Règlement anti-déforestation : des associations américaines exhortent Bruxelles à ne pas céder aux pressions de Washington
Des groupes de la société civile américaine exhortent la Commission à résister aux pressions de Washington visant à retarder le règlement européen sur la déforestation (EUDR) ou à modifier les règles afin d’accorder un traitement préférentiel aux États-Unis.
Dans une lettre, envoyée ce mercredi 8 octobre à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et aux commissaires chargés des règles environnementales, de l’économie et du commerce, met en garde contre tout recul.
« Nous sommes particulièrement préoccupés par la volonté apparente de la Commission d’accorder un traitement spécial aux États-Unis dans le cadre de l’EUDR, dans le cadre des négociations commerciales en cours entre l’UE et les États-Unis », peut-on lire dans la lettre, consultée par Euractiv.
Les organisations font référence à la déclaration commune publiée par Bruxelles et Washington en septembre, qui considère que les États-Unis présentent un « risque négligeable pour la déforestation mondiale ».
Rick Jacobsen, responsable senior de la politique des matières premières à l’ONG américaine Environmental Investigation Agency, a confié à Euractiv que les intérêts américains avaient « intensifié leur campagne de pression » pour affaiblir la loi avant même son entrée en vigueur. « Nous exhortons la Commission européenne à rester ferme et à ne pas se lancer dans une course vers le bas en réduisant les protections environnementales essentielles », a-t-il déclaré.
Cet appel intervient alors que la Commission envisage de reporter d’un an l’application de ces règles en raison de complications techniques, une décision que certains députés européens soupçonnent d’être motivée par la pression américaine — ce que nie la commissaire à l’Environnement, Jessika Roswall.
La coalition d’ONG, qui comprend également l’Environmental Paper Network, Friends of the Earth US et Mighty Earth, affirme que ces déclarations font écho au lobbying de l’American Forest and Paper Association et sont « en contradiction » avec les réalités actuelles sur le terrain.
Aux États-Unis, le président Donald Trump a récemment annoncé son intention de lever les restrictions sur la construction de routes et l’exploitation forestière sur 238 000 km² de forêt nationale, soit environ la taille de la Roumanie.
Les associations ajoutent que les données du gouvernement et des ONG indiquent une conversion généralisée des forêts de l’UE en monocultures destinées à la production de biocarburants. La coalition fait valoir que de grandes entreprises américaines et mondiales sont déjà prêtes pour l’entrée en vigueur du règlement, notamment de grands producteurs de soja et les géants de l’alimentation tels que Mars Wrigley.
« Alors que de nombreuses entreprises annoncent qu’elles sont prêtes à se conformer aux exigences du règlement EUDR, on peut se demander si celles qui demandent encore un report sont confrontées à de réels problèmes de faisabilité ou si elles ne sont tout simplement pas disposées à se conformer », est-il encore indiqué dans la lettre.
Les ONG exhortent la Commission à veiller à ce que le règlement EUDR entre en vigueur d’ici la fin de l’année.
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(asg)