La Commission européenne sous pression pour accroître la diversité nationale parmi son personnel
La Commission européenne est de plus en plus critiquée pour le déséquilibre entre les nationalités au sein de son personnel, où certains groupes — Italiens, Belges et Grecs notamment — restent surreprésentés. Malgré un nouveau plan visant à corriger ces écarts, plusieurs États membres estiment que les mesures annoncées sont insuffisantes.
Le commissaire européen à l’Administration publique, Piotr Serafin, a présenté ce mois-ci un plan visant à améliorer la représentation de pays comme le Danemark, la Suède, les Pays-Bas l’Autriche, la République tchèque ou encore le Luxembourg au sein de la Commission. Mais pour certains diplomates concernés, ces efforts arrivent trop tard.
« Rien ne garantit que ces mesures suffiront à combler le fossé », explique un diplomate d’un pays sous-représenté. « Il aurait fallu agir avant. Le problème reste très grave et nous ne savons toujours pas si ces mesures permettront de le résoudre dans un avenir proche. »
Vendredi dernier (21 novembre), les ambassadeurs des États membres ont examiné les propositions de Piotr Serafin. Plusieurs pays sous-représentés ont appelé à des mesures plus strictes, notamment des quotas de nationalités. Un document présenté par la délégation danoise et consulté par Euractiv évoquait aussi la possibilité de « mesures supplémentaires » — non détaillées — si les résultats ne sont pas au rendez-vous malgré les dernières actions.
Un déséquilibre qui persiste
Le plan du commissaire Serafin prévoit notamment que chaque service de la Commission interviewe au moins un candidat d’un État sous-représenté pour tout poste ouvert. En cas d’égalité parfaite entre deux candidats, la priorité devrait également aller à celui issu d’un pays manquant de représentation.
Un document de l’UE de 2025 basé sur les chiffres de 2024 pour différentes institutions, consulté par Euractiv, montre que le déséquilibre persiste malgré des années d’engagements pour y remédier.
« Ce que l’on constate surtout lorsque l’on se projette vers l’avenir, avec le départ à la retraite de personnes occupant des postes de haut niveau, c’est que pour certains États membres, la situation va en fait s’aggraver à long terme », souligne le diplomate susmentionné.
Alors que la cohorte d’eurocrates des États du sud, en particulier l’Italie et la Grèce, continue de croître, les Européens du nord sont beaucoup moins nombreux à travailler à la Commission et dans ses agences. Les ressortissants néerlandais, suédois et danois restent nettement sous-représentés.
« La Commission fait un très mauvais travail », déplore un diplomate nordique. « Nous sommes en fait dans une situation pire que lorsque nous avons pris conscience de ce problème. »
Une situation qui ne change pas, même si la Commission avait élaboré en 2022 une stratégie visant à corriger les disparités nationales.
Débutants vs senior
Au sein des institutions européennes, la sous-représentation est particulièrement marquée au niveau des postes de débutants, et elle s’est accentuée depuis que la Commission a commencé à suivre les chiffres en 2017.
Cette année-là, dix États membres de l’UE étaient sous-représentés, dont l’Allemagne et la France. En 2021, ce nombre était passé à treize. L’année dernière, il s’élevait à douze, la France ayant rattrapé son retard, même si les Allemands sont encore à la moitié de leur objectif en matière de représentation.
Sans surprise, la Belgique, où sont basés la plupart des fonctionnaires de l’UE, est la plus surreprésentée. Alors que la Commission recommande que 3,1 % du personnel soit belge, les Belges représentent 8,5 % du personnel du Parlement, de la Commission, du Conseil et du Service européen pour l’Action extérieure (SEAE).
Les Italiens comptaient pour 16 % des recrutements débutants fin 2024, là encore au-dessus de leur cible de 11 % fixée par la Commission. La Grèce doublait quant à elle son objectif, avec 6,3 % du personnel débutant.
La France, l’Espagne et l’Allemagne affichaient respectivement 12 %, 11,4 % et 7,9 %. L’Allemagne, en particulier, est loin de l’objectif recommandé de 13,8 %.
« Les raisons de cette sous-représentation sont diverses », confie un porte-parole de la Commission à Euractiv. « Elles peuvent être spécifiques à un certain État membre, par exemple liées à des facteurs économiques tels qu’un marché du travail national solide. »
Le concours européen, maillon faible du système
L’une des principales causes de ce déséquilibre est le principal concours de la fonction publique européenne, qui dysfonctionne depuis 2019.
Cet examen, indispensable pour obtenir un poste à long terme à la Commission, a été perturbé par de multiples problèmes techniques. Au début de l’année par exemple, près de 10 000 candidats à des postes de traducteurs ont dû repasser leur examen, car la plateforme en ligne autorisait plusieurs réponses correctes alors qu’il n’aurait dû y en avoir qu’une seule.
Le système, décrit comme « pouvant être considéré comme complexe et lourd » dans le document danois, ne parvient plus à alimenter correctement le vivier de la fonction publique européenne.
Selon trois diplomates européens, il en résulte que les nationalités bien implantées dans les institutions sont favorisées. En effet, les fonctionnaires en poste peuvent recommander des compatriotes pour des postes temporaires, les aidant ainsi à accéder au concours interne pour des fonctions à plus long terme. Ces concours internes fonctionnent mieux. Cela peut créer un cercle vicieux, exacerbant encore le déséquilibre.
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