington aurait souhaité pour un événement organisé à deux pas des institutions européennes. Les États-Unis ont loué le vaste musée Autoworld et les terrains environnants du parc du Cinquantenaire pour la célébration. Des feux d’artifice, une performance du guitariste Nile Rodgers et un potentiel défilé aérien de l’OTAN font partie des divertissements prévus pour les invités.
Bill White, l’ambassadeur américain en Belgique, l’a qualifié de « plus grande célébration de l’exceptionnalisme américain jamais organisée en Europe » dans une lettre adressée plus tôt cette année à des PDG du secteur technologique afin de solliciter des parrainages d’entreprises. L’événement devrait coûter environ 4 millions de dollars.
Cette célébration intervient à un moment délicat pour les relations transatlantiques. Les différends commerciaux, les désaccords sur l’Ukraine et les critiques incessantes des alliés européens par de hauts responsables de l’administration Trump ont attisé les tensions entre Bruxelles et Washington. Le week-end dernier, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a choisi les plages de Normandie, parmi tous les endroits possibles, pour prononcer une tirade sur le laxisme de l’UE en matière d’immigration clandestine.
James Kanter, un journaliste américano-britannique basé à Bruxelles, a récemment fait valoir que les responsables de l’UE devraient boycotter la fête, invoquant ce qu’il a qualifié d’attitude « pernicieuse » de Trump envers l’Europe.
Les Américains se montrent confiants quant à la présence des hauts responsables de l’UE. « Nous avons confirmé la participation de personnalités de très haut niveau de l’UE, de l’OTAN et du gouvernement belge. Pour des raisons de sécurité, nous ne divulguons pas leurs noms pour l’instant », a déclaré un porte-parole de l’ambassade.
Bart De Wever devrait être présent, tout comme Mark Rutte. Mais l’absence de von der Leyen, Costa et Kallas pourrait irriter les Américains.
Le parti de Pachinian pourrait rejoindre le PPE
Tout juste après avoir remporté une victoire éclatante en Arménie, le Premier ministre Nikol Pachinian est engagé dans des discussions visant à faire entrer son parti pro-européen, Contrat civil, au sein du Parti populaire européen, a appris Rapporteur.
Aucune décision officielle n’a encore été prise et le calendrier reste à confirmer, mais Pachinian a fait part de son intérêt et la famille paneuropéenne de centre-droit pourrait approuver l’adhésion de Contrat civil dans le courant de l’année.
Parmi les autres partis appelés à rejoindre le PPE figurent le parti hongrois Tisza, l’Alliance libérale danoise, le parti tchèque STAN et le Mouvement Europe Now (PES) au pouvoir au Monténégro, dont le leader Milojko Spajić a assisté lundi à un événement du PPE sur l’élargissement à Sarajevo.
Pachinian a remporté une victoire écrasante lors des élections de dimanche, qui ont été assombries par des allégations d’ingérence russe. Les observateurs de l’élargissement guettent également les signes avant-coureurs d’une demande officielle de statut de candidat à l’adhésion à l’UE de la part de Pachinian.
Comme le rapporte Emma Collet, cependant, si la tendance à s’éloigner de la domination russe est claire, les autorités arméniennes se méfient de présenter le choix auquel le pays est confronté comme un choix binaire entre Bruxelles et Moscou. Lisez son article complet.
Macron et Merz jettent l’éponge
L’Allemagne et la France ont abandonné leur projet de développer conjointement un avion de combat de nouvelle génération au cœur du programme Système de combat aérien du futur (SCAF), d’une valeur de 100 milliards d’euros, mettant ainsi fin à des années de rivalités industrielles entre Airbus et Dassault.
Friedrich Merz et Emmanuel Macron sont arrivés à la conclusion que les entreprises ne parviendraient pas à s’entendre sur la manière de construire un avion commun, ce qui a conduit Berlin à déconseiller la poursuite du projet, rapportent Alice Tidey, Kjeld Neubert et Björn Stritzel.
Toutefois, le projet SCAF dans son ensemble survivra. L’Allemagne et la France souhaitent préserver l’architecture technologique globale du programme, qui relie avions, drones et autres systèmes militaires via une infrastructure numérique commune.
Les deux ministères de la Défense ont désormais pour mission d’identifier un petit nombre de projets communs « réalistes », tandis que les deux parties insistent sur le fait que la coopération franco-allemande en matière de défense reste essentielle malgré l’échec de l’une des initiatives militaro-industrielles les plus ambitieuses d’Europe. Lisez l’article complet.
L’UE collabore avec Israël pour lutter contre la haine envers les Juifs
La Commission européenne a tenu lundi une réunion à huis clos avec des responsables israéliens, soulignant les efforts visant à lutter contre la montée de l’antisémitisme à travers l’Europe. Le séminaire annuel UE-Israël existe depuis 2007, mais a pris une dimension politique accrue en 2021.
Dans un communiqué de presse conjoint, les deux parties ont écrit : « Les Juifs sont attaqués, confrontés à la haine dans la rue, sur les campus, au travail… De nombreux Juifs européens ne se sentent plus en sécurité lorsqu’ils affichent leur identité en public. »
Ils ont convenu d’approfondir leur coopération, notamment pour lutter contre les discours de haine en ligne. Le commissaire aux Affaires intérieures et à la Migration, Magnus Brunner, et la vice-présidente du Parlement européen, Pina Picierno, représentaient l’UE, tandis que Gideon Sa’ar, ministre israélien des Affaires étrangères, a adressé un message vidéo.
Tout le monde ne jugeait pas opportun la tenue d’une telle conférence. Martin Konečný, qui dirige une plateforme de défense de la cause palestinienne appelée European Middle East Project, a accusé le gouvernement israélien de commettre des atrocités et d’utiliser le terme « antisémitisme » comme une « insulte » pour attaquer les États membres de l’UE, « déformant » ainsi son sens.
Son message sur X a été suivi d’un torrent de… commentaires antisémites.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- 1,4 milliard d’euros plus tard, où en est le Bauhaus européen ?
- Opinion : Les fissures dans l’image d’Edi Rama
- L’OTAN se tourne vers les simulations de champs de bataille numériques
Rond-point Schuman
VON DER LEYEN S’EXPRIME SUR LE DEUIL ET LE CANCER : La présidente de la Commission s’est confiée sur le traumatisme qu’elle a vécu dans son enfance après avoir perdu sa petite sœur des suites d’un cancer rare, expliquant comment cette expérience a façonné sa vie et sa carrière.
« Je n’avais que 13 ans lorsque ma petite sœur est décédée d’un cancer. Elle n’avait que 11 ans. Elle souffrait d’un réticulosarcome, un cancer très rare, totalement incurable à l’époque », a indiqué von der Leyen hier soir lors d’une conférence du Parlement européen sur le cancer du cerveau et la recherche. « Je me souviens encore très bien du sentiment d’impuissance de mes parents, mais aussi du personnel médical qui l’entourait. »
Elle intervenait aux côtés de Sophie Wilmès, députée européenne belge de longue date et ancienne Première ministre, dont le mari est décédé d’un cancer du cerveau en 2023.
Ce n’est pas la première fois que von der Leyen évoque publiquement le décès de sa sœur Eva-Benita, qui, selon elle, a inspiré sa décision de devenir médecin. En 2020, elle a laissé entendre que la mémoire de sa sœur avait également contribué à façonner le Plan européen de lutte contre le cancer, une initiative phare du PPE. À l’approche de sa réélection en 2024, elle a déclaré au Bild que sa sœur était enterrée dans un alpage en Autriche, où la famille se rend encore aujourd’hui.
TRADITION SOLENNELLE : Pour la quatrième année consécutive, les noms des Ukrainiens déportés de force par la Russie seront lus lors d’une cérémonie qui se tiendra aujourd’hui à côté du Parlement européen. Cet événement, organisé depuis 2020, rend hommage aux victimes des expulsions massives soviétiques et réunira à 13 h des personnalités de premier plan de l’UE, dont Roberta Metsola et Andrius Kubilius.
Les capitales
ROME 🇮🇹
Les élections locales en Italie se sont soldées par une égalité parfaite, six chefs-lieux de province ayant procédé à un second tour dimanche, le centre-gauche et le centre-droit remportant chacun trois d’entre eux. Giorgia Meloni a salué ce résultat comme la preuve de la solidité durable de sa coalition au niveau local. Le taux de participation est tombé à 52 %, en baisse par rapport au premier tour, s’inscrivant dans une tendance générale à la démobilisation des électeurs.
– Alessia Peretti
ATHÈNES 🇬🇷
Kyriakos Mitsotakis a nommé lundi Tasos Chatzivasileiou au poste de vice-ministre des Affaires étrangères chargé des Affaires européennes, dans le cadre d’un remaniement ministériel mineur. Alors que le Premier ministre insiste sur le fait que les élections législatives se tiendront comme prévu en 2027, la pression en faveur d’un scrutin anticipé s’intensifie au sein du parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie, sur fond d’inquiétudes persistantes quant au coût de la vie et à une série de scandales politiques.
– Sarantis Michalopoulos
BRATISLAVA 🇸🇰
La Slovaquie a reçu 29 milliards d’euros nets de l’UE depuis son adhésion à l’Union en 2004, mais l’impact de ces dépenses a été mitigé, selon une évaluation de la Cour des comptes publiée lundi. L’organisme de contrôle a attribué une note de trois sur cinq à l’efficacité globale des fonds européens, avertissant que la politique de cohésion n’a que partiellement réduit les disparités régionales, l’est de la Slovaquie restant encore loin derrière la moyenne de l’UE.
– Natália Silenská
KIEV 🇺🇦
Volodymyr Zelenskyy a déclaré lundi qu’il avait eu des entretiens avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner lors d’une escale à Chișinău, axés sur la relance de la diplomatie pour mettre fin à la guerre menée par la Russie. Il a indiqué que les discussions avaient porté sur les préparatifs des réunions de juin, notamment le sommet du G7. Zelenskyy a également déclaré avoir parlé avec Emmanuel Macron, dans le prolongement des entretiens tenus à Londres la veille, et avoir évoqué sa conversation avec les émissaires américains.
– Christina Zhao
PRISTINA 🇽🇰
Les responsables de l’UE ont exhorté les partis politiques du Kosovo à former rapidement un gouvernement à la suite des élections de dimanche, la commissaire à l’élargissement, Marta Kos, ayant indiqué qu’elle compte revenir prochainement pour faire avancer le processus d’adhésion du pays à l’UE. Les observateurs électoraux du Conseil de l’Europe ont déclaré que le scrutin reflète une lassitude généralisée des électeurs et ont fait part de leurs inquiétudes concernant l’utilisation abusive présumée des ressources publiques, avertissant que la démocratie exige des compromis plutôt que des « victoires à somme nulle ».
– Bronwyn Jones
Editeurs.trices : Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs : Thomas Moller-Nielsen, Magnus Lund Nielsen, Bruno Waterfield
Traductrice : Clara Vassent