Taxe tobin : la campagne électorale s’immisce entre Sarkozy et Merkel

Le président de la République se rend à Berlin, lundi 9 janvier. Contre toute attente, Paris veut jouer les francs-tireurs sur ce dossier. En France, le patronat et la finance sont vent debout contre le projet.

EURACTIV.fr
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Le président de la République se rend à Berlin, lundi 9 janvier. Contre toute attente, Paris veut jouer les francs-tireurs sur ce dossier. En France, le patronat et la finance sont vent debout contre le projet.

Au G20, à Bruxelles, en France, le sujet de la taxe sur les transactions financières revient régulièrement depuis plusieurs années. 

Mais la volonté du Président français de se lancer seul dans l’aventure a surpris tout le monde à commencer par l’Allemagne. Alors que la campagne électorale a commencé en France, Nicolas Sarkozy a averti, vendredi 6 janvier, que Paris n’excluait pas d’avancer seule si elle ne ralliait pas ses partenaires à sa démarche.

Mais la tâche risque d’être plus qu’ardue. Et il semble peu probable que Berlin et Rome cèdent aux sirènes électoralistes françaises. L’Allemagne et le président du Conseil italien Mario Monti ont fait savoir qu’ils n’aimaient guère l’idée d’une initiative précipitée et solitaire, jugée périlleuse par des économistes.

Agir au plan européen

Le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, a rappelé que l’objectif restait pour Berlin l’introduction d’une telle taxe au niveau de l’UE.

« Il faut une perspective européenne à laquelle nous travaillons tous », a pour sa part déclaré, vendredi 6 janvier à Paris, Mario Monti, pour qui cela « doit concerner au moins la zone euro ».

Porté à l’origine par des ONG comme Attac, la taxe a repris du poil de la bête en 2011. Dans son projet présenté fin septembre, la Commission propose de prélever 0,1% sur les actions et les obligations et 0,01% sur les autres produits financiers. Elle pourrait rapporter 57 milliards d’euros par an selon Bruxelles.

Censée à l’origine financer l’aide au développement, la taxe pourrait aujourd’hui aider les pays européens à renflouer leurs caisses. Le Royaume-Uni, dont la City de Londres concentre la grande majorité des transactions en Europe, est vent debout contre ce projet.

« Si les Français veulent avancer vers une taxe sur les transactions dans leur pays, alors ils devraient être libres de le faire », a réitéré David Cameron à la BBC dimanche 8 janvier. 

De leur côté les États-Unis refusent encore d’envisager l’idée sérieusement.

« Mauvais coup pour l’économie » 

Avant les déclarations surprises du président français, Paris et Berlin avaient prévu de faire des propositions communes sur la taxe sur les transactions financières le 23 janvier. 

En France, la présidente du Medef, Laurence Parisot, a déclaré, dimanche 8 janvier sur TV5 Monde et RFI, que si la France était seule à mettre en place la taxe, « il y aurait immédiatement une délocalisation massive » des activités financières. Ce serait « un mauvais coup pour le financement de l’économie », a-t-elle ajouté. 

Même son de cloche du côté de l’association Paris-Europlace, qui rassemble l’ensemble des acteurs de la finance française. Dans un communiqué, elle déclare « son opposition à la mise en place d’une taxe sur les transactions financières qui, si elle n’était pas européenne, affaiblirait l’économie française».