Remaniement : après Agnès Pannier-Runacher, qui pour incarner la stratégie énergétique française à Bruxelles ?
Emmanuel Macron n’a pas reconduit Agnès Pannier-Runacher au ministère de l'Énergie, dont le portefeuille revient au ministère de l’Économie. Qui, dès lors, pour incarner la stratégie énergétique française à Bruxelles ?
Emmanuel Macron n’a pas reconduit Agnès Pannier-Runacher au ministère de la Transition énergétique, dont le portefeuille revient au sein du ministère de l’Économie, 17 ans après. Qui, dès lors, pour incarner la stratégie énergétique française dans les négociations à Bruxelles ?
« L’énergie est le grand défi économique du 21e siècle », a déclaré mardi (16 janvier) Bruno Le Maire, omnipotent ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, qui récupère désormais le portefeuille « Énergie ».
En d’autres termes, il est temps de parachever au niveau financier les conquêtes politiques à Paris et à Bruxelles de l’ancienne ministre Agnès Pannier-Runacher.
Il faut dire qu’en 20 mois à l’Hôtel de Roquelaure, siège de feu le ministère de la Transition énergétique, la ministre a donné du fil à retordre à ses interlocuteurs.
À Paris d’abord, l’ex-ministre a défendu deux projets de loi pour accélérer le développement des énergies renouvelables et du nucléaire en 2023. À Bruxelles ensuite, Mme Pannier-Runacher a réussi à tordre le bras aux détracteurs du nucléaire.
Sur la reconnaissance de l’hydrogène issu d’énergie bas-carbone, sur l’intégration des actifs nucléaires existants dans la réforme du cadre de marché européen de l’électricité, ou encore, dernièrement, la naissance d’un débat pour bifurquer d’objectifs européens de développement des énergies renouvelables vers des objectifs d’énergies « bas-carbone » pour 2040.
« Le travail à Bruxelles, c’était vraiment la plus belle partie », nous confesse l’un de ses anciens conseillers.
C’est donc en pleine manœuvre que la ministre a quitté ses fonctions… en plein élan diraient certains.
« Quid du 50e anniversaire de l’Agence internationale de l’énergie en février qu’elle avait obtenu d’organiser avec son homologue irlandais ? Quid du sommet du nucléaire prévu en mars et qu’elle avait soufflé au président de la République et que celui-ci avait vendu au Premier ministre belge [la Belgique préside le conseil de l’UE jusqu’au 30 juin 2023, NDLR] ? Qui de l’avenir de l’alliance du nucléaire ? », s’interroge un autre de ses anciens conseillers.
La ministre avait en effet initié en février une « alliance du nucléaire » réunissant la dizaine d’États membres favorables au développement de l’atome, prêts à bloquer certains processus européens si leurs intérêts n’étaient pas pris en compte.
Dès lors, Mme Pannier-Runacher avait, pour elle, la force d’être « clairement identifiée et incarnée auprès des dirigeants européens », nous confie Christophe Grudler, eurodéputé français Renew et référent sur les questions d’énergie pour sa délégation.
« La préservation du format [alliance du nucléaire] va être un enjeu important pour l’équipe de Bercy [ministère de l’Économie] » pour mener les prochains combats, pense d’ailleurs une source ayant travaillé sur le dossier.
Dans ce contexte, « c’est dommage pour la France de perdre une ministre capable de se défendre à Bruxelles, car il faut y aller avec de la poigne », nous distille un chercheur. Nombre d’autres « regrettent » le départ d’une personnalité qu’ils jugent, pêle-mêle, « montée en compétence », « à l’écoute », « bien entourée », « combattante » et « respectée ».
« Pas sûr que la France retrouve quelqu’un d’aussi opérationnel et pugnace rapidement», nous dit même Phuc-Vinh Nguyen, chercheur en politique énergétique au sein de l’Institut Jacques Delors.
Qui pour la remplacer ?
Depuis, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a pris les rennes des sujets énergétiques. Et « cette nouvelle mission qui m’a été confiée, je compte la suivre personnellement et directement », a-t-il déclaré lundi (15 janvier).
Selon notre source proche du dossier, il ne serait d’ailleurs pas opportun de créer un nouveau ministère délégué ou un secrétariat à l’Énergie, afin d’éviter les risques de brouiller la ligne du ministère de l’Économie, alors que le retour de l’énergie dans son giron révèle l’intrication des enjeux énergétiques et de souveraineté industrielle.
Mais M. Le Maire prendra-t-il le temps, à Bruxelles, d’incarner la stratégie énergétique française ? Se rendra-t-il, par exemple, aux conseils « Énergie » des 27 ?
Pour le prochain prévu le 4 mars, « normalement oui», nous dit son cabinet.
Aux côtés de Mme Pannier-Runacher, le ministre allemand Robert Habeck, également en charge d’un superministère de l’Économie et du Climat, s’est rendu à pratiquement tous les conseils, quelquefois seulement suppléé par son secrétaire d’État, Sven Giegold.
M. Le Maire aura-t-il également le temps d’assurer les prochaines réunions de l’ « alliance du nucléaire », dont la prochaine pourrait, selon nos informations, avoir lieu lors du sommet sur le nucléaire prévu en mars à Bruxelles ?
« Le portefeuille de M. Le Maire contient tellement de dossiers importants qu’il me semble indispensable qu’il ne soit pas seul », nous dit en ce sens M. Grudler.
« Nous ne serons pas trop de deux, avec Roland Lescure, pour travailler sur l’énergie », confirmait lundi M. Le Maire.
Pour l’heure, Roland Lescure n’a pas encore été officiellement reconduit à son poste de ministre délégué à l’Industrie par le président de la République.
L’un ou l’autre, « cela ne changera rien, les négociations [à Bruxelles] sont pilotées par les services du Premier ministre », nous explique notre source proche du dossier, rappelant que le Premier ministre est chargé de la « planification écologique ».
Dès lors, la piste d’un secrétariat d’État dédié semble se tarir. Dans le cas contraire, plusieurs noms nous ont toutefois été évoqués : Antoine Armand, rapporteur de la remarquée commission d’enquête parlementaire sur la souveraineté énergétique de la France ; Maud Bregeon, ingénieur nucléaire et députée Renaissance ; ou encore Christophe Grudler, nous souffle un ancien ministre français de l’Environnement.
[Edité par Frédéric Simon]