Rébellion du groupe Wagner : l’UE et l’OTAN suivent la situation de près

Les Occidentaux suivaient la situation de près samedi alors que la plus grande menace pour le président russe Vladimir Poutine à ce jour continuait à se manifester sous la forme d’une mutinerie armée des mercenaires du groupe Wagner.

Euractiv.com
Wagner Group claims control of key sites in Rostov-on-Don
Les mercenaires de l’organisation paramilitaire privée du groupe Wagner ont traversé le pays sans rencontrer de réelle résistance et avaient déjà parcouru une grande partie du chemin qui les séparait de la capitale, Moscou, dans l’après-midi de samedi. [EPA-EFE/STRINGER]

Les Occidentaux suivaient la situation de près samedi (24 juin) alors que la plus grande menace pour le président russe Vladimir Poutine à ce jour continuait à se manifester sous la forme d’une mutinerie armée des mercenaires du groupe Wagner.

Les mercenaires de l’organisation paramilitaire privée du groupe Wagner, dirigée par l’ancien allié de Vladimir Poutine, Evguéni Prigojine, ont traversé le pays sans rencontrer de réelle résistance et avaient déjà parcouru une grande partie du chemin qui les séparait de la capitale, Moscou, dans l’après-midi de samedi.

Les troupes du groupe Wagner se sont emparées de la ville de Rostov, dans le sud de la Russie, au cours de la nuit de vendredi à samedi, sous les tirs aériens de l’armée russe, apparemment incapable de ralentir leur progression.

Ensuite, samedi matin, des affrontements entre l’armée russe et le groupe paramilitaire ont eu lieu autour de la ville de Voronej, située à 450 kilomètres au sud de Moscou.

Confronté à la première contestation sérieuse de son règne de 23 ans, Vladimir Poutine a d’abord promis de réprimer la mutinerie armée, qu’il a comparée à la guerre civile qui a ravagé la Russie il y a un siècle de cela et a qualifiée de « coup de poignard dans le dos ».

Finalement, le président russe a conclu un accord avec le groupe Wagner, bien que les termes de cet accord restent inconnus à l’heure actuelle.

Réactions dans l’UE

Pendant ce temps, les responsables politiques européens s’efforçaient de comprendre les évènements qui se déroulaient en Russie.

La tentative de coup d’État est survenue juste avant que les ministres des Affaires étrangères de l’UE ne se retrouvent pour discuter du soutien à l’Ukraine lors de leur réunion ordinaire à Luxembourg, ce lundi (26 juin).

La question est devenue encore plus pressante en raison du risque de guerre civile en Russie et figurera sans doute en bonne place à l’ordre du jour de la réunion des ministres européens.

Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a déclaré que la réunion de lundi porterait sur les dernières évolutions, tandis que l’Union a également activé son centre de réaction aux crises, un organe interne qui coordonne les réponses aux crises à l’extérieur de l’UE.

« Notre soutien à l’Ukraine ne faiblit pas », a ajouté M. Borrell.

La porte-parole de l’UE pour les Affaires étrangères, Nabila Massrali, a indiqué dans un communiqué de presse que l’UE suivait la situation de près. « Nous sommes en contact permanent avec notre ambassadeur à Moscou et poursuivons nos consultations internes avec nos États membres. Nous sommes également en contact avec nos partenaires », a-t-elle expliqué, ajoutant qu’il s’agissait d’un « problème intérieur de la Russie ».

Une réunion d’information entre les ministres des Affaires étrangères des pays du G7 a également eu lieu plus tôt dans la journée de samedi.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a également déclaré qu’il « suivait de près » l’évolution de la rébellion en Russie et qu’il était en contact avec d’autres dirigeants de l’UE et des alliés des pays du G7.

« Il s’agit clairement d’un problème intérieur de la Russie », a écrit M. Michel sur Twitter, précisant que le soutien à l’Ukraine était « inébranlable ».

Un porte-parole de l’OTAN a également déclaré que l’Alliance suivrait la situation de près.

De son côté, le conseiller américain à la Sécurité nationale, Jake Sullivan, se rendait à Copenhague ce week-end pour une réunion avec de hauts responsables ukrainiens et européens ainsi que des représentants de pays tels que la Turquie et l’Afrique du Sud.

Cette réunion, qui avait été programmée avant la récente crise, visait à approfondir les discussions entre les alliés occidentaux de l’Ukraine et les pays qui se sont abstenus d’adopter une position ferme à l’égard de Moscou.

L’Europe de l’Est en état d’alerte

Les États membres de l’UE et de l’OTAN limitrophes de la Russie et de son enclave de Kaliningrad ont suivi de près les évènements en Russie.

Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis, a déclaré que les alliés de l’Ukraine se concentraient sur la victoire contre la Russie en dépit du chaos provoqué par la rébellion du groupe Wagner.

« Depuis 100 ans, les Lituaniens vivent en marge de la banditocratie brutale de Moscou, conscients que la prochaine implosion chaotique n’est pas très loin », a déclaré M. Landsbergis dans un tweet.

« Nous ne sommes pas déconcentrés. Nous voyons clair dans le chaos », a-t-il ajouté. « L’objectif, comme toujours, c’est la victoire et la justice pour l’Ukraine. Le moment est venu. »

L’Estonie et la Lettonie ont déclaré qu’elles avaient renforcé la sécurité de leurs frontières en réponse à ces troubles, tandis que Riga a suspendu les demandes de visa et l’entrée dans le pays pour les personnes en provenance de Russie.

« Les visas ou les entrées à la frontière de Russes quittant la Russie en raison des évènements actuels ne seront pas pris en considération », a posté sur Twitter le ministre letton des Affaires étrangères et futur président du pays, Edgars Rinkēvičs, ajoutant qu’il n’y avait « pas de menace directe pour la Lettonie à l’heure actuelle ».

La Première ministre estonienne, Kaja Kallas, a également déclaré que la sécurité aux frontières de son pays avait été renforcée. « J’exhorte également nos concitoyens à ne pas se rendre dans une quelconque partie de la Russie », a-t-elle indiqué, précisant qu’il n’y avait « pas de menace directe » pour l’Estonie du fait du soulèvement.

Le président polonais Andrzej Duda a tenu des consultations samedi matin avec le Premier ministre et le ministère de la défense de son pays en réponse aux évènements survenus en Russie.

« Le déroulement des évènements au-delà de notre frontière orientale fait l’objet d’un suivi permanent », a déclaré M. Duda.

Le Premier ministre finlandais, Petteri Orpo, a pour sa part expliqué qu’il s’était entretenu par téléphone avec ses homologues letton et estonien au sujet de l’évolution de la situation.

« Nous avons convenu d’une coopération étroite [avec la Lettonie et l’Estonie] », a écrit M. Orpo sur Twitter.

Selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, la mutinerie du groupe Wagner montre la faiblesse de la Russie.

« La faiblesse de la Russie est évidente. […] Plus la Russie maintiendra ses troupes et ses mercenaires sur notre territoire, plus le chaos, la douleur et les problèmes qu’elle rencontrera plus tard seront importants », a-t-il affirmé dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux.

Le président français Emmanuel Macron a quant à lui déclaré lors d’un entretien pour La Provence que cette tentative de coup d’État « montre les divisions qui existent au sein du camp russe, la fragilité à la fois de ses armées et de ses forces auxiliaires comme le Groupe Wagner ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]