Retraite à 64 ans : "Deux années de galère supplémentaires", fustigent les infirmières en colère
Alors que le gouvernement a présenté jeudi 10 janvier sa réforme des retraites, les infirmières sont vent debout pour faire reconnaître la pénibilité de leur métier et ainsi pouvoir partir à la retraite avant l'âge légal.
Alors que le gouvernement a présenté jeudi 10 janvier sa réforme des retraites, les infirmières sont vent debout pour faire reconnaître la pénibilité de leur métier et ainsi pouvoir partir à la retraite avant l’âge légal.
La réforme des retraites présentée par Elisabeth Borne le 10 janvier dernier voit reculer le départ de l’âge à la retraite de 62 à 64 ans d’ici à 2030 à compter du 1er septembre 2023.
Par cette réforme, la France rejoint un grand nombre de ses homologues de l’UE : l’âge légal de la retraite se situe en moyenne à presque 65 ans dans toute l’Union.
Mais pour les infirmières, profession majoritairement féminine (88%), au vu de la pénibilité de leur métier, cette réforme est inadmissible.
Elles sont d’ailleurs nombreuses à être descendues dans la rue lors de l’appel à la grève jeudi dernier (19 janvier) aux côtés notamment des aides-soignants.
« Ces deux années de galère supplémentaires, on n’en veut pas. Les infirmières sont en colère. On sacrifie sept années de nos vies et on veut nous rajouter deux ans », déclare Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI CFE-CGC) à EURACTIV France.
Sept ans, cela correspond à la différence entre l’espérance de vie d’une infirmière (78 ans) et l’espérance de vie du reste des Françaises (85 ans), selon une étude de la caisse de retraite CNRACL.
Faire des gardes de nuit, travailler un week-end sur deux, voir se multiplier les heures supplémentaires, travailler sous pression… Infirmière est un métier difficile, aussi bien moralement que physiquement.
C’est pourquoi le SNPI demande une reconnaissance de la pénibilité de la profession dans la future réforme des retraites.
« Par exemple, manipuler des patients toute la journée entraîne des troubles musculosquelettiques », souligne Thierry Amouroux.
Autre exemple : les infirmières peuvent être amenées à respirer des produits chimio toxiques lorsqu’elles administrent un traitement à des patients, ce qui n’est pas sans danger sur leur santé et peut réduire leur espérance de vie.
Les chiffres sont sans appel : 30 % des aides-soignantes et 20 % des infirmières partent en retraite avec un taux d’invalidité, précise encore l’étude de la caisse de retraite CNRACL.
Alors la retraite à 64 ans, « ce n’est pas la perspective de vie que l’on veut. On a déjà tout donné durant notre carrière », confie Thierry Amouroux. « La pénibilité se mesure de manière objective : 7 ans de vie en moins sacrifiée par les infirmières ».
10% des infirmières en arrêt maladie pour dépression
Le recul de l’âge légal de départ à la retraite pourrait aussi fragiliser un hôpital public au bord de l’effondrement, notamment à cause des fermetures de lits et du manque de personnel.
« Y a-t-il urgence à réformer ? Non », a déclaré le député écologiste Sébastien Peytavie mardi (24 janvier) à l’Assemblée nationale. Selon lui, la réelle urgence est de reconstruire un modèle social face à la faillite du système de santé.
« Comment comptez-vous réellement prendre en compte la pénibilité pour les métiers du soin ? », a-t-il demandé lors des questions au gouvernement.
En France, 10% des infirmières sont en arrêt maladie pour dépression ou burn-out, selon les dernières données du SNPI.
« Beaucoup d’infirmières et d’aides-soignants s’en vont. Nous sommes en sous-effectif, sous-payés et non reconnus. Nous avons l’impression d’être des pions », regrette Thierry Amouroux.
Avant d’ajouter : « Avec la pression, nous avons peur de commettre une erreur de soin avec des conséquences fatales. Nous allons travailler la boule au ventre ».
Au total, il manque aujourd’hui 60 000 infirmiers ou infirmières en France, contre 7 500 en juin 2020, soit avant la pandémie de Covid.
« Tous les travailleurs de première ligne, ceux qui ont œuvré pendant la pandémie, sont les premières victimes de cette réforme. On aurait pu attendre une reconnaissance de la nation, on a une sanction qui tombe », dénonce M. Amouroux.
Pourtant, en 2003 les infirmières bénéficiaient d’une reconnaissance de la pénibilité de leur travail, grâce à une réforme portée par François Fillon, alors ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité sous Jacques Chirac,
La réforme permet aux soignants la bonification d’un an tous les dix ans permettant un départ anticipé à la retraite.
Mais en 2010 Roselyne Bachelot, alors ministre sous Nicolas Sarkozy, décide d’augmenter le salaire des infirmières et de supprimer en parallèle la prise en compte de la pénibilité de la carrière. Au grand dam de la profession.
20 ans plus tard, nouvelle réforme. « Une réforme tellement injuste qu’elle est abjecte », conclut, amer, Thierry Amouroux.
Y a-t-il urgence à réformer ? Non.
La réelle urgence, c'est celle sur laquelle nous alertons depuis des années, c’est celle que j’ai constaté pendant mon hospitalisation.
C’est la faillite d’un système de santé et d'un modèle de protection sociale.#QAG #DirectAN pic.twitter.com/BC3js6u2pz
— Sébastien Peytavie (@speytavie) January 24, 2023