Sobriété énergétique : la France dévoile un plan « ambitieux », mais sans mesures contraignantes

Le gouvernement français a dévoilé jeudi (6 octobre) son plan de sobriété énergétique pour les deux hivers à venir. Il souhaite ainsi réduire la consommation énergétique de 10 %, mais sans mesures contraignantes.

Euractiv France
Press conference after meeting with energy providers in Paris
Bruno Le Maire (D), ministre français de l'économie, Agnès Pannier-Runacher (G), ministre français de la transition énergétique et Roland Lescure (C), ministre français délégué à l'industrie traversent les couloirs du ministère de l'économie avant le début de la conférence de presse suivant la réunion avec les principaux fournisseurs d'énergie français à Paris, France, 05 octobre 2022. [TERESA SUAREZ / EPA - EFE]

Le gouvernement français a dévoilé jeudi (6 octobre) son plan de sobriété énergétique pour réduire de 10% la consommation énergétique française d’ici à 2024, mais sans mesures contraignantes, comme le demande pourtant la Commission européenne.

Pour répondre à la crise énergétique et aux risques de tensions sur le réseau électrique français, la Première ministre, Elisabeth Borne, annonçait le 23 juin un plan de sobriété énergétique pour chaque secteur de l’économie française.

Après quatre mois de concertations, « le mot d’ordre est claire : mobilisation générale », a déclaré la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, en conférence de presse de présentation du plan de sobriété.

Pour réduire de 10% la consommation énergétique en 2 ans, le gouvernement prévoit d’abord 15 mesures phares, de la réduction du chauffage à 19 degrés maximum dans les bureaux à l’incitation au covoiturage.

Le plan prévoit également des mesures spécifiques pour chacun des neuf secteurs économiques et sociaux ciblés : État ; entreprises et organisations du travail ; établissements recevant du public et les grandes surfaces ; industrie ; logement ; transport ; numérique et télécommunication ; sport ; collectivités territoriales.

Enfin, des « écogestes » sont préconisés pour les particuliers, de la réduction du temps des douches à la mise à l’arrêt des équipements électroménagers lorsqu’ils sont en veille trop longtemps. 

Pour la Première ministre, il s’agit ainsi d’agir « sur toute la gamme des économies d’énergie ».

Pas de mesures contraignantes

Et si le gouvernement insiste sur la nécessité particulière de réduire la consommation énergétique pendant les heures de pointe — entre 8 heures et midi et entre 18 et 20 heures —, il ne fixe pas d’objectifs contraignants.

« Il n’y aura pas de police de la température », a déclaré en ce sens Agnès Pannier-Runacher jeudi matin (6 octobre) au micro de RTL.

Or, dans sa feuille de route présentée le 14 septembre, la Commission européenne prévoit justement un objectif contraignant de réduction de 5 % de la consommation énergétique durant les 10 % d’heures de pointe pour lesquelles le prix attendu est le plus élevé.

Le Conseil de l’UE a d’ailleurs acté jeudi soir (6 octobre) cet objectif contraignant. Les États membres resteront toutefois libres de choisir les moyens appropriés.

Seuls Malte et Chypre sont exemptés.

Cet objectif ainsi dans le prolongement de la réduction souhaitée de 15 % de la consommation de gaz adopté en juillet par les 27.

« Nous ne sommes pas dans les clous »

La ministre de la Transition énergétique se veut toutefois rassurante. Elle avance sur RTL que les prix de l’énergie devraient inciter d’eux-mêmes les entreprises et les ménages à agir.

À l’inverse, Thierry Bros, professeur en énergie à Science-Po Paris, déclare à EURACTIV France que « le signal prix n’est pas bon », à l’image de la ruée vers les stations-service de TotalEnergies. Cela a d’un côté accéléré les tensions que connaissait l’entreprise sur ses approvisionnements, et de l’autre maintenu le niveau de consommation.

M. Bros explique également que les mesures de sobriété sont impopulaires et insuffisantes pour atteindre l’objectif que s’est fixé le gouvernement, surtout s’il s’agit de faire durer la réduction de la consommation sur deux années.

Il rappelle en ce sens que 10 % de réduction de la consommation d’énergie primaire correspond à la baisse du niveau de consommation durant les confinements du Covid-19, alors même que l’économie tournait au ralenti.

Le gouvernement insiste pourtant lourdement sur le fait que ces mesures de sobriété n’ont pas vocation à réduire la production du pays.

« La sobriété énergétique, ce n’est pas […] faire le choix de la décroissance » réaffirme la Première ministre lors de la conférence de presse de présentation du plan de sobriété.

M. Bros rappelle également que la réduction de la consommation n’a été que de 1 % par an sur les dix dernières années. Par conséquent, « il faudra aller cinq fois plus vite sur les deux prochaines années » si la France souhaite atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés.

« Nous ne sommes pas dans les clous » en conclut donc le professeur. Pour lui, comme pour l’exécutif européen, « sans mesures contraignantes, il n’est pas possible » d’atteindre les objectifs.

Il reconnaît toutefois qu’il est toujours « nécessaire » de mettre en place des objectifs politiques « ambitieux ».

Selon le gouvernement, l’ensemble des mesures devraient tout de même permettre de réduire la consommation de l’ordre de 50 térawattheures (TWh) par an.

C’est aussi un premier pas vers la neutralité carbone qui va demander une réduction de la consommation énergétique de 40 % d’ici à 2050, rappelait la ministre de la Transition énergétique sur RTL.