Sommet franco-italien sous haute tension
A Rome, les dirigeants français et italien vont tenter de rendre plus sereines les relations entre les deux pays mal en point à cause de la crise libyenne et l’afflux d’immigrants d’Afrique du Nord en Europe.
A Rome, les dirigeants français et italien vont tenter de rendre plus sereines les relations entre les deux pays mal en point à cause de la crise libyenne et l’afflux d’immigrants d’Afrique du Nord en Europe.
A l’approche de ce 29ème sommet franco-italien, mardi 26 avril à Rome, la France a jeté un pavé dans la mare. Paris a annoncé vouloir revoir les « clauses de sauvegarde » des accords de Schengen sur la libre circulation des personnes en Europe, afin de pouvoir rétablir, le cas échéant, des contrôles aux frontières nationales.
« L’Europe, ce n’est pas la libre circulation des immigrants illégaux », a dit au Journal du Dimanche le ministre français des Affaires européennes, Laurent Wauquiez. « La France veut étudier la possibilité de pouvoir rétablir les contrôles aux frontières (intérieures) en cas d’afflux majeur aux portes de l’Union. »
Selon l’Elysée, le président français proposera au chef du gouvernement italien une initiative commune en ce sens. Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, a toutefois assuré dimanche 24 avril que « la France ne veut pas suspendre Schengen ».
De son côté, le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, a admis dans le quotidien Il Sole 24 Ore que le traité de Schengen avait besoin d’une « révision » pour être adapté aux nouvelles réalités.
Rome et Paris proposeront par ailleurs 10 milliards d’euros de crédits européens pour les pays du sud de la Méditerranée et la réactivation d’un projet de banque méditerranéenne pour le financement de PME dans ces pays, a précisé Franco Frattini.
Manque de solidarité européenne
Les crises tunisienne et libyenne ont entraîné depuis janvier l’afflux d’environ 25 000 immigrés illégaux en Italie. Le pays leur a accordé des titres temporaires de séjour qui leur ouvre la porte des 23 autres pays de l’espace Schengen.
Le ministre français de l’Intérieur, Claude Guéant, a dit que la France refusait de « subir » cet afflux d’immigrants. Le gouvernement italien s’est plaint, pour sa part, du manque de solidarité de ses partenaires européens.
Malgré un accord conclu le 8 avril par Claude Guéant et son homologue italien, Roberto Maroni, le ton a continué de monter entre Paris et Rome, notamment après le blocage par la France, le 17 avril, de trains venant de la gare italienne de Vintimille.
La Ligue du Nord, parti populiste auquel appartient Roberto Maroni, a ainsi appelé au boycottage des produits français.
Les Italiens, qui entretiennent d’importantes relations avec leur ex-colonie et étaient initialement opposés à toute option militaire en Libye, n’ont pas non plus caché leur irritation face à l’activisme français au côté des insurgés libyens.
« Si nous n’étions pas d’accord au départ, nous le sommes très largement aujourd’hui », assure cependant l’Elysée. « Comme la France, l’Italie a décidé de reconnaître le Conseil national de transition (libyen), est en faveur d’un dégel des fonds libyens en faveur du CNT, estime légale la livraison d’armes aux forces du CNT et juge indispensable le départ de Kadhafi. »
Des intérêts différents
Les Italiens n’en continuent pas moins à soupçonner la France de vouloir renforcer à leurs dépens ses positions économiques en Libye, notamment dans le domaine pétrolier.
« Nous sommes bien conscients de ce qui est en jeu en Libye et nous savons que nos intérêts et ceux de la France là-bas ne coïncident pas nécessairement », souligne un haut responsable.
Autre sujet d’irritation à Rome : les tentatives répétées de groupes français de prendre le contrôle de fleurons industriels italiens, comme EDF avec Edison dans l’énergie ou Lactalis avec Parmalat dans l’agroalimentaire.