Tensions entre le Kosovo et la Serbie : la France et l’Allemagne appellent à de nouvelles élections
Le Kosovo et la Serbie ont tenu des pourparlers jeudi pour résoudre une crise politique qui a basculé dans la violence la semaine dernière, tandis que la France et l’Allemagne ont proposé de nouvelles élections dans les zones contestées.
Le Kosovo et la Serbie ont tenu des pourparlers jeudi (1er juin) sous la pression européenne pour résoudre une crise politique qui a basculé dans la violence la semaine dernière. La France et l’Allemagne les ont pressés de prendre des mesures rapides pour atténuer les tensions.
La présidente du Kosovo, Vjosa Osmani, et le président de la Serbie, Aleksandar Vučić, se sont brièvement rencontrés en présence du président français Emmanuel Macron, du chancelier allemand Olaf Scholz ainsi que du chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell, en marge du sommet de la Communauté politique européenne (CPE) en Moldavie ce jeudi.
Plus tôt dans la journée, aucun des deux dirigeants n’avait souhaité rencontrer son homologue, mais ils ont finalement cédé aux pressions internationales.
La situation dans le nord du Kosovo, région à majorité serbe, s’est détériorée vendredi dernier (26 mai) lorsque les autorités kosovares, soutenues par des unités de police spéciales, ont installé les maires d’origine albanaise élus dans des bureaux des municipalités du nord.
Ces maires ont été élus lors d’une élection particulière qui a suivi la démission de masse de fonctionnaires serbes en novembre 2022. Bien que ces élections aient été considérées comme légitimes par la communauté internationale, le taux de participation d’environ 3,5 % a conduit à des appels à ne pas laisser les maires d’origine albanaise prendre leurs fonctions.
Cette décision a entraîné des protestations et des affrontements au cours desquels plus de 30 Casques bleus de l’OTAN, des manifestants, des policiers kosovars et des journalistes ont été blessés.
Vers de nouvelles élections ?
S’exprimant après les discussions à Chișinău, Emmanuel Macron et Olaf Scholz ont appelé à de nouvelles élections, et ce « dès que possible », dans les quatre municipalités pour lesquels les résultats sont contestés dans le nord du Kosovo.
Ils insistent également sur le fait que Belgrade doit encourager la participation des Serbes du nord du Kosovo lors de ces élections, la Serbie ayant exhorté les Serbes de la région à ne pas participer au précédent scrutin.
Le président français a déclaré que Mme Osmani et M. Vučić avaient accepté d’examiner le plan présenté par la France et l’Allemagne afin d’apaiser les tensions au Kosovo.
Le président français a ajouté qu’ils avaient également poussé le Kosovo à s’engager à créer une Association des municipalités à majorité serbes, considérée comme un moyen de donner aux Serbes du nord une plus grande autonomie.
La création de l’Association a été convenue en 2013, mais n’a pas été mise en œuvre, la cour constitutionnelle du Kosovo l’ayant jugée incompatible avec la constitution. La Serbie a pour sa part maintenu la pression pour qu’elle soit créée.
Le dirigeant serbe et son homologue kosovare devraient tenir des consultations et répondre à la proposition franco-allemande la semaine prochaine en apportant des « réponses claires ».
« Il y a eu dans le nord du Kosovo des tensions dues à la tenue regrettable de scrutins alors que les conditions n’étaient pas remplies pour garantir un processus correct, ce qui a conduit à une escalade de la violence », a confié Emmanuel Macron à des journalistes à Chișinău.
« C’est une situation très sérieuse […], et nous avons mené un débat intense sur les défis qui se posent sur le terrain. Toutes les parties prenantes doivent faire preuve de courage », a affirmé M. Scholz lors d’une conférence de presse, appelant les deux parties à faire preuve de responsabilité.
« Il est important que toutes les parties concernées fassent tout leur possible pour parvenir à une désescalade », a-t-il ajouté.
L’UE a déclaré plus tôt dans la journée que les tensions croissantes entre la Serbie et le Kosovo menaçaient un accord négocié par l’UE sur la normalisation des relations entre les deux pays des Balkans.
M. Borrell a déclaré qu’à l’issue de la réunion, l’UE avait elle aussi demandé la tenue de nouvelles élections municipales garantissant la participation des Serbes du Kosovo et le lancement des travaux visant à créer l’Association des municipalités à majorité serbe, comme convenu dans le cadre du dialogue facilité par l’UE.
« À défaut, nos relations en pâtiront gravement », a-t-il déclaré.
L’OTAN, de son côté, a déclaré que l’Alliance était prête à envoyer des troupes supplémentaires au Kosovo en raison des troubles, après s’être engagée à envoyer 700 effectifs cette semaine.
« L’OTAN restera vigilante. Nous serons là pour garantir un environnement sûr et sécurisé, mais aussi pour apaiser et réduire les tensions », a indiqué le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, aux journalistes en marge d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN qui s’est tenue à Oslo le même jour.
S’adressant aux journalistes à Oslo jeudi (1er juin), le secrétaire d’État américain Antony Blinken a appelé le Kosovo et la Serbie à « prendre des mesures immédiates pour désamorcer les tensions et à fournir un réel effort en vue de la conclusion d’accords de normalisation ».
« Nous soutenons le processus d’intégration européenne du Kosovo et de la Serbie, mais l’escalade actuelle entrave, plutôt qu’elle n’aide, les efforts en ce sens », a déclaré M. Blinken. « Nous attendons des deux parties qu’elles agissent de manière responsable », a-t-il poursuivi.
Le jeu des reproches se poursuit
S’exprimant en marge d’un sommet de la Communauté politique européenne en Moldavie, M. Vučić a déclaré que le retrait des maires albanais serait le moyen « le plus significatif » pour apaiser les tensions, insistant sur le fait que son pays « essaierait de persuader les Serbes de protester calmement et pacifiquement ».
« La Serbie fera de son mieux et tout son possible pour désamorcer la situation, ce qui signifie que nous essaierons de persuader les Serbes de continuer calmement et pacifiquement », a déclaré M. Vučić.
« Ils sont très déterminés […] Ils veulent voir le retrait des unités spéciales de la police », a-t-il ajouté, déclarant que la présence des unités spéciales de la police du Kosovo était illégale.
S’adressant aux journalistes après les brefs entretiens avec M. Vučić, Mme Osmani a pour sa part a affirmé que la Serbie tentait de déstabiliser le Kosovo, car Belgrade n’acceptait pas la déclaration d’indépendance du Kosovo vis-à-vis de la Serbie de 2008.
Elle a accusé la Serbie de soutenir des gangs criminels dans le nord du Kosovo, ce que Belgrade a démenti. Elle a également accusé le dirigeant serbe de « se lamenter et de se plaindre et […] de ne pas dire la vérité ».
Toutefois, Mme Osmani a déclaré que le Kosovo pourrait organiser de nouvelles élections dans le nord avec la participation des Serbes si elles étaient déclenchées légalement, ce qui remplirait l’une des conditions fixées par le président français et le chancelier allemand pour apaiser les tensions.
« Ce qui est crucial à ce stade, c’est que la Serbie cesse de soutenir ces gangs criminels qui causent la plupart des problèmes dans le nord du Kosovo, mais également au-delà, dans notre région », a déclaré Mme Osmani.
Selon elle, « une solution de désescalade est très proche », mais Belgrade devrait également respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord négocié par l’UE et scellé en mars sur la normalisation des relations entre les deux parties.
« Nous devons nous assurer que l’accent est mis sur la mise en œuvre complète de l’accord, pas seulement sur certaines parties », a-t-elle déclaré.
Bojana Zimonjić et Aurélie Pugnet ont contribué à la rédaction de cet article depuis Belgrade et Oslo respectivement.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]