Sécheresse : l’élevage fortement touché par la baisse des récoltes européennes
La sécheresse a entraîné une baisse de la production de céréales et de grains, ce qui a fait grimper les prix des aliments pour animaux. Conjuguée à l’absence d’herbe dans les pâturages, cette baisse risque d’avoir de lourdes conséquences sur la production européenne de volaille et de porc.
La sécheresse qui a frappé l’Europe cet été a entraîné une baisse de la production de céréales et de grains, ce qui a fait grimper les prix des aliments pour animaux. Les experts ont averti que, conjuguée à l’absence d’herbe dans les pâturages, cette baisse risque d’avoir de lourdes conséquences sur la production européenne de volaille et de porc.
Ces derniers mois, l’Union européenne a connu l’une des pires sécheresses de son histoire, 14 des 27 États membres (Portugal, Italie, Espagne, France, Irlande, Belgique, Luxembourg, République tchèque, Slovaquie et Croatie) étant gravement touchés, selon une analyse de Farm Europe.
Ces mois exceptionnellement chauds et secs ont gravement affecté les récoltes de l’UE, en particulier celles des céréales et des oléagineux, a indiqué Michael Scannell, directeur général adjoint de la direction générale de l’Agriculture et du Développement rural (DG AGRI) lors d’une audition de la commission de l’Agriculture du Parlement européen le 31 août.
La production brute de céréales devrait ainsi chuter de 4 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années, a-t-il expliqué.
Toutefois, c’est le maïs qui inquiète le plus, car on prévoit une baisse de la production de 13,7 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années.
Cela devrait provoquer une véritable onde de choc dans le secteur de l’élevage, la flambée des coûts des aliments pour animaux étant aggravée par le fait que les pâturages ont également été fortement touchés par la sécheresse.
« Nous devrons rester très attentifs aux conséquences de cette situation à l’automne et en hiver, ainsi qu’aux décisions que prendront les éleveurs sur la manière dont ils nourriront leurs animaux et ce que cela leur coûtera, et si, dans ces circonstances, ils décident, par exemple, de vendre leurs animaux », a averti M. Scannell.
Certains législateurs du Parlement européen ont déjà signalé l’influence notable sur le secteur de l’élevage dans leurs pays respectifs.
L’eurodéputé écologiste Martin Häusling a évoqué une « catastrophe imminente » dans le secteur de l’élevage, ajoutant que de nombreux agriculteurs « utilisent déjà leurs matières premières prévues pour l’hiver afin de nourrir leurs animaux ».
« Il reste quelques réserves de l’année dernière. Mais une fois ces réserves épuisées, la question se posera de savoir s’il y aura des abattages, ou si certains éleveurs quitteront complètement le secteur », a-t-il prévenu.
La question a également été soulevée par l’eurodéputée sociale-démocrate Clara Aguilera García, qui a averti qu’il y a un « gros problème en termes de viabilité dans de nombreuses zones de production animale ».
Dans le même temps, un récent rapport de Farm Europe a également mis en garde les agriculteurs, déjà confrontés à la hausse des prix des aliments pour animaux et à d’autres facteurs de production en raison de la guerre en Ukraine, contre la difficulté qu’ils pourraient avoir à combler leur besoin en fourrage d’ici l’automne.
Des solutions durables à long terme
Par ailleurs, ces conditions de sécheresse exceptionnelle pourraient devenir plus fréquentes à l’avenir, a indiqué M. Scannell.
« [De telles conditions climatiques] deviennent de plus en plus fréquentes, et nos systèmes doivent évoluer dans ce sens », a-t-il souligné.
Cependant, les eurodéputés sont divisés sur la meilleure ligne de conduite à adopter.
Alors que certains législateurs européens, comme les libéraux-démocrates Ulrike Müller et Martin Häusling, ont critiqué la Politique agricole commune (PAC) en vigueur pour son manque de vision et de mesures incitatives en faveur de la gestion de l’eau et de l’utilisation des technologies, d’autres ont mis en garde contre le compromis entre la production actuelle et future.
Par exemple, l’eurodéputée conservatrice Veronika Vrecionová a invité la Commission à faire preuve de prudence lorsqu’elle propose de nouvelles normes écologiques pour les agriculteurs européens, car elles « pourraient empirer la situation ».
En réponse à ces préoccupations, le représentant de la Commission a expliqué que l’exécutif européen « ne considère pas qu’il s’agit d’une option ou l’autre », soulignant que les dérogations à certaines mesures environnementales de la PAC, introduites pour renforcer la sécurité alimentaire à la lumière de la guerre en Ukraine, « ne remettent pas en question notre priorité et garantissent également que nous faisons face aux défis posés par le changement climatique ».
« Plus généralement, la sécurité alimentaire restera une question hautement prioritaire », a souligné M. Scannell avant d’ajouter que les mesures ne devraient pas être introduites « aveuglément », mais plutôt en « trouvant de nouvelles alternatives plus innovantes ».