Sommet de Grenade : l’unité européenne et l’aide à l'Ukraine d’abord, les autres crises européennes après
Alors que l’Ukraine a occupé le devant de la scène jusqu’à présent, une cinquantaine de dirigeants européens se sont réunis lors du troisième sommet de la Communauté politique européenne jeudi, et l’absence de progrès dans la médiation des autres crises européennes a dominé les débats.
Alors que l’unité et le soutien indéfectible à l’Ukraine ont occupé le devant de la scène jusqu’à présent, une cinquantaine de dirigeants européens se sont réunis lors du troisième sommet de la Communauté politique européenne (CPE), ce jeudi (5 octobre). L’absence de progrès dans la médiation des autres crises européennes a dominé les débats en marge du sommet.
Lorsque la Communauté politique européenne a été créée l’année dernière après la guerre russe en Ukraine pour favoriser la coopération entre les pays européens (de l’Islande au Caucase), c’était avec une image forte de plus de 40 dirigeants se réunissant pour le lancement, à Prague — et sans Vladimir Poutine.
La deuxième édition a réuni près de 50 dirigeants européens à Chişinău a été organisée en signe de soutien à la Moldavie, pays situé sur la ligne de front : une démonstration de force diplomatique vis-à-vis de la Russie.
Le soutien à l’Ukraine au centre de l’attention
Mais cette troisième fois, à Grenade, la démonstration de l’unité européenne a semblé un peu forcée.
C’est probablement le président ukrainien Volodymyr Zelensky qui a le mieux résumé l’objectif réel du sommet : « Le principal défi que nous avons à relever est de sauver l’unité en Europe, non seulement dans l’UE, mais dans toute l’Europe ».
Il a prévenu les dirigeants européens que la Russie pourrait reconstituer ses capacités militaires et attaquer d’autres pays dans les cinq ans à venir si le continent abaissait dans son soutien à Kiev.
Bien qu’il reste persuadé que l’engagement de Washington envers l’Ukraine ne faiblira pas à long terme, le soutien de l’Europe est devenu encore plus crucial après que le Congrès américain a exclu toute aide supplémentaire à Kiev d’un accord sur les dépenses nationales que la Maison-Blanche avait vigoureusement soutenu.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré à Grenade que l’Union travaillait sur un programme de soutien de 50 milliards d’euros, ajoutant qu’elle était « très confiante » quant au maintien de l’aide américaine à Kiev.
Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a toutefois prévenu les dirigeants que l’Europe ne serait pas en mesure de combler le déficit de financement laissé par les États-Unis : « Il est certain que nous pouvons faire plus. Mais les États-Unis sont irremplaçables pour le soutien de l’Ukraine ».
Le président français Emmanuel Macron a été l’un des nombreux à promettre un soutien continu de l’Europe à l’Ukraine.
« Il y a un engagement très profond, très fort, parce que nous savons tous que nous parlons de l’Europe et de la possibilité même d’une paix durable sur notre continent », a-t-il déclaré.
Certains pays ont également pris des engagements à Grenade, notamment l’Espagne, pays hôte, et l’Allemagne, dont le chancelier Olaf Scholz a déclaré que Berlin travaillait à la fourniture d’un système supplémentaire de missiles de défense aérienne Patriot à l’Ukraine.
Plusieurs dirigeants européens ont mis en garde le président russe Vladimir Poutine, qui parie sur le fait que l’Occident se lasse du soutien à long terme qu’il apporte à l’Ukraine, lui ouvrant ainsi la voie de la victoire.
Lors de la réunion de Grenade, M. Poutine, qui s’exprimait depuis la station balnéaire de Sotchi, sur la mer Noire, a accusé l’Occident d’avoir perdu le sens des réalités à propos de la guerre en Ukraine et a prévenu que si ses dirigeants avaient oublié le sens du compromis, le monde « verrait où mène une telle arrogance ».
« Je pense que la Russie veut que nous soyons fatigués », a déclaré la Première ministre estonienne Kaja Kallas aux journalistes. « Nous devrions leur montrer que ce n’est pas le cas. Nous devons aider l’Ukraine aussi longtemps qu’il le faudra. »
Arménie-Azerbaïdjan
Si l’ordre du jour officiel du sommet de jeudi (5 octobre) comportait des sujets tels que les transports, l’énergie et l’intelligence artificielle, ce sont les réunions et les apparitions en marge du sommet qui ont compté.
Ces discussions devaient porter sur les crises entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, ainsi qu’entre la Serbie et le Kosovo, qui se sont aggravées ces dernières semaines, alors que les efforts de médiation de l’Union européenne n’ont guère porté leurs fruits.
Les responsables politiques de l’UE ont dû renoncer à organiser une réunion avec le Premier ministre arménien Nikol Pachinian et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev au sujet du Haut-Karabakh, après que ce dernier s’est retiré du sommet.
De nombreux dirigeants européens ont condamné la décision de l’Azerbaïdjan le mois dernier de reprendre le contrôle d’une région séparatiste majoritairement peuplée d’Arméniens, ayant abouti à l’exode de 100 000 d’entre eux.
La Russie, puissance traditionnelle de la région, a refusé de venir en aide à l’Arménie lorsque l’Azerbaïdjan a lancé son offensive à la fin du mois de septembre.
À Grenade, M. Macron, M. Scholz et le président du Conseil européen, Charles Michel, ont réaffirmé leur « soutien indéfectible » à l’Arménie après avoir rencontré M. Pachinian.
« Ils ont également exprimé leur soutien au renforcement des relations UE-Arménie, dans toutes ses dimensions, sur la base des besoins de la République d’Arménie », ont-ils déclaré dans un communiqué commun.
S’adressant aux journalistes à l’issue de ces entretiens, M. Michel, qui supervise le processus de paix entre les deux pays du Caucase, a déclaré qu’il avait invité les dirigeants arméniens et azerbaïdjanais à se rencontrer à Bruxelles d’ici la fin du mois.
Mais une solution semble encore loin, d’autant plus que les pays de l’UE se sont jusqu’à présent démenés pour trouver une réponse à la crise et restent divisés sur la manière de faire face à une éventuelle nouvelle escalade.
Kosovo-Serbie
L’autre crise qui préoccupe les Européens est celle entre la Serbie et du Kosovo, dont les dirigeants n’ont pas cherché à se rapprocher à Grenade.
La présidente du Kosovo, Vjosa Osmani, a catégoriquement refusé de rencontrer le président de la Serbie, Aleksandar Vučić, demandant à l’UE de commencer par sanctionner Belgrade.
« Les sanctions d’abord, et ensuite nous pourrons parler du reste », a déclaré Mme Osmani aux journalistes à Grenade.
Les tensions entre Belgrade et Pristina se sont exacerbées lorsqu’un groupe de Serbes lourdement armés a pris d’assaut un village dans une région du Kosovo à majorité ethnique serbe le 24 septembre. Après l’incident, l’OTAN a renforcé sa présence de maintien de la paix et les États-Unis ont appelé la Serbie à mettre fin à son renforcement militaire à la frontière avec le Kosovo.
Le dernier cycle de négociations, qui s’est déroulé le mois dernier, s’est soldé par un échec diplomatique retentissant, ce qui a incité l’Union européenne à demander aux deux pays de « s’engager de manière constructive », faute de quoi leurs espoirs d’adhésion à l’UE risqueraient d’être réduits à néant.
Alors que les dirigeants se dirigeaient vers la pittoresque forteresse de l’Alhambra pour le dîner à la fin de la première journée, plusieurs diplomates ont déploré l’absence de résultats tangibles.
« La seule chose que nous ayons réussi à faire, c’est de ne pas montrer de désunion — jusqu’à présent », a ironisé un diplomate européen.
Les dirigeants des Vingt-Sept se réuniront séparément pour un sommet informel de l’UE vendredi (6 octobre), au cours duquel la migration devrait éclipser les discussions. Or elles étaient censées porter sur l’agenda stratégique futur de l’Union et lancer un débat très attendu sur la réforme et l’élargissement.