Stress test en cours pour le système énergétique européen
La Commission est en train de mener une évaluation du système d'approvisionnement en gaz de l'Europe. Préoccupée par la sécurité énergétique, elle incite les États membres à coopérer sur le sujet.
La Commission est en train de mener une évaluation du système d’approvisionnement en gaz de l’Europe. Préoccupée par la sécurité énergétique, elle incite les États membres à coopérer sur le sujet.
Lors de son discours devant le Conseil européen, mercredi 16 juillet, le président Barroso a déclaré que la Commission s’était lancée dans un nouveau « stress test » sur la question du gaz transitant via l’Ukraine. Après les banques et les centrales nucléaires, la question de la sécurité énergétique préoccupe Bruxelles.
La question de stress tests nationaux avait déjà été évoquée lors de la publication d’un rapport sur la sécurité énergétique en Europe. L’opération vise cette fois à suggérer des solutions aux risques identifiés. Les résultats de cette étude de risque seront présentés au Conseil européen du mois d’octobre, ce qui en fait un des derniers grands chantiers de la Commission Barroso.
L’enjeu de la sécurité énergétique implique certains pays plus que d’autres : l’Allemagne et les pays de l’Est notamment, la Pologne ou la Romanie.
Dans son rapport publié au printemps, la Commission évoquait toutes les sources d’énergie, tout en se concentrant sur le gaz. Utilisé pour produire de l’électricité, de la chaleur ainsi que dans l’industrie chimique, l’hydrocarbure est en effet l’énergie la plus vulnérable dans le cadre de la crise ukrainienne
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La Commission a proposé de se concentrer sur les pays les plus exposés aux problèmes potentiels, en accentuant le stockage dans les zones à risque, comme en Lettonie sur le site d’In?ukalns dont la capacité de stockage atteint presque 5 milliards de mètres cubes. La Commission encourage également la signature d’accord pour organiser des flux inversés, comme celui conclu entre l’Ukraine et la Slovaquie.
L’organisation de « stress tests » avant l’hiver prochain vise à anticiper des problèmes éventuels, et à situer les zones à risques où des solutions de back-up doivent être mises en place.
Le stockage obligatoire
En matière de pétrole, l’UE impose des stocks minimums à ses États membres, tout comme l’OCDE, depuis la crise des années 1970. Les États membres doivent disposer d’un minimum de 90 jours de consommation en permanence.
Pour le gaz, la contrainte est nouvelle. En réaction aux crises hivernales de 2006 et 2009, l’UE contraint les États membres à être capables d’assurer les pics de demande de gaz même en cas de problèmes affectant les infrastructures les plus importantes.
Enfin la Commission songe à une mise en commun des stocks de sécurité en cas de problème au sein de l’Agence Internationale de l’Énergie.
Bruxelles incite aussi les États membres à accélérer les coopérations bilatérales en matière de sécurité énergétique, un enjeu particulièrement important entre la France et l’Allemagne. « Les États membres doivent coordonner leurs systèmes de génération d’électricité avec leurs voisins. Dans le cas de l’électricité, la sécurité énergétique est assurée par la stabilité du réseau » précise le rapport de l’exécutif européen.
Coopérations bilatérales
Si la France peut difficilement fournir à l’Allemagne le gaz qui lui manque, les enjeux d’interconnexion font l’objet de discussions récurrentes. Les deux pays ont mis en place une structure d’information bi-nationale sur les énergies renouvable, l’Office franco-allemand pour les énergies renouvelables (DBE).
En matière d’électricité, les industriels tentent également de s’organiser. L’Union française de l’électricité et le BDEW, le syndicat des « utilities » outre-Rhin, viennent ainsi d’appeler à plus de coopération dans la question de la gestion des capacités de production, dans le cadre d’un courrier commun. Elles visent à mettre en place une meilleure collaboration entre les deux pays sur la sécurité énergétique.
La France veut mettre en place, à partir de 2016, des certificats de capacités qui pourront se traiter sur un marché, pour garantir la disponibilité des capacités de production. Le système vise aussi à donner une valeur à la capacité disponible. Il vise non pas à inciter de nouvelles capacités, mais à assurer la disponibilité des capacités existantes, en renchérissant le coût de l’énergie en période de pointe. Le mécanisme, déjà adopté en France semble suspect à Bruxelles, où l’on y voit surtout un coup de pouce à EDF et GDF, les deux opérateurs historiques.
En Allemagne, un système proche est à l’étude, avec un design un peu différent. Il s’agit du marché décentralisé de capacité.
« Les deux démarches peuvent être convergentes et une mise en œuvre coordonnée est possible » ont assuré le 17 juillet le BDEW et l’UFE, dans un courrier commun adressé à Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, et Sigmar Gabriel, ministre de l’Économie et de l’Énergie.
« Si l’on veut vraiment avoir des approvisionnements sécurisés, c’est la seule solution » assure Jean-François Raux, délégué général de l’UFE, qui imagine un marché de capacité international entre la France, l’Allemagne, puis le Benelux et l’Autriche. Un axe d’échange déjà opérationnel en matière d’interconnexion électrique, mais qui pourrait l’être encore plus.
« Un mécanisme portant sur les capacités de réserve ne doit pas être axé sur le seul marché national, mais doit être conçu dans la perspective européenne » précisait la Commission lors d’une communication sur les aides publiques dans le secteur de l’électricité, en octobre dernier.