La possible union de l’Albanie et du Kosovo irrite la Serbie
L’idée d’unifier l'Albanie et le Kosovo pour redynamiser un processus d’adhésion à l’UE trop lent au goût des pays des Balkans a suscité un tollé parmi les responsables politiques serbes. Un article d’Euractiv Serbie
L’idée d’unifier l’Albanie et le Kosovo pour redynamiser un processus d’adhésion à l’UE trop lent au goût des pays des Balkans a suscité un tollé parmi les responsables politiques serbes. Un article d’Euractiv Serbie
Pour le Premier ministre albanais, Edi Rama une union entre son pays et le Kosovo ne serait pas écartée si cela pouvait aider ces deux pays des Balkans occidentaux à intégrer l’UE, a-t-il déclaré à déclaré à Politico. Une unification avec le Kosovo ne serait pas son vœu personnel, mais « une alternative possible pour ouvrir les portes de l’UE ».
La question des frontières dans les Balkans occidentaux est délicate depuis les guerres des années 1990, mais elle reste ouverte, étant donné que tous les pays de la région ambitionnent d’intégrer l’UE. Et les bonnes relations de voisinage sont un prérequis pour adhérer à l’Union.
Les pays de la région croient cependant de moins en moins à leur adhésion à l’Union, au vu des crises intérieures et extérieures de celle-ci.
Après les déclarations d’Edi Rama, le président du Kosovo, Hashim Thaci, a indiqué que si l’UE « fermait ses portes » au Kosovo, tous les Albanais de la région pourraient en effet se réunir en un seul et unique État afin que l’intégration européenne puisse suivre son cours.
Cependant, le Premier ministre kosovar, Isa Mustafa, ne croit pas en la possibilité d’une unification. Il a qualifié les commentaires d’Edi Rama de déclaration populiste. « Nous n’avons pas l’intention d’intégrer une union autre que l’UE. S’ils ne nous laissent pas rentrer par la porte, nous rentrerons par la fenêtre », a déclaré Isa Mustafa sur la chaîne de télévision kosovare KTV.
Les déclarations d’Edi Rama ont préoccupé les responsables serbes, qui ont également accusé l’UE et les États-Unis de ne pas avoir réagi à la menace portée aux intérêts serbes.
Belgrade estime la stabilité régionale menacée par l’Albanie
Le ministre serbe des Affaires étrangères, Ivica Dačić, a indiqué que les déclarations d’Edi Rama étaient « une nouvelle confirmation de la volonté des Albanais de créer une Grande-Albanie, ce qui constitue la plus grande menace contre la paix et la stabilité dans les Balkans et en Europe ».
Dans un communiqué de presse, le ministre a demandé à la communauté internationale « combien de temps » celle-ci comptait « encore rester silencieuse face aux menaces reçues par la Serbie ».
« Je demande à la communauté internationale ce qu’il se passerait si le Premier ministre serbe, Aleksandar Vučić, annonçait l’unification de la Serbie et de la République serbe de Bosnie en cas d’impossibilité d’adhérer à l’UE. Je suis certain que tout le monde réagirait, accusant la Serbie de menacer la paix », a indiqué Ivica Dačić.
« C’est pourquoi je demande à l’UE, aux États-Unis, au Royaume-Uni et à d’autres : combien de temps prévoyez-vous de rester silencieux face aux menaces reçues par la Serbie? Votre silence est-il synonyme de consentement? » s’est-il interrogé.
Pour l’UE, une ingérence politique dérangeante
Maja Kocijančič, la porte-parole de la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a répondu à Edi Rama que « toute forme d’ingérence politique entraverait la consolidation de bonnes relations de voisinage ».
Elle a indiqué au partenaire d’Euractiv Serbie, BETA, que les Balkans occidentaux avaient des perspectives européennes claires, comme cela a été récemment confirmé par le Conseil européen. « Nous travaillons avec tous les partenaires dans la région pour atteindre ce but, en se basant sur les principes de réconciliation et de coopération régionale », a souligné Maja Kocijančič.
Réconciliation
L’OTAN a fait part de sa « préoccupation concernant la dernière détérioration de la situation en matière de sécurité » dans les Balkans occidentaux et a indiqué « encourager vivement les dirigeants de la région à prendre leurs responsabilités et à continuer sur la voie du dialogue et de la réconciliation ».
« L’OTAN et d’autres intervenants de la communauté internationale ont pour rôle de d’aider ces pays, mais la résolution des problèmes dans la région doit venir des Balkans eux-mêmes », a précisé un représentant de l’alliance au siège de Bruxelles.
Concernant la menace de la création d’une « Grande-Albanie » prônée par Edi Rama, le responsable a souligné que l’OTAN et l’UE avaient tout intérêt à ce que les Balkans occidentaux soient stables.
« La stabilité et la sécurité de la région contribueront à la stabilité en Europe », a-t-il indiqué. « L’OTAN maintiendra sa présence et son engagement dans les Balkans occidentaux, également pour sa mission KFOR. La KFOR continuera à jouer un rôle important et à soutenir le peuple kosovar, conformément au mandat des Nations unies », a précisé le responsable.