Slovaquie : des élections cruciales dans la crainte d'un retour des nationalistes pro-russes
La Slovaquie est à la veille d’élections législatives cruciales. La campagne a mis en évidence un fossé profond entre les sentiments nationalistes, représentés par l’ancien premier ministre socialiste Robert Fico, et les forces liébrales incarnées par le parti « Progressive Slovakia ».
La Slovaquie est à la veille d’élections législatives cruciales qui se tiendront samedi (30 septembre). La campagne a mis en évidence un fossé profond entre les sentiments nationalistes, représentés par l’ancien premier ministre socialiste Robert Fico, et les forces libérales incarnées par le parti « Progressive Slovakia ».
Le pays a été marqué par une grande instabilité politique au cours des cinq dernières années, qui ont été le théâtre de l’ascension et de la chute de quatre dirigeants et de mouvantes dynamiques de coalition. Des conflits internes et une mauvaise gestion gouvernementale, notamment pendant la pandémie de la Covid-19, ont exacerbé ces turbulences.
Après avoir démissionné de son poste de Premier ministre à la suite de l’assassinat du journaliste Ján Kuciak, Robert Fico (SMER, groupe des socialistes au Parlement européen) a fait un retour remarquable. Il est aujourd’hui en tête des sondages avec 21 % d’opinions favorables.
La campagne de M. Fico a pris un ton résolument nationaliste et socialement conservateur, soulevant des questions sur le soutien à l’Ukraine et critiquant avec véhémence les sanctions contre la Russie.
Les alliés potentiels de la coalition sont le parti d’extrême droite République (sans affiliation au Parlement européen) ou le parti national-conservateur SNS (affilié au parti conservateur-réformiste CRE). Toutefois, il manquerait environ 12 sièges aux trois partis pour former une majorité de gouvernement.
« Une telle coalition pourrait adopter une politique envers l’UE proche de celle de la Hongrie, mais son impact dépendrait largement de sa force », a déclaré Jozef Lenč, politologue à l’Université de Trnava, à Euractiv.
« Dans le scénario d’une majorité constitutionnelle potentielle, l’alignement sur la politique européenne de la Hongrie serait probablement plus prononcé, tandis qu’une coalition plus faible pourrait avoir un effet moins prononcé. Si une telle coalition ne se matérialise pas, je pense que notre politique européenne restera largement inchangée », a-t-il ajouté.
INTENTION DE VOTE :
L’autre possibilité
Le parti Progressive Slovakia (PS, affilié aux centristes de Renew Europe), dirigé par Michal Šimečka, représente la faction libérale de l’élection. Il défend un programme pro-occidental, pro-UE et pro-OTAN.
D’après les sondages, le PS recueillerait 17 % des suffrages et constituerait une alternative libérale au programme nationaliste de M. Fico.
Les partenaires potentiels d’une coalition gouvernementale autour du PS seraient les démocrates-chrétiens (KDH, affilié aux démocrates-chrétiens européens du PPE) et le parti libertaire SaS/SASKA (affilié au CRE). Le parti Koalícia OĽANO (PPE) pourrait être un autre partenaire potentiel. Toutefois, l’alliance entre le centre et les partis de droite obtiendraient des résultats juste en dessous du seuil requis pour la constitution d’une liste multipartite. Il manque à ce jour 23 sièges à l’actuelle coalition tripartite pour obtenir une majorité.
Le parti de centre gauche HLAS (24 sièges prévus) pourrait entrer dans un gouvernement avec l’un ou l’autre bloc, ce qui en ferait en quelque sorte un faiseur de rois.
La Slovaquie utilise un système de représentation proportionnelle de liste couplé à des seuils électoraux stricts, ce qui complique l’obtention de sièges parlementaires. Les partis doivent atteindre les seuils suivants : 5 % pour une liste à parti unique, 7 % pour les coalitions composées de deux ou trois partis, et 10 % pour les coalitions plus importantes.
La formation d’un gouvernement de coalition stable est devenue de plus en plus difficile en raison de la fragmentation du paysage politique. L’issue des élections reste incertaine et le rôle des petits partis se situant autour des seuils électoraux sera déterminant dans la formation de coalitions.
La désinformation a joué un rôle important dans la campagne électorale, notamment dans la diffusion de fausses informations affectant la perception du public sur des questions cruciales telles que la guerre en Ukraine.
(Tobias Gerhard Schminke | Europelects – Reportage complémentaire de Barbara Zmušková)