Sergueï Lavrov à Malte cette semaine pour une première visite dans l’UE depuis l’invasion russe de l’Ukraine
Moscou a annoncé que le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, se rendra jeudi 5 et vendredi 6 décembre à Malte pour une réunion ministérielle de l’OSCE. Il s’agit de son premier déplacement dans l’UE depuis le début de l’invasion lancée par la Russie en février 2022.
Cet article a été mis à jour avec des informations concernant la crise que traverse l’OSCE.
Moscou a annoncé mercredi 4 décembre que le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, sous sanctions européennes, se rendra jeudi et vendredi à Malte pour une réunion ministérielle de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Il s’agit de son premier déplacement dans l’Union européenne (UE) depuis le début de l’invasion à grande échelle lancée par la Russie en février 2022.
L’Ukraine, qui enverra également son représentant à la réunion, n’a pas réagi à cette annonce dans l’immédiat.
« Les 5 et 6 décembre, le ministre russe des Affaires étrangères et une délégation russe participeront à la prochaine réunion du Conseil ministériel de l’OSCE » à Malte, a déclaré la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, lors de son briefing quotidien.
Cette visite intervient en pleines spéculations sur le lancement d’un éventuel processus de paix autour de l’Ukraine, soutenue militairement par les pays de l’UE, et à un mois et demi du retour à la Maison-Blanche de l’imprévisible Donald Trump, qui fait craindre l’arrêt de l’aide vitale des Américains pour les Ukrainiens.
Le chancelier allemand Olaf Scholz a été le premier dirigeant occidental à reprendre lien avec Vladimir Poutine, mi-novembre lors d’un appel téléphonique, le premier entre les deux dirigeants depuis fin 2022.
Cette initiative de Berlin a provoqué la colère de Kiev — le président ukrainien Volodymyr Zelensky estimant que Olaf Scholz avait ouvert « la boîte de Pandore » —, et l’incompréhension d’autres chancelleries, déterminées à continuer à armer Kiev pour arriver en position de force à la table des négociations face à Moscou une fois le moment venu.
La dernière visite de Sergeï Lavrov dans l’Union européenne remonte à décembre 2021 en Suède, selon son ministère, à l’occasion d’une autre réunion de l’OSCE.
Depuis que Vladimir Poutine a ordonné à son armée d’attaquer l’Ukraine le 24 février 2022, les échanges diplomatiques entre Sergeï Lavrov et les Occidentaux se limitent principalement aux réunions de l’Organisation des Nations unies (ONU) à New York.
Fin 2023, le chef de la diplomatie russe s’était rendu en Macédoine du Nord, pays non membre de l’UE appartenant à l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord (OTAN), pour une autre réunion de l’OSCE.
Sa présence à Skopje avait poussé plusieurs pays — l’Ukraine, les pays baltes et la Pologne — à boycotter ce rassemblement ministériel.
Les autres participants avaient, dans leur immense majorité, pris à partie Sergeï Lavrov, dénonçant tour à tour une « agression injustifiée et injustifiable », même si le ministre russe n’avait pas tout entendu, ayant quitté la salle de réunion à plusieurs reprises.
L’hôte de la précédente rencontre de l’OSCE, la Pologne, avait refusé d’accueillir le responsable politique russe en 2022. Malte, quant à elle, a insisté sur le fait que Sergeï Lavrov faisait l’objet d’un gel des avoirs de la part de l’UE, mais qu’il pouvait voyager dans le bloc. Sa visite a pour objectif de « garder certains canaux de communication ouverts », une position de plus en plus adoptée par d’autres États membres à l’égard de la Russie.
Le ministre russe des Affaires étrangères a été invité à déjeuner ce jeudi, mais ne sera pas autorisé à participer à un dîner où les discussions porteront sur l’agression russe contre l’Ukraine, auquel assistera possiblement le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriy Sybiha, qui a confirmé sa présence à Malte.
En outre, la plupart des diplomates occidentaux participant aux discussions de l’OSCE, y compris le secrétaire d’État américain Antony Blinken, ont déclaré qu’ils n’avaient pas l’intention de rencontrer directement Sergueï Lavrov.
Une organisation en crise
L’OSCE, une organisation fondée en 1975 pour apaiser les tensions entre l’Est et l’Ouest pendant la Guerre froide, est plongée dans une crise institutionnelle depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. L’organisme avait également été en partie rendu responsable de l’échec des accords de Minsk, censés régler le conflit dans l’est de l’Ukraine en 2014.
Ses 57 pays participants — les États membres de l’UE, la Turquie, les pays d’Asie centrale, le Royaume-Uni, le Canada, les États-Unis, l’Ukraine et la Russie — ont été aux prises avec des dissensions internes, alors que Moscou a opposé son veto à plusieurs décisions majeures nécessitant un consensus.
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré mercredi que Moscou devrait profiter du sommet pour dénoncer la « crise institutionnelle » de l’OSCE.
« La crise institutionnelle actuelle de l’OSCE résulte des actions destructrices de plusieurs pays occidentaux qui utilisent cette plateforme pour leurs intérêts », a déclaré le ministère.
Arguant que l’organisme avait été « ukrainisé », Moscou s’est de plus en plus tourné vers une coopération plus étroite avec des organisations dirigées par la Russie, telles que l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) ou les BRICS — un groupe de pays composé du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine, de l’Afrique du Sud, de l’Iran, de l’Égypte, des Émirats arabes unis et de l’Éthiopie.
En raison de désaccords entre les pays participants, les postes de secrétaire général et de trois autres hauts fonctionnaires sont vacants depuis septembre, faute d’accord sur leurs successeurs.
La secrétaire générale sortante, l’Allemande Helga Maria Schmid, avait été nommée en décembre 2020 pour un mandat de trois ans, mais son mandat avait été prolongé jusqu’en septembre.
Les ambassadeurs se sont mis d’accord sur le diplomate turc Feridun Sinirlioglu pour lui succéder, a indiqué une source diplomatique à l’AFP, mais la décision doit être approuvée par les ministres à Malte.
Ces derniers devront également se mettre d’accord sur le pays qui présidera l’OSCE en 2026 et 2027.
La Russie a empêché l’Estonie, membre de l’OTAN, d’assurer la présidence cette année, alors qu’en 2025, c’est la Finlande, qui a rejoint l’OTAN l’année dernière, qui en assurera la présidence.
L’OSCE envoie des observateurs lors de conflits et d’élections dans le monde entier. Elle gère également des programmes visant à lutter contre la traite des êtres humains et à garantir la liberté des médias. Mais ses efforts ont été entravés par l’impossibilité de se mettre d’accord sur un budget depuis 2021. Ce désaccord provient principalement de la demande de la Russie de réduire le budget du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’Homme (BIDDH) de l’organisation, qui surveille les élections et que Moscou considère comme politiquement partial.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]