Scandale Predator : la commission parlementaire européenne étend son enquête à la Grèce
La pression monte sur le gouvernement grec à l’approche de la mission PEGA du Parlement européen à Athènes le 2 novembre, au cours de laquelle des explications seront demandées concernant le rôle de l’exécutif grec dans l’utilisation du logiciel espion Predator contre des journalistes et des hommes politiques.
Plusieurs journalistes et hommes politiques de l’opposition ont signalé que leurs téléphones ont été mis sur écoute avec le logiciel espion Predator.
Tous accusent le gouvernement conservateur Nouvelle Démocratie (Néa Dimokratía, ND) d’activités de surveillance illégales, mais le gouvernement insiste sur le fait qu’il n’a pas acheté de tels logiciels espions.
Le gouvernement du pays a admis avoir mené des activités de surveillance « légales » par les services secrets à l’encontre de journalistes et d’hommes politiques, mais a jusqu’à présent refusé d’en dévoiler les raisons en invoquant l’argument de la « sécurité nationale ».
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a déclaré qu’il n’était pas au courant de ces activités malgré la promulgation d’une loi qui le place sous la supervision directe des services de renseignement. Toutefois, son chef de cabinet et neveu, Grigoris Dimitriadis, et le chef des services secrets ont démissionné à la suite de la révélation de ces activités d’espionnage.
Cette visite de la commission d’enquête chargée d’enquêter sur l’utilisation de Pegasus et de logiciels espions de surveillance équivalents intervient à la lumière de nouvelles révélations sur cette affaire, qui devraient mettre le gouvernement à l’épreuve.
Les journaux To Vima et Ta Nea ont rapporté dimanche (30 octobre) qu’en plus des journalistes et des responsables politiques de l’opposition, le téléphone d’un ancien ministre du parti Nouvelle Démocratie a également été mis sur écoute, ainsi que celui de plusieurs hommes d’affaires.
Plus particulièrement, dans un rapport d’enquête To Vima laisse entendre qu’un « centre » a été créé par des hommes d’affaires et des ressortissants grecs et chypriotes qui ont orchestré les activités de Predator.
En outre, le rapport indique que le cercle des personnes qui ont participé aux consultations visant à mettre en place ce centre semble « avoir été connu de M. Dimitriadis ou de personnes de son entourage ».
La commission PEGA du Parlement européen se rendra à Athènes le 2 novembre et tentera de faire la lumière sur ce que beaucoup appellent le « watergate grec ».
Les médias de l’opposition rapportent que le Premier ministre grec fait tout pour se tenir à l’écart du scandale, mais les nouvelles révélations devraient mettre en difficulté les dirigeants grecs, qui ont jusqu’à présent tenté de se forger une image de « libéraux centristes ».
Tous les groupes politiques du Parlement européen ont condamné le scandale, à l’exception du Parti populaire européen (PPE) de centre-droit, auquel appartient Nouvelle Démocratie.
Le groupe des Socialistes et Démocrates (S&D) s’est montré plus critique, appelant même à des élections anticipées.
« Ce qui est clair pour la famille progressiste européenne, c’est que la Grèce a besoin d’un changement politique », avait confié Iratxe García, cheffe de file des S&D au Parlement européen, à EURACTIV lors d’un entretien fin août.